lundi 10 septembre 2012

L'émulation nautique (Toulouse)

Toulouse, l'été, la Garonne ?
Alors, forcément, ce sera la terrasse de l'Emulation nautique ... encore qu'en remontant la Garonne, plus haut, vers le refuge SPA, il y a bien le (pseudo) bar ("clandestin") qui se niche en bordure de Garonne. Mais pour plaisant que soit l'endroit les prestations n'y sont pas tout à fait du même niveau ...

Ce soir là c'était donc l'Emulation.
La terrasse y est toujours aussi plaisante, tout comme le personnel.

Rapidement, l'option retenue a été de partir sur une thématique du genre tapas, donc plein de petits trucs différents et réjouissants. Dont un beau et bon Serrano, un filet de maquereau et son sorbet au piquillos, plus une petite chose s'annonçant bien et tournant autour des gambas.

Sur table tout çà est fort bien présenté et de bon aloi :

 

Bon, ok : côté tarifs, sans être himalayesque çà relève quand même de la haute montagne !
Car avec le demi maquereau - même accompagné d'un superbe sorbet aux piquillos - à 9€, ou les 4 gambas à 11€50 on est quasiment dans le registre du grand banditisme !
Mais c'est beau, bon, imaginatif et fort bien travaillé. Donc, bon, allez : mettons que ce soit un péché véniel (vénal ?).

Je suis, en revanche, un peu plus réservé sur le Mauzac Nature de Plageolles : car ce superbe vin était quand même bien trop typé pomme blette ! (et de couleur fort jaunâtre, même sous la pénombre qui gagnait peu à peu la terrasse).
Bon, de fait, à table ce vin n'était plutôt pas mal, donc elle est tombée, la bouteille : m'enfin il va peut-être falloir penser à arrêter le 2010 pour passer au 2011 !?
Car, pour avoir - quelques jours plus tard - goûté au 2011 (chez Plageolles), je garantis qu'on n'était alors plus du tout dans le même registre !!
Or à 24 € la quille sur table, il doit être possible de faire quelques efforts sur la fraîcheur du vin (et je ne parle pas, ici, de sa température de service !!).

Le dessert était, forcément, parfait en tous points : 
  

Alors ?
Alors je reviendrai, bien sûr !
Mais peut-être alors prendrais-je un vrai repas, ou juste un plat ... en tous cas je doute refaire une tentative de pseudo tapas.
Et le tout en veillant au millésime du Mauzac Nature (ou en l'évitant ... ce qui serait dommage).


(Août 2012)

Le Beffroi tentations (St Antonin Noble Val)

Il y a, bien sûr, le charme certain de Saint Antonin .... surtout quand la saison touristique est finie ou presque finie et qu'on peut y flâner à son aise.



Tout près de la halle couverte, derrière le beffroi, il y a une petite cour le long d'une ruelle. C'est là que, quand il fait beau, se niche "Le Beffroi Tentations".
De prime abord le parti pris est surprenant puisque, sur la carte, on croisera Aphrodite, le Kama Sutra ou Cosa nostra ...
Mais le lieu est charmant et vaut bien une halte. Et puis, sur la table, il y a un vrai pain : un signe quasi infaillible.

Pour l'entame : dégustation de foie gras.
Le foie gras je n'aime pas trop en prendre au restau : j'en ai tellement préparé (et tellement mangé) que je suis difficilement satisfait. Ma dernière jubilation à base de foie gras c'était chez Barbier (Le Lion d'Or, Arcins) et j'en parle par ailleurs.
Mais là, j'avoue : il était top, le foie gras. Certes pas au niveau de celui de Barbier, mais irréprochable tout de même. Bien, vraiment.
Servi, en outre, avec un liquoreux de belle facture (un Jurançon, je pense. Mais sans pouvoir l'affirmer).

Dans la foulée, le Risotto tentations
Un joli (tant à l'oeil qu'au goût) risotto crevettes gingembre (que j'ai ensuite copié sans arriver à l'égaler) crêmeux et savoureux à souhait.

Le service est efficace (non le serveur ne tape pas un texto sur son iPhone, il est seulement en tain de prendre la commande) et agréable.
L'addition est sans doute un peu douloureuse pour un midi (10 € les entrées et desserts, 15 à 25 € les plats), mais on est sur de beaux produits, honnêtement travaillés et le cadre est plaisant à souhait.

Belle adresse.

(Septembre 2012)

La table du sommelier (Gaillac)







A Gaillac, tout près de Sainte Cécile, on trouve l'agréable place du Griffoul et, au bord de la dite place, le restau "La Table du Sommelier".
Au temps jadis, lorsque je rodais souvent vers Gaillac j'y ai pris, avec un égal plaisir, plusieurs repas de midi.
Plus récemment un repas du soir s'était bien plus mal passé, mais c'était à l'adresse albigeoise.

Aussi, tout naturellement, passant à Gaillac (pour faire un saut chez Plageolles et au Dne de Brousse pour y regoûter - et acheter - quelques flacons des vins qui sont, à mon sens, les  deux meilleures méthodes gaillacoises, mais dans des styles bien différents;) c'est tout naturellement à la table du sommelier que j'ai réservé.

La place est toujours aussi plaisante.
L'accueil est affable et courtois. Très.
Les choses se gâtent un tantinet quand, une fois le menu carte en main, en passant la commande, le serveur annonce que oui bien sûr c'est un menu carte et que chaque plat y figure avec son prix individuel mais qu'en fait il faut prendre une entrée, un plat et un dessert.
Soit.
Elles continuent à se gâter quand la carte des vins s'annonce quelque peu dégarnie, et celle des vins au verre d'une rare indigence ... en particulier pour une adresse qui revendique la sommellerie.
Soit encore.



C'est après que çà se gâte vraiment.
Le Crostini d'artichaut au jambon cru aurait pu être acceptable - acceptable dans le genre "service minimum" -, du moins si la salade l'accompagnant n'avait pas au moins un service de trop derrière elle.Présenter un truc de ce genre est indigne. Et ce malgré les (soit disant) décoratives raies brunâtres qui, fort heureusement, se sont avérées ne pas être le jus de la salade.



Ensuite çà continue gaillardement avec des noms ronflants pour des plats sans imagination et sans goût qui ne se sauvent même pas par la quantité disponible.

A ce titre la "symphonie de poissons" (rien de plus qu'un duo poussif) est "exemplaire", mais le dos de merlu qui surnage à la surface de gnocchis industriels noyés dans une sauce qui n'a de safranée que la couleur sont aussi représentatifs de l'indigence du lieu (et de ce que Métro fait de pire) .
Pas de photo car, quand le désespoir me gagne, je remise les accessoires.

Le dessert, une tarte (très) fine (et un rien sèche) aux abricots et au chocolat recouverte d'une polymégachiée de raies brunes (la thématique du lieu !?) ne rattrapera rien.
Là aussi la photo est inutile car il n'y a rien à sauver.

Bref : le service, pour efficace et affable qu'il ait été, ne suffit pas à masquer la vacuité qui régnait en cuisine.
On pourra en outre regretter la tristesse de la carte des vins d'une telle enseigne, tristesse dont témoigne d'ailleurs l'inintérêt patent du Gaillac perlé qui nous a été servi.

Fatalement, l'addition est à la hauteur de la déception ...

La fuite est la seule solution acceptable.

(Août 2012)

vendredi 20 juillet 2012

L'échappée belle (L'Isle Jourdain)

L'Isle Jourdain c'est quand même un peu le milieu de nulle part. Faut bien dire.
Fort heureusement : au milieu de l'Isle Jourdain, se niche "l'échappée belle".
L'échappée belle, c'est un peu un bouquin d'Ewan McGregor, un autre d'Anna Gavalda, aussi une émission télé ... mais surtout la seconde adresse de Bach.
Bernard
Bach, hein ? Bernard. Ni Jean-Seb, ni Richard ... oui, Richard : celui qui nous conta les aventures psychédéliques d'un Goéland.

Un Goéland tout pareil à ceux qui rythment mes journées bretonnes, à l'heure ou j'écris, depuis Port-Louis.








Bref : l'Echappée belle.
Salle agréablement mise en scène, personnel accueillant et aimable autant qu'efficace.

La carte des vins est relativement resserrée mais de bon aloi.
A preuve : ce Bourgogne blanc de Jean-Marc Boillot qui fera un bel apéritif et, sorti de son seau lorsque la bouteille sera descendue à sa moitié, pourra continuer à se révéler tout au long du repas.
Côté tarif, on commence à être dans le significatif mais çà reste jouable, et le vin est beau.
A propos : rien ne m'horripile tant que cette absurde mode du minéral à tout crin. Dès lors qu'on l'aime (ou que l'on doit l'aimer), le vin est forcément, fatalement, minéral. S'ensuivent trop souvent diverses théories plus ou moins fumeuses sur les minéraux du sol révélés dans le flacon.
C'est abscons, inutile et, autant le dire de suite : casse couilles.
Pour autant ce vin l'est, minéral.  Le genre de minéralité qui me rappellerait mon grand père allumant son briquet à mèche d'amadou ... si j'avais un souvenir de mon grand-père, et qu'il ait fumé.

L'entrée est belle, bonne, fraîche et goûteuse.
Le genre de truc dont tu te dis que ce serait bien d'en refaire, que tu saurais, que c'est si simple.
Sauf que si c'est, en effet, simple et bon ... tu n'es juste pas capable de le refaire. En tous cas pas comme çà.
Mais c'est aussi (surtout !) pour çà que je viens au restau : goûter du simple et bon qui me laisse le palais et l'âme réjouis !
Gagné.










Ensuite, le salmi de pintade est simplement parfait.


C'est une vieille histoire, le salmi de pintade. Je m'en pourléchais déjà les babines (et parfois les doigts) des salmi de pintades de Camurac !
Depuis j'ai appris à manger avec (un peu) plus de componction, pour autant le plaisir n'a diminué en rien.
Beau, bon, parfaitement cuit. Superbe mélange de saveurs.
Que dire de plus ?









Et, pour finir, un petit plaisir de saison avec cette variation autour de la fraise. Encore une fois du simple savamment sublimé.

C'était, il y a quelque temps déjà, ma seconde visite à l'Echappée belle ... et sûrement pas la dernière !

(2012)


http://www.echappee-belle.fr/

samedi 12 mai 2012

Sarah

1989

Je travaillais alors à Londres.
Enfin ... je travaillais pour l'INTERFEL, étais basé à Londres et, équipé d'une série d'anneaux de calibre connu et certifié, j'écumais les marchés de gros du Royaume Uni à la recherche de pommes de petite taille.
Car c'était le mal les pommes de petite taille : il ne fallait plus que la France en expédie, et surtout pas sur ce marché qui en était traditionnellement demandeur.

J'étais investi d'une mission !
Y a des métiers, comme celui ci, t'es content de les avoir faits au moins une fois dans ta vie.

A l'époque, ce qui me plaisait avant tout (enfin à part le salaire qui était des plus confortables) c'est que j'habitais à Croydon.
Oui, Croydon : là même où vivait le Barion Méliadus ; les fans de M. Moorcock apprécieront l'évènement à sa juste valeur (les autres aussi d'ailleurs, mais peut-être pas avec le même résultat ....).

C'est également là, avec les personnels du service économique de l'Ambassade de France, que je goûtais mes premiers vins Bulgares.

Puisqu'à l'époque je vivais avec une britannique (moitié écossaise, moitié anglaise : on ne le dira jamais assez, ce qui fait mal à la tête c'est les mélanges !) j'étais basé à Londres et elle à Paris.
La routine, quoi.

D'autant plus qu'elle était enceinte.
Rentré à Paris pour la toute fin novembre et la dernière visite au gynéco je retournais à Croydon et mes pommes avec l'assurance que la grossesse irait à son terme : fin décembre, voire début Janvier.

Forcément, quelques jours après mon retour, dans la matinée du Jeudi 7 Décembre 1989, l'Ambassade de France me joignait je ne sais plus ni comment ni où pour m'annoncer que ma future ex était dans un taxi à destination de la maternité Port Royal ...

Je fonçais donc vers l'aéroport le plus proche (était ce Gatwick ou Heathrow ??), y convainquais le guichetier de me vendre une place sur le premier avion pour Paris (avec une carte bleue et un compte provisionné, je suis super convaincant, peut-être aussi en expliquant la situation ...).
On me conduisait illico et à toute vitesse vers un avion sur le départ, avion que j'attrapais au vol sous les applaudissements généraux (une annonce avait visiblement été faite pour expliquer cette légère attente ...).


Lors du vol les hôtesses, forcément prévenues, furent aux petits soins et m'abreuvèrent généreusement de toutes sortes de boissons alcoolisées et, lorsque que je quittais le bord, en état d'ébriété avancé, elles remplirent les poches de mon duffle-coat (ben oui : j'étais basé à Londres ...) de multiples quarts aviation du rouge du jour : un Fronsac, le Château Magondeau (1987).

Un taxi plus tard j'arrivais à Port Royal, avec un léger mal de tête et un gros retard.







Depuis, il me reste donc l'une de ces bouteilles de Magondeau.
Magondeau, c'est encore un de ces vins que je n'ai jamais re goûtés ... et dont je suis bien incapable de dire à quoi il peut bien objectivement ressembler.

Quoiqu'il en soit de sa qualité passée (car pour la qualité présente j'ai un gros doute !), cette dernière bouteille trône invariablement sur tel ou telle des mes bureau ou bibliothèque.



C'est d'ailleurs son seul avenir car pour 1989, côté vin (à boire je veux dire !), je ne suis pas allé vers Magondeau mais vers Suduiraut d'une part, et Blanche de Bosredond d'autre part ... et j'ai du mal à croire que ce n'était pas le bon choix (n'en déplaise à ce cher Magondeau).

Suduiraut et Blanche de Bosredon (1989) aussi il m'en reste (un peu) mais, en revanche, çà ne finira pas sur une étagère de bibliothèque ...








vendredi 4 mai 2012

Paulette, franchement : des fois tu déconne ! mais des fois seulement. ("Chez Paulette", aussi "L'Estacade". Bordeaux)

"Chez Paulette" est un de ces multiples restaus qui se nichent rue Saint Rémi (oui, à Bordeaux).
Une rue où le choix est large et multiple ... on peut, du coup, passer devant à de multiples reprises sans s'y arrêter. Pourtant la vue est engageante : grande salle où se trouve une foultitude d'objets et gravures qui ne dépareraient pas dans la plupart des brocantes dignes de ce nom.
Entrés un soir de pluie insistante il y eut, depuis, plusieurs retours nocturnes et enchantés tant par le lieu et son ambiance, que par la cuisine ma foi fort plaisante.

Cette fois ci il pleuvait encore mais c'était à midi, tôt : du coup, il n'y avait pas encore grand monde (mais la salle allait peu à peu se remplir).
Déco toujours agréable, et propice aux apartés attendris et nostalgiques sur le thème : "tiens, çà : il y en avait un/e chez ma grand-mère", et musique à l'unisson qui nous renvoie aux années 50/60 avec, au fond de la salle, quelques affiches de nanards oubliés et dont on peut penser sans trop de risque de se tromper qu'il vaut mieux qu'ils le soient et le restent, oubliés ....

Menu de midi à 11€90, verre de vin ou café inclus. Elle commence fort, cette chère Paulette !

J'opte pour une entame en forme de rillettes de sardines.
Présentation marrante, dans un de ces ramequins ou nos grand-mères (la mienne, en tous cas !) faisaient leurs crèmes renversées et autres desserts plus ou moins lactées. On est, ici, dans le registre sardines + Saint Moret + ciboulette et c'est ma foi plutôt frais et bon. J'aurais préféré, toutefois, être vraiment dans la rillette et donc arriver après un travail à la fourchette - qui aurait préservé la structure - et non pas au mixer qui a tout uniformisé. Péché véniel.

Derrière je suis allé vers les ribs au miel et aux épices.
Là, pour le coup, Paulette, elle a pas fait fort : déjà les frites surgelées c'est pas ma tasse de thé (bon, ok, petite brasserie du midi à 11.90 € le repas complet faut peut-être pas être trop regardant sur la frite mais, bon, merde : dans les années 50/60 Mc Cain existait pas, non ? Puis c'est pas ce que çà coûte, une patate à frites ....) ... mais surtout mes ribs on aurait dit des côtelettes de canard tellement c'était court et peu garni. Là pour le coup je l'ai un peu mauvaise.
Bon, mauvais choix car de toute évidence Paulette si ni les ribs ni les frites c'est son truc ... j'étais en revanche entouré de plats tout aussi plaisants à regarder que, visiblement, savoureux à goûter. Pas de bol, mauvaise pioche et tout ce genre de choses. N'empêche, Paulette : sur ce coup là tu déconne complet !

En dessert, c'étaient des fruits rouges façon tiramisu. Joli et bien en arômes, salement acide en revanche ! Elle m'a un peu énervé, Paulette, ce midi là ... mais, bon, la vieille au soir c'était Barbier, à Arcins, avec du simple mais vraiment très bon. Le match était donc très inégal : pas facile de passer après Barbier !
Puis Paulette, son verre de blanc de Graves était du genre très honnête, ce qui excuse bien des choses.
Je retournerai donc bien sûr la voir, Paulette. Mais peut-être pas à midi ? et sûrement pas pour ses ribs .... (son parmentier est, en revanche, très joli).


Le soir, d'abord, il y a eu un apéritif au Bu
Mais çà, le Bu, j'en reparlerai une autre fois ... d'autant plus qu'il s'agissait aussi de finir de discuter d'une dégustation à suivre prochainement. Au Bu.


Puis, le soir venu, changement de registre mais, comme pour Paulette : prime au décor.
A L'Estacade.

Différent le décor mais, bien sûr, toujours aussi splendide cette vue sur Bordeaux et ses quais !
Mais la vue sur l'assiette n'est pas mal non plus : irréprochable parillade tant par l'assortiment proposé (couleurs et, surtout, saveurs !) que la cuisson exacte de chacun des poissons !
Et, ce qui ne gâche rien, il y avait aussi une (quasi) miraculeuse polenta au mascarpone.

Avec çà on fait dans le simple : Bordeaux blanc de Plain Point. Rond, frais, aromatique : un bel accord simple et efficace avec la parillade.

Il a pas du y avoir de dessert.
Ou alors j'ai oublié.
Puis on s'en fout : le vrai dessert c'était la vue sur les quais


  
Comme le Musée des Beaux Arts était fermé 
(et çà fait braire quand on a marché 3 plombes sous la pluie pour y arriver) 
j'ai mis mon Iphone en mode impressionniste ...






(mais le retour nocturne vers Pauillac, çà c'est pas un dessert)
(mais si c'est le prix à payer pour une belle soirée à l'Estacade - voire chez Paulette -, alors, forcément ....)

lundi 30 avril 2012

Des hommes, leurs vins, du Roquefort ... et un Barbu Tchèque.


L'entame s'est faite à Desmirail, le Dimanche 27 avril, avec Pierre Laffeuillade.

Desmirail, je l'avais (re)goûté quelques semaines plus tôt, à Marquis de Terme, lors de la présentation des 2011 en primeur. Et Desmirail y tenait bien son rang de 3ème Cru Classé, c'était même l'un des 4 ou 5 vins qui m'ont paru être sur le dessus du panier : mûr, plein, rond, structuré, avec un joli boisé qui ne l'écrase pas. On ne pouvait malheureusement pas en dire autant de nombre des vins présents ...
Mais ce n'est pas le sujet.

Pierre Laffeuillade aime visiblement ce qu'il fait, aime tout aussi visiblement en parler et, en outre, en parle fort bien et - ce qui ne gâche rien - le fait dans le cadre du chai de Desmirail.



Un chai qui - c'est d'une indigne banalité de le dire ainsi - associe avec talent les structures anciennes et/ou leurs vestiges à quelques avancées plus modernes.

Et ce tant du point de vue du plafond en bateau renversé, des traces de rails sur le plancher surplombant les cuves, ou que de celui des cuves qu'il domine !

Ayant - çà devient une habitude - oublié mon appareil photo, pourtant préparé la veille au soir, j'ai abondamment (et mal) utilisé mon iphone pour illustrer mon propos. Dès lors c'est une bonne raison (excuse ?) pour constater - et regretter - que mes photos ne rendent pas justice au lieu.





Toute visite se terminant fatalement par une dégustation, nous nous sommes retrouvés autour du 2007 ... non : autour DES 2007, puisque tant le second que le premier vins nous attendaient :

- Initial de Desmirail (2007) : un joli second rond, avec une bonne structure. Nez de fruits noirs et d'épices, un poil animal toutefois. Bien à boire dès maintenant !


- Château Desmirail (2007) : 2007 est un millésime décrié ... qui est en train de se révéler. Celui ci est encore un peu jeune à mon goût car il demande, me semble-t'il encore à se fondre. Il est toutefois déjà agréable par son élégance et sa puissance.                                  

 (Jean Rouquet avec Pierre Laffeuillade, notre hôte)


Forcément, avec Jean Rouquet et Pierre Laffeuillade qui, l'un autant que l'autre, aiment raconter, expliquer, commenter, bref : échanger, çà a fini à l'arrache.
Mais, au delà du prétexte de la découverte de vins, le but de la journée était bien de faire se rencontrer des Hommes !

Ergo : à peine le temps pour un sandwich sur les quais de Pauillac (chez Bellet, à ma connaissance la seule boulangerie digne de ce nom à Pauillac), puis un café avant de poursuivre vers Saint Seurin de Cadourne :




Au Domaine Andron, c'est Sébastien Fontaneau qui officiait (Jean-Michel Dubos, qui est arrivé à Andron depuis Saint Emilion (Beauséjour) mais rentrait - ce jour là - d'Espagne, ne pouvait être là) ... et qui nous avait donc préparé "Andron" en 2006, 2007 et 2009, ainsi que son "L'Or des Terres" (en 2009 également).
Donc : Haut-Médoc et Médoc au programme !
"Andron" (vieilles vignes à 70% Merlot, 25 Cabernet sauvignon, et 5% Cabernet franc plantés à 8 000 pieds par hectare), j'ai forcément déjà goûté, mais surtout 2010 et 2011 (2011 depuis les baies avant vendange !), un peu 2009 aussi, mais jamais les millésimes antérieurs.Même chose pour "L'Or des Terres" dans lequel je n'ai mis le nez et le palais que pour la cuve du Cabernet et celle de Merlot, en 2011.

- Andron (2006) : majorité Merlot pour un vin structuré mais, forcément, très rond. Du fruit, des notes de cèdre et de truffe. Déjà prêt (et très bon) à boire, mais peut attendre sans aucune espèce de souci. 15 € la bouteille = sans hésitation !
- Andron (2007) : puissance et équilibre + superbe finale = très belle bouteille (à 14 € !) : ici aussi, 2007 révèle ses qualités.
- Andron (2009) : c'est un bébé du genre musclé ! Robe très sombre, nez intense, grosse structure et excellente maturité : côté tanins, tout le monde est là mais rien ne dépasse. Beau moment de dégustation. On peut boire, bien sûr ... mais attendre est essentiel si on veut lui laisser la possibilité de s'affirmer et, encore s'affiner. Superbe bouteille ! (22 €)
- L'Or des Terres (2009) : le vin de Sébastien est 1/3 Cabernet + 2/3 Merlot. Un rubis soutenu, aux notes très jeunes. L'attaque est très ronde puis laisse la place à une bouche structurée mais sans aucune dureté qui s'achève sur une longue finale aromatique. C'est puissant et élégant, et à 8€ la bouteille totalement indolore ! Superbe rapport Qualité / Plaisir / Prix.
Nous partirons non sans laisser du Baragnaudes, sur la thématique : "mais si, avec le Roquefort (quand il est bon), on peut boire du rouge (quand il est bon)". Et, bons, les vins l'étaient indubitablement.
Malheureusement pas assez de temps pour parler vignes et vinifications ... que j'ai pu apprécier sur le millésime 2011, mais c'est une autre histoire dont je ne parlerai donc pas ici, si ce n'est pour redire que ce sont de fort beaux vins, qui sont élaborés avec soin par gens fort plaisants !


Il nous a suffi, dans la foulée, de pousser jusqu'à Saint Christoly de Médoc pour y retrouver 
Françoise et Stéphane Dief, au Clos Manou :


Le Clos Manou (Manou étant le surnom de Stéphane Dief) ou : comment, en 10 ans, passer de 12 ares à 17 hectares sans faire aucune concession sur le travail des vignes et des vins ni, donc, sur la qualité des vins !

La visite commence par les vignes.
Du rang étroit, de beaux terroirs, un travail au cordeau.
Stéphane Dief (est ce là une conséquence de son passé et son vécu de sportif de haut niveau ?) veille visiblement à tout, à chaque détail.

Ainsi, le Clos Manou est, depuis le début, égrappé à la main ! (photo de gauche)
et soumis à un double tri (grappes puis baies), lui aussi manuel.
Ensuite, la vinification se fait (j'ai envie de dire "bien sûr", 
comme si cela allait de soi .... 
sauf qu'au Clos Manou cela va, en effet, de soi) 
en tout petits volumes
(cuves bois de 10 à 22 hL).

















"J'ai un seul associé : ma femme"

S'ensuit un élevage sous bois associant le savoir faire à l'esthétique (sauf que je n'aimerais pas avoir à aller chercher les 2 barriques en haut à gauche !).
Bois neuf pour le Clos Manou, dont les barriques (1 et 2 vins) serviront ensuite à l'élevage du Petit Manou)


Aussi du temps pour l'échange.  
Surtout du temps pour l'échange ! 




"Le Roquefort Baragnaudes, 
par rapport au Papillon : 
c'est comme un Saint-Estèphe 
et un Carignan de plaine"






 
Forcément tout ceci s'achève sur le but ultime : les vins.
Avec le "Petit Manou" (2009) et le "Clos Manou" (2009.

"l'éléphant" comme décoration et comme logo, 
mais aussi et surtout en allégorie des multiples déménagements de chai et de stocks, faits aux 4 coins de Saint Christoly à l'occasion d'un développement rapide, mais maîtrisé autant que réfléchi.

Petit Manou (2009)
60 % Merlot, 32 % Cabernet sauvignon, 4 % Cabernet franc, 4 % Petit verdot. Vinifié en cuve béton, élevage sous bois (sans bois neuf).
Robe rubis très sombre. Nez de fruits noirs et d'épices. Bouche structurée mais friande, rond, long, très plaisant. Superbe second vin, le seul problème est d'en trouver !

Clos Manou (2009)
60% Cabernet sauvignon, 34% Merlot, 4% Cabernet franc, 2% Petit verdot
Robe très sombre, nez intense de cèdre, de fruits noirs mûrs et d'épices.
En bouche c'est puissant mais très moelleux.
Jean Rouquet le comparera - à juste titre ! - à la rondeur et la suavité d'un Pomerol). Très longue finale aromatique, avec d'incessants retours et un joli fond de verre (mon pêché mignon, le fond de verre, sur ce genre de vin !
A ce stade, il s'appréciera d'autant mieux qu'on lui laissera le temps de s'ouvrir et s'exprimer.
Mais lui aussi est quasi introuvable, il vaudra donc mieux prendre des positions pour le 2011 qui s'annonce splendide !





Forcément, une tournée médocaine de ce calibre ne pouvait s'achever qu'à Arcins, chez Barbier ...

Donc : "le Lion d'Or", à Arcins.




Entame avec des sardines marinées juste parfaites de texture et de saveurs.

Jean-Paul Barbier vient alors nous voir pour s'excuser du retard pris en cuisine. On n'avait rien remarqué, mais puisqu'il nous dit qu'ils sont à la ramasse, on le croit volontiers.



On le croit d'autant plus volontiers que l'annonce de ce retard s'accompagne aussitôt de l'arrivée sur table de son "élixir de patience" : un foie gras mi-cuit au poivre noir, dont la cuisson est millimétrée, le fondant à pleurer et la saveur exemplaire.


Nous attendons donc avec l'élixir ... mais aussi avec un Domaine du Vatican (2009), ce Haut Médoc je le croise sur la carte et vois qu'il s'agit d'un vin de Rabiller.
Rabiller, j'en connais - et apprécie - le "La Peyre" ... mais avais zappé que son Haut-Médoc est le sus dit "Domaine du Vatican". Donc Domaine du Vatican (2009), pour voir.
Bien vu : jolie bouteille que ce Vatican là (en outre, à 14.5 € les 75cL sur table c'est juste imbattable !!! Qui a dit qu'au restaurant, en particulier sur les belles tables, on ne pouvait pas boire de bons vins sans se ruiner ?).

S'ensuit une viande magnifique.
Même si j'ai oublié le prénom et la race de la vache, çà reste un morceau de boeuf idéalement goûteux et parfaitement cuit.
Comme quoi le simple mais bon reste indémodable et quasiment indépassable.
En particulier quand le chef est à la hauteur de Jean-Paul Barbier, que ce soit lorsqu'il officie en cuisine ... ou lors de son passage en salle.
De SES passages en salle.
Car tout en gardant un oeil vigilant sur ses serveurs (de noir et blanc vêtus, à l'ancienne. Qui plus est courtois autant qu'efficaces), c'est attablé avec nous qu'il nous livrera ses histoires de famille (il est le représentant de la 5ème génération à officier ici !), de cuisine, de chiens, de fusils et, donc, de chasse.
Il ne sera même pas refroidi lorsque, alors que contant sa tentative d'achat d'un Barbu Tchèque de haute lignée, Jean Rouquet lui lâchera un fulgurant, splendide et hilarant : "Un Barbu Tchèque ? Ca vaut rien çà ! Il faut acheter français", phrase définitive dans la bouche de l'heureux propriétaire d'un setter (anglais, le setter).

Barbier salue chacun de ses clients qui le quitte, revient invariablement nous voir ... et nous présenter ses chiens.
Bien plus tard, on se quittera donc bons amis et ravis les uns des autres, ainsi que de la soirée passée ensemble ... mais cette séparation ne se fera pas sans avoir flatté une dernière fois le vieux Setter (anglais lui aussi), et le jeune Epagneul destiné à prendre sa relève, tous deux présentés par un JP Barbier rayonnant.