samedi 8 avril 2017

Le poids des mots



Comme à chaque fois j'ai acheté En Magnum avec plaisir : c'est une belle revue.

Une belle revue que je lis avec intérêt, même si je n'en partage pas toutes les positions ce qui, de mon point de vue, participe de son intérêt.
J
e m'en suis parfois fait l'écho, ici par exemple.


Ce matin, je me suis précipité pour acheter le septième opus d'En Magnum ; c'est qu'un billet de Nicolas Lesaint y est annoncé.
Or Nicolas est un vieux pote, un copain de promo en DNO, et surtout un type souvent pertinent.
De surcroit, son papier fait suite à un truc que j'ai initié dans En Magnum 4.






A la lecture, il me semble que ce doux rêve de Nicolas appelle quelques commentaires, quelques rappels aussi.

Des commentaires ? pas seulement par son accroche !
Son accroche ?
Oui : on y lit que "Pierre Guigui s'est élevé".



Or je crois, pour ma part, que Pierre Guigui s'est abaissé.

Décodage
.




Il y a pile poil un an, lorsque Nicolas de Rouyn m'a proposé d'écrire
"Le cosmique de répétition" (mon papier pour En Magnum 4),  le but était de mettre le pied dans la porte et, donc, de faire réagir.

Et des réactions, il y en eut ... jusque dans En Magnum 6 avec ce "Une réponse à André Fuster", signé de Pierre Guigui.


Cette "réponse" me décrit comme celui qui fait : "la description idyllique d'un produit de synthèse". 

En Magnum 6 - Pierre Guigui
A l'en croire je serais : "le porte parole d'un discours" voulant que : "Nous traitons nos vignes le moins possible, avec parcimonie et avec des produits souvent moins dangereux que ceux employés par les bios et biodynamistes".

N'en déplaise à Pierre Guigui, à aucun moment je ne dis ni ne sous entends cela. Comment pourrais je décemment affirmer que les préparations biodynamiques sont dangereuses alors que je m'évertue à dire qu'elles sont sans effet !?

Pas plus que, malgré ce qu'il prétend, je ne dis qu'il faut préférer tel ou tel produit de synthèse au cuivre. 




En Magnum 4 - André Fuster
Je me borne, en effet, à constater que passer d'un produit de synthèse (combiné au cuivre) à l'usage du seul cuivre peut mener à augmenter significativement les tonnages utilisés.
Et que ceci me semble contradictoire avec le "Grenelle" et son objectif de diminution de 50 % de l'utilisation quantitative de produits phytosanitaires. 


Dans mon article, je regrette en effet que cette question soit abordée sous le seul angle quantitatif et dogmatique et non pas qualitatif. Ce qui me faisait écrire :

"Je ne dis pas que c'est bien ou mal de passer au bio et au cuivre, je dis juste que le faire sur des bases seulement quantitatives avec pour corollaire la réduction des tonnages relève de la schizophrénie".

Je trouve en outre extrêmement fâcheux que, lorsqu'il me "cite", Pierre Guigui se permette de "corriger" mes phrases pour les faire coller à ses dires. 



En Magnum 6 - Pierre Guigui
Il m'attribue en effet :
(Passer de) "300 grammes par litre d'améctotradine + 225 grammes par litre de dimétomorphe par hectare et par an à l'utilisation exclusive de cuivre qui exige d'épandre 6 kilos de cuivre par hectare et par an".
Or ce n'est pas ce que j'ai écrit ! (on le constate plus haut, à la simple lecture de la reproduction photographique de cette partie de mon texte).

Non content de sortir cette phrase de son contexte, Pierre Guigui y transforme le co-texte.
En effet, chez Pierre Guigui, mon très modéré "jusqu'à" de "[passer] à l'utilisation exclusive de cuivre exige d'épandre jusqu'à 6 kilos" a disparu.
En revanche un "qui" est apparu.
Ce qui lui permet de me faire un procès d'intention.


Le procédé est indigne.

D'autant plus indigne que je trouve éminemment regrettable sa fidélité à l'adage qui affirme que "qui veut tuer son chien l'accuse d'avoir la rage".

En effet, dans son article à charge Pierre Guigui n'évoque à aucun moment ma conclusion sur le sujet :

"le bio me semble reposer sur une démarche compréhensible, argumentée et, pour tout dire, techniquement et scientifiquement fondée".

Au deà de la publication de ce tissu de mensonges, je trouve d'ailleurs tant décevant qu'inquiétant que, lors des débats qui s'en sont suivis, personne n'ait fait état ni des manipulation linguistiques de Pierre Guigui, ni de la teneur réelle de mon article, en particulier dans ce passage.

Non, restons en donc à Fuster est un anti bio / biodynamie primaire.
Un primate chimiste.
C'est tellement plus simple !



Cette caricature se poursuit quand Pierre Guigui en vient à la partie de mon article consacrée à la biodynamie.

Mon "Le cosmique de répétition" revendique en effet une approche pragmatique en abordant le bio et la biodynamie au travers de leurs pratiques de terrain, donc des produits et préparations utilisés.

Or de cela pas un mot dans la "réponse" de Pierre Guigui ! Car non, ce qui me dérange n'est pas, ainsi qu'il l'écrit, que : "la biodynamie "semble en outre s'attirer la sympathie du grand public"".
Ce qui me dérange c'est plutôt que :
"je trouve détestable toute théorie qui tendrait à valider l'astrologie" lorsque la biodynamie en vient par exemple "aux effet différenciés de la Lune selon qu'elle est en Scorpion plutôt qu'en Verseau". Ce qui me dérange c'est aussi, c'est surtout, que : "au vu de ses pratiques concrètes, j'ai quelques difficultés avec la biodynamie, quand bien même on trouve de forts beaux vins s'en réclamant".

Et ce n'est pas
Pierre Guigui qui me fera changer d'avis quand, tel un évêque qui me dirait que la plupart des prêtres n'ont jamais lu une ligne de la Bible, il écrit : "Il faut savoir que la plupart des biodynamistes n'ont jamais lu une ligne des textes de Steiner".

Car pour évoquer la biodynamie j'ai, pour ma part, lu de nombreuses lignes tant de
Rudolf Steiner, que de Pierre Guigui. Et ce que j'ai lu ne m'a ni plu ni convaincu.


Dans un tout autre registre je viens donc de lire la contribution de mon vieux pote
Nicolas Lesaint.
Cette contribution est comme
Nicolas : sensée, posée et pertinente.
Ce texte, il va de soi que j'en partage l'entame :

"Il est aujourd’hui de bon ton de chercher en permanence à critiquer un avis, une technique de travail, une conviction personnelle ou philosophique en agressant ou caricaturant le propos de l’autre".
Tout comme j'en partage la plupart des développements. Je ne l'es évoquerai pas plus ici : le numéro est en vente depuis peu et se trouve donc dans bien des librairies.

Seulement redire que
Nicolas
est un garçon sensé, réfléchi. Une bonne pâte.
Pas comme moi, quoi (nous en rions assez, parfois, en aparté).

Du texte de Nicolas, je citerai seulement cet extrait :
"Même si pour beaucoup nous ne sommes que des Mad Max de la viticulture, nous savons tous qu’un produit phytosanitaire reste un produit dangereux qu’il soit d’origine naturelle ou pas, et ce même si 50% des français pensent qu’en lutte biologique on ne traite pas son vignoble..."
.../...
"L’information est une fois de plus étirée, déformée pour la montrer comme on veut la voir."


Autrement dit : quand, comme Nicolas, on est un gentil garçon pétri de bonnes intentions on dit qu'il s'agit de désinformation.
Pour ma part je parle au mieux de propagande
et / ou d'ignorance totale des fondements scientifiques et techniques du sujet, le tout se cachant mal sous des mensonges éhontés et un globiboulga consternant.


Il n'y a, finalement, que sur sa conclusion que je ne rejoins pas Nicolas. Quand il écrit :
"Un jour vous vous rencontrerez Pierre et André et j’espère qu’alors vous comprendrez que vous avez à vous deux une partie des solutions qu’il nous faudra développer. Il suffit pour cela d’arriver à s’écouter."

Nicolas, comment peux tu croire que je puisse avoir envie de rencontrer un type qui est capable de mentir avec autant d'aplomb, de déformer à ce point mon propos, de se permettre de me juger avec une telle indécence ?!
En d'autres termes, rencontrer un type qui a tant de fois fait la preuve de son incapacité à participer à un débat un tant soit peu fondé et argumenté ?

Je ne prétends pas avoir de solution, mais j'affirme que lui n'en a pas, tant ses interventions témoignent d'un vide abyssal.

En vertu de quoi je suggère à
Pierre Guigui de s'appliquer à lui même la conclusion de son article dans En Magnum 6 :

En Magnum 6 - Pierre Guigui

et, donc, de se taire.