samedi 10 septembre 2016

La lettre à Estelle (et aussi un peu à Maurice) : le SAV d'En Magnum 4


Avertissement :
Le billet qui suit est une réponse à "Estelle" (peut-être aussi à "Maurice"), et ce qui que soient Estelle et Maurice.
Cette réponse aurait dû se trouver sur le blog de Nicolas de Rouyn, où tout à commencé ... mais ainsi que Nicolas me l'a dit à maintes reprises : je fais bien souvent trop long.
Si long que ce n'était pas jouable en commentaire au billet de Nicolas qui a lancé la chose.
Alors c'est ici ... et je mettrai un lien là bas.
Si ce billet devait susciter le moindre commentaire il me semble que ce devrait être fait là où se trouve l'origine de l'histoire et non pas ici.


Pour commencer, voici Estelle :



Sur ce ...



Bonjour, Estelle.

Bonjour et, encore une fois merci.

Merci ?

Oui : merci de m'avoir lu et, surtout, merci de m'avoir répondu en prenant pour base ce que j'ai écrit et non pas ce que vous prétendez que je suis, fais ou dis.

Ne vous y méprenez pas : ce qui suit ne vise pas à me faire passer pour l'innocente victime que je ne suis pas. Mais il me faut quand même avouer que la bande de guignols qui, depuis près d'un mois, se permet de m'insulter, me prêter des propos que je n'ai jamais ni tenus ni même sous entendus et, point culminant du grand n'importe quoi, se permet de prétendre que je vends des produits cancérigènes et/ou promeus une agriculture qui mène le monde à sa perte que, donc, cette joyeuse équipe du grand n'importe quoi commence un peu à me courir sur le haricot.
Je n'ai pas perdu de temps à leur répondre.

Alors vous lire me fait un peu comme des vacances. C'est qu'au delà du fait que vous au moins répondez à ce que j'ai écrit (à tout le moins à une partie de ce que j'ai écrit), vous le faites en outre en mordant et distillant un venin vivifiant.
C'est rigolo.

Avant de m'attaquer à la morsure elle même, je vais commencer par évacuer le venin.
On n'est jamais trop prudent.


"En Magnum 4" : mon papier "le cosmique de répétition", là où tout commence ...


Vous entamez votre propos par :
« Monsieur Fuster, être présenté comme "ingénieux" par le magasine qui vous publie et pas rigolo sous-tend un devoir d'exhaustivité quant à l'objet de son étude, afin me semble-t-il d'en comprendre les tenants et les aboutissants, pour au final émettre un avis, aussi contraire soit-il »
Dois je vraiment vous faire remarquer que cette « présentation » et ce qualificatif d' « ingénieux » m'a été attribué par Nicolas de Rouyn (je ne l'en remercierai jamais assez) alors qu'En Magnum 4 venait de paraître ?
Or mon article a forcément été écrit plusieurs mois avant.
Ce qualificatif, attribué
a posteriori et à l'insu de mon plein gré, ne saurait donc m'imposer quelque devoir que ce soit (car je ne sais si je suis ingénieux - il m'arrive de l'espérer-, mais je suis sûr de ne pas être devin !).
En outre mon papier ne revendique pas l'exhaustivité, pas plus qu'il ne prétend être une étude.
Tout au plus est ce un avis, un avis
personnel, et la façon dont je l'ai écrit me semble en témoigner.
Nulle part je n'y prétends détenir la vérité.

Vous en remettez une couche peu après :
« Cette paresse intellectuelle servant votre écrit, dessert la réflexion fine et intéressante dont vous voudriez pourtant être l'auteur. »
A ce stade là il est heureux que vous vous prénommiez Estelle : eusse été Maurice que ce serait alors illico parti en couille.
La testostérone, tout çà …

C'est que j'ai bien connu un
Maurice : Maurice était le ragondin qui rodait autour de la péniche où j'officiais alors. Le soir je lui lançais des morceaux de pain et il les attrapait avec ses petites mains pleines de doigts.







Il mangeait alors le pain de ses longues dents jaunes, sans que ses méchants petits yeux rouges me quittent du regard.
Il était très moche Maurice, et il avait clairement pas inventé la machine à cintrer les bananes, Maurice.
Un peu comme toi,
Maurice.
Ce Maurice là n'est pas le vrai Maurice.
Mais l'une de mes filles a une photo du vrai Maurice, le seul, l'unique.
Je l'ajouterai dès que la photo aura été retrouvée.

Car avec ton « 
paresse  intellectuelle », que veux tu Maurice ?
Où veux tu en venir
, quand tu me sors ce genre de niaiserie ? A un concours du genre : « c'est moi qui ais la plus grosse (paresse intellectuelle) ! » ?
Quel intérêt ?!

Mais non : vous êtes
Estelle, pas Maurice.
Alors faisons l'économie des querelles de cour de récréation.
Tout au plus vous ferai je remarquer que je n'ai à aucun moment revendiqué finesse ni intérêt.
Bien sûr j'espère être intéressant, et peut-être le suis je au moins un peu puisque vous avez pris la peine de me répondre ?

Au delà de la finesse, que je sois une grosse faignasse on s'en fout, non ?
C'est même plutôt cool : si je suis un tel branleur t'aura aucun mal à déboiter mes arguments,
Maurice.
Mais pour le moment t'es sévèrement à la ramasse, mon gars.


Maurice
, c'est pas comme Estelle qui est tout en finesse.
Elle a peut-être fait du latin
Estelle.

Vous avez fait du latin
Estelle ?
Parmi mes locutions latines – enfin, ce qu'il en reste – il en est une qui m'est chère : « 
in cauda venenum ».
Elle vous va si bien, surtout quand vous finissez par :
« En tout cas ce n'est pas dans cet article-là qu'on pourra se faire son avis sur tout ça, même si a priori ce n'est pas la longueur de l'article qui a obligé à ces raccourcis. ».
C'est admirablement fait.
Bravo, vraiment.
Distillé de main de maître !
Vous descendez de la
Marquise de Brinvilliers ?

Mais, voyez vous, je fais long et je le sais.
Je le revendique même !

Car, Estelle, j'aime raconter des histoires. Des histoires qui, je vous l'accorde, n'intéressent sans doute que moi. Des histoires qui révulsent probablement Maurice mais qui vous, peut-être, vous font parfois sourire ?
Mais vous répondant je me perds dans mes digressions et fais, encore, long.
Sans doute est ce toute l'injustice de l'exercice : voulant répondre dignement à une petite phrase assassine, voire mensongère, il me faut plusieurs lignes.
Je m'expose alors à devenir chiant et à ce que l'on me dise que je fais des raccourcis fâcheux.
Soit.
Mais êtes vous bien sûre de n'avoir fait aucun raccourci dans les reproches que vous m'adressez ?


Quoiqu'il en soit, voilà
Estelle : le plus gros du poison est
enfin extirpé, nous pouvons maintenant passer aux choses un peu plus sérieuses.

Voyez vous Estelle, j'ai pris dans ce papier un angle d'attaque qu'il me semble y avoir clairement indiqué : je m'y intéresse au factuel et le fais avec une approche que je souhaite logique quand je traite du bio
logique et plus dynamique (en lieu et place de dynamique on peut lire ironique, je vous l'accorde bien volontiers) quand je traite du biodynamique.
Je récuse donc votre :
« Prendre seulement les aspects folkloriques voire choquants de tel ou tel sujet pour les tourner au ridicule voire au dangereux, est pour moi tomber dans une facilité qui fera rire certains, mais aussi une dangerosité qui en effraiera d'autres et les rendra a minima complètement fermés à l'idée, voire agressifs envers cette dernière. »
En effet, je ne prends en aucun cas les aspects folkloriques de la biodynamie.
Je donne des faits avérés, des éléments que vous trouvez peut-être folkloriques ou choquants (c'est un jugement de valeur que je vous laisse), mais qui sont des éléments constitutifs de la biodynamie et ses pratiques et que, à ce titre, vous trouverez dans les manuels traitant très officiellement des côtés applicatifs de la biodynamie.
Aucun
floklore là dedans.

Je suis donc un peu chagriné par votre :
« La biodynamie a des aspects qui me choquent, me heurtent et vous en avez parlé, cependant comme l'ensemble des médias actuels, vous dressez un portrait dichotomique, qui ne fait donc rien avancer. Vous passez par exemple totalement sous silence les préparations qui n'emploient pas d'animaux mais sont réalisées à partir de végétaux - en effet, ça fait tout de suite moins sensas'. »
Dans mon article, je suis factuel et je n'évoque pas que les crânes de chaton dans lesquels on a mis de l'écorce de chêne !
En outre, si vous le souhaitez, nous pouvons fort bien rester factuels et passer du temps sur les préparations végétales qui vous sont chères et sont finalisées dans du mésentère de vache ou de la vessie de cerf.
Mais je ne suis pas totalement convaincu que cela changera significativement la situation.

Sur le crâne de chaton j'avoue cependant avoir cédé à la facilité. Vous n'en parlez pas mais je l'avoue quand même, spontanément.
J'espère que cela sera porté à mon crédit.
Car cette préparation ne se fait pas exclusivement à base de crâne de chaton. Habituellement on conseille un crâne de ruminant, généralement une chèvre.
Mais les animaux domestiques – dont les chats – sont largement admis : l'important est que la décapitation de l'animal remonte à moins d'un mois, et que son cerveau ait été vidé sans que les méninges aient été dégradées.

Nota :
Encore une fois je ne fais pas dans le
folklore.
Je me contente de dire ce que sont les prérequis officiels de la biodynamie pour préparer ce traitement de façon convenable.
En outre, je précise et avoue que si je me suis spécialisé dans le chaton, c'est que son capital sympathie est bien supérieur à celui de la chève, n'en déplaise à
Monsieur Seguin.
Sans doute est-ce un autre effet de ma paresse intellectuelle.

Ceci dit je regrette d'autant plus votre : « 
en effet, ça fait tout de suite moins sensas' » que je traite aussi de la P500 et que, d'ailleurs, vous me répondez là dessus.
Votre observation précédente me semble donc démentie par la remarque qui la suit immédiatement.

Sur la P500, vous me dites tout d'abord :
« Quand vous écrivez sur les fonctions de la P500 - régulation du pH du sol en accroissant celui des sols acides et en atténuant celui des sols alcalins - et commentez "je trouve pratique et rassurant d'avoir recours à une préparation dont on me dit qu'elle est parfaitement capable de faire une chose et son contraire", vous avez dû oublier le mot clé "régulation" lors de votre réflexion. Puisqu'elle est là pour justement "réguler" un pH, rien de farfelu dans le fait que cette préparation puisse faire tout et son contraire . »
Si, comme je le crois, par régulation (du pH) vous entendez « le remonter quand il est trop bas et le diminuer quand il est trop haut » alors, non : je ne l'ai pas oublié. C'est même ce que j'indique dans mon article.
C'est la base de ma remarque !
Ou alors seriez vous en train de me dire que la P500 est une solution tampon ?
J'ai failli en mettre une couche sur les solutions tampon, dans mon article pour EM4. Mais je ne suis pas sur que cela aurait apporté grand chose et en outre, comme vous le savez :
« En tout cas ce n'est pas dans cet article-là qu'on pourra se faire son avis sur tout ça, même si a priori ce n'est pas la longueur de l'article qui a obligé à ces raccourcis. ».
Pas la peine de rallonger encore avec les solutions tampon, d'autant qu'il y a pléthore de sites qui indiquent ce qu'est une solution tampon ainsi que pourquoi et comment cela fonctionne.
Je vous y renvoie donc.
Sachez juste que la P500 n'est pas une solution tampon.

Vous persévérez sur la P500 en me rétorquant que :
« Vous réitérez votre petite diatribe à propos d'un autre effet de P500 qui est 'la croissance générale du système racinaire, particulièrement son développement vertical vers la profondeur'. Vous dites "pousser vers la profondeur et non pas vers les hauteurs, c'est le moins qu'on puisse attendre d'une racine". Personnellement je ne m'y connais pas assez, mais pas besoin d'être agronome pour observer les racines de certains arbres déformant le bitume ou les sols car poussant à l'horizontal... Eh oui Monsieur Fuster, bien sur que les racines ne poussent pas vers les hauteurs, en revanche elles ne vont pas forcément vers les profondeurs de la terre. Elémentaire mais un peu compliqué pour un discours simpliste donc simplifié. »

A proximité de chez moi il n'y a malheureusement pas d'arbre dont les racines déforment le bitume.
La plupart ont en effet été coupés avant de nuire.

Je vous suggère donc la petite expérience suivante si, par chance, il y a de tels arbres dans votre environnement proche :

La P500 s'utilise à environ 100 grammes par hectare. Considérant que l'on a entre 5 000 et 10 000 pieds de vigne par hectare, cela représente donc de 0,01 à 0,02 g de P500 (certes dynamisée) par pied de vigne.
En conséquence, si dans votre voisinage vous rencontrez une racine qui déforme le bitume : fournissez 0,02 g de P500 au platane (je prends la dose la plus élevée de cette bouse de vache qui a passé 6 mois enfouie dans la terre dans une corne de vache, en espérant ne pas vous suggérer un surdosage) et, dès que la racine commence à sonder, revenez nous prévenir (prenez votre temps, je ne suis pas pressé).
Si vous pouvez faire constater par huissier, c'est mieux.


Pour finir il y a une partie de votre réponse qui me chagrine un peu – un peu plus que le reste – car elle me fait penser que vous ne m'avez peut-être pas si bien lu.

Vous écrivez en effet :
«  Et au final dans votre article, à part penser que les biodynamistes sont une bande d'illuminés, on n'a même pas l'idée principale de ce courant: la recherche de l'équilibre, qui donne la force, la qualité,la vitalité, le fait de faire "avec" la plante, les sols, et pas "à la place de", ce qui est tout à fait différent, et intéressant. Sans exclure certains illuminés qui au final réfléchissent comme vous mais avec un avis opposé, ce qui à mon sens dessert tout autant les vins de qualité, en ayant cependant le mérite de bien traiter notre planète et ses habitants. »

Libre à vous de penser ce que vous voulez après m'avoir lu. Pour ma part je ne dis rien de tel sur les praticiens de la biodynamie.
Je fais juste état de mes doutes sur les fondements de la méthode qu'ils revendiquent.
Et je le fais en indiquant très clairement (me semble t il) que j'ai choisi d'aborder le sujet du bio et de la BioD non pas par les revendications des praticiens, mais par l'application pratique de leurs revendications.

Vous pouvez en effet demander à n'importe qui ce que sont ses raisons, ses motivations et ses pratiques : même
Ali le chimique vous répondra qu'elles sont super respectueuses de plein de principes essentiels.
C'est pourquoi je n'ai pas choisi de m'intéresser au discours, supposant (à juste titre) que d'autres le feraient à ma place, dans la même revue. Je me suis même laissé aller à leur répondre.
Non, en ce qui me concerne, j'ai choisi de mettre le pied dans la porte en m'intéressant non pas au discours, mais bien à la façon dont ce discours se matérialise au quotidien.

Or ne vous en déplaise : au quotidien il se matérialise, entre autres choses, par des décapitations de chatons (mais aussi par la récupération et l'utilisation, par des méthodes que je ne décrirai pas, de vessies de cerf).

Vous n'aimez pas les chatons,
Estelle ? ni les cerfs ?


Pour finir (enfin) : sachez toutefois que j'essaie, autant que faire se peut, d'avoir des vins de qualité en cave.
Quoique qualité puisse vouloir dire.
Parmi ces vins certains
se revendiquent de la biodynamie, d'autres sont considérés (surtout par les pisse vinaigre que j'évoquais plus haut) comme relevant de la chimie lourde.

Tous sont là d'une part parce qu'ils me plaisent et d'autre part parce qu'ils sont généralement élaborés par des gens qui, eux aussi, me plaisent.
Fussent ils biodynamistes.
J'ai en outre la faiblesse de penser que certains d'entre eux me trouvent sympathique.
Malgré tout.


Alors si d'aventure vous passez par Libourne, faites le moi savoir : nous partagerons l'une ou l'autre de ces bouteilles.
Si vous y tenez ce sera une quille en BioD, pas de souci.
Mais si vous insistez peut-être vous ferai je alors remarquer que pour moi ce n'est pas essentiel, car seul compte le plaisir que m'apporte le vin. Pas la chapelle que son géniteur revendique.

Ce n'est pas qu'une chute consensuelle, c'est aussi une invitation sérieuse.