mardi 22 juillet 2014

"La Vérité sur le Vin"


 


Je ne sais plus bien quand mes quelques vieux bouquins consacrés au vin et à la vinification ont commencé à ressembler à une collection. Je le sais d'autant moins que le propos n'était pas (et n'est toujours pas) de constituer une collection mais bien, tout simplement, de les lire et d'y prendre du plaisir. Aussi la recherche sinon de La Vérité, du moins d'une vérité, et puis cette envie de savoir ce qu'il y avait avant. Ce qu'étaient les savoirs et comment ils ont évolué, au risque parfois de prendre quelques claques en découvrant dans tel ou tel vieux bouquin (par exemple le Sémichon) que telle ou telle brillante idée avait été posée là il y a plus d'un siècle !

La collectionite (à but de lecture !), peut-être a-t'elle vraiment débuté le jour où je me suis procuré le tome XIV de la seconde édition de "le Gentilhomme cultivateur" ?
Celui qui est, bien sûr, consacré à la vigne et au vin.
Attribué à Hale il est en fait essentiellement l’œuvre de Dupuy-Demportes qui l'a traduit mais aussi considérablement augmenté !
Il m'a réellement enchanté ce bouquin !



Il y eut ensuite le mémoire de l'Abbé Rozier (un bonheur !), mais aussi celui - remarquable - de Pasteur, les écrits de Chaptal ou Guyot, et bien d'autres encore tant connus et essentiels (si tant est qu'on puisse l'être) que bien plus anecdotiques.


Au rang des anecdotiques il y eut, bien sûr, une quantité non négligeable des désopilants opuscules commis par Jacquemin (mais aussi son "Les Fermentations Rationnelles" qui, lui, est une somme !), parmi lesquels j'aime tout particulièrement celui qui vante les mérites des levures radioactives.


A la fin du XIXème siècle, en plein dans la crise phylloxérique on trouve de délicieux ouvrages qui détaillent en tous sens le pourquoi et surtout le comment de la "sophistication" des vins.

En clair et sans décodeur : comment faire du vin avec à peu près tout et n'importe quoi.

Par exemple :



A. Bedel.
Traité complet de manipulation des vins. 1894 (2è édition).

"Doit-on considérer comme une falsification la pratique qui consiste à introduire dans les vins certains extraits de plantes aromatiques susceptibles de modifier le goût de ces vins, de les gratifier d'un bouquet agréable et même de donner à des produits tout à fait secondaires l'illusion de crus plus célèbres ?
Certains prud'hommes condamnent cet agissement.
En ce qui nous concerne, et ce jugement est partagé par un grand nombre des meilleurs esprits, nous estimons que jamais on ne saurait trop s'efforcer de parer une marchandise et nous considérons même que c'est une oeuvre méritoire que celle qui consiste à donner aux produits réputés les plus inférieurs et qui, précisément, sont l'apanage des plus pauvres des semblants de qualité qu'on ne trouve, habituellement que dans ceux qui sont le privilège de la richesse.
L'illustre Bouchardat a déclaré que l'emploi de la framboise et autres produits aromatiques, loin d'être blâmé, doit être encouragé, parce qu'il a pour résultat d'améliorer les produits naturels et que ce n'est pas tromper le public que de lui vendre un produit amélioré".

ou encore :

J. Audibert.
L'art de faire les vins d'imitation. 1882

"Bordeaux ordinaire
Vin blanc de raisins secs (Corinthe) : 50 litres
Vin rouge du Roussillon, d'Espagne ou d'Italie : 50 litres
Infusion de brou de noix : 1 litre
Infusion d'Iris de Florence : 5 centil.
Coller au sang cristallisé avec 10 grammes par hectolitre. Un bon fouettage est nécessaire pour obtenir un résultat prompt.

Bordeaux Château-Lafitte
Vin blanc vieux de raisins secs (Corinthe) : 25 litres
Vin rouge du Roussillon, bien sec : 70 litres
Jus de framboise alcoolisé : 30 centil.
Infusion de brou de noix : 2 litres
Infusion d'Iris de Florence : 5 centil.
Infusion de coques d'amande : 2 litres.
Opérer comme pour le Bordeaux ordinaire."

ou, bien sûr :

J Lamboi.
Le sucrage, conseils aux vignerons pour le sucrage des vendanges, des marcs de raisins et des cidres et poirés. 1882

"Si on verse sur le marc non pressé une solution sucrée qui doit, par la fermentation, donner un second vin, il est évident que ce second vin contiendra une plus grande partie des éléments propres du vin (acides, tannins) que si le marc avait été pressé, mais moins que le vin de première goutte. On comprend donc qu'il peut être utile de compléter pour ces seconds vins les dosages des acides et du tannin, qui pourraient être devenus insuffisants.
Ce qui est utile aussi pour des vins de seconde cuvée peut être indispensable si on pousse plus la fabrication des vins d'eau sucrée et si on a fait trois ou quatre opérations sur le même marc. Il faut donc proportionner les additions d'acide tartrique et de tannin de manière à donner au vin l'acidité ordinaire des bonnes années et à lui conserver la quantité de tannin nécessaire à sa saveur, à sa conservation et à sa clarification.
On peut mettre de 10 à 20 grammes de tannin par hectolitre de moût, suivant l'appauvrissement des marcs par les pressées et le renouvellement des solutions sucrées.
L'acidité moyenne d'un bon vin est représentée par celle que donneraient environ 150 grammes d'acide tartrique par hectolitre de vin. Si on voulait atteindre exactement cette proportion d'acide, il serait nécessaire de s'assurer d'abord de l'acidité que contient le mout des 2èmes, 3èmes, 4èmes cuves, et d'ajouter ensuite l'acide tartrique complémentaire."


Au milieu de ces joyeusetés j'ai parfois déniché de choses plus en marge mais cachant de jolies surprises.
Par exemple la "Dissertation sur l'hémine de vin et la livre de pain de S. Benoist & des autres anciens Religieux".
Son auteur, Dom Claude Lancelot fut l'un des très sérieux "Messieurs de Port-Royal", et le professeur de grammaire de Jean Racine. Dans ce petit opuscule il disserte à longueur de pages sur quand, comment, pourquoi (et surtout combien !) les religieux peuvent boire du vin :
"c'est pourquoi, de crainte qu'il ne lui demeurat quelque reste des espèces dans la bouche, qu'il put cracher en lisant ; ne aliquid inde fumtum projiciat in sputo dit Smaragdus (les hosties surtout n'étant pas si faciles à consommer en ce temps là qu'elles le sont aujourd'hui, parce qu'elles étaient plus solides) S. Benoit, dont la prudence parait merveilleuse partout, ordonne qu'il boive une fois, avant que de lire".


Le tout dernier bouquin qui me soit tombé entre les mains - et fait l'objet de cette chronique - a été déniché par David G., qui me l'a offert Dimanche dernier.


"La Vérité sur le Vin"

Un réjouissant opuscule commis par le Dr Jean Blanc (Directeur du Laboratoire Départemental de Bactériologie) et publié en 1932 à Carcassonne.
Cet ouvrage annoncé comme : "Extrait de la "DEMOCRATIE" Organe de la fédération Radicale-Socialiste de l'Aude", annonce en outre très ostensiblement qu'il a été primé par "l'Office International du Vin" et dès l'entame déclare :

                             "AUX ENFANTS DES ECOLES".





Ce qui laisse somme toute relativement rêveur ... car si on y trouve de fort belles illustration (par DANTOINE) toutes n'en sont pas pour autant exemptes de reproches, quant aux textes ...
Je vous laisse en juger avec quelques morceaux choisis :


"L'hémorragie cérébrale, l'appendicite chronique, la neurasthénie, sont plus fréquentes chez les buveurs d'eau. Ceux-ci manquent, en effet, de stimulation : la mélancolie, le pessimisme amoindrissent leurs moyens de défense. Le calcaire de l'eau ingérée incruste leurs vaisseaux sanguins et les rend plus fragiles. Ne soyons pas de stricts buveurs d'eau"



"les buveurs de bière sont calmes, peut-être trop, et somnolents (action du houblon). Ils ignorent le sourire et la vivacité du buveur de vin ".

"Les doses inoffensives de vin ont pu être scientifiquement établies (Loeper et Alquier, 1929).
Le sédentaire peut consommer en moyenne 5 cc. de vin par kilo corporel, soit un demi-litre par jour.
Le travailleur actif, vivant au grand air, pourra boire, en mangeant, de un à deux litres de vin, sans inconvénient, et même avec profit."
















"Boire du vin blanc avec les huîtres, du vin rouge avec la salade, c'est inconsciemment neutraliser l'apport microbien de ces aliments fréquemment suspects.
Couper l'eau de boisson avec un peu de vin, c'est rendre inoffensifs les bacilles du choléra, de la typhoïde, de la tuberculose même, qui peuvent s'y rencontrer. Et ceci n'est pas une vue de l'esprit. De nombreux travaux expérimentaux ont établi, en effet, que le vin pur ou dilué tuait facilement la plupart des microbes pathogènes."



Je finirai en vous souhaitant un bon appétit ...





NB :
le petit texte qui précède a été rapidement pondu suite à un échange récent et tout aussi rapide à propos de l'interprétation des propos de Pasteur sur le vin, boisson hygiénique.
Cette citation pasteurisée, j'en parlais ici il y a un moment dans ce billet.


samedi 19 juillet 2014

"La nature a des perfections pour montrer qu’elle est l’image de Dieu, et des défauts pour montrer qu’elle n’en est que l’image".





Le titre de cette chronique aurait tout aussi bien pu être :
"Ils viennent avec du Champagne : mets le Prosecco au frais !",
mais Blaise Pascal - en particulier avec cette phrase que l'on peut qualifier de visionnaire - me semblait tout indiqué !
J'aime bien lire Pascal, avec modération, j'aime également le Champagne, pas trop modérément : l'un et l'autre peuvent faire mal à la tête. Particulièrement quand on les associe.

J'aime aussi beaucoup David.
David est un ami. Il y en a finalement assez peu, des amis. C'est aussi mon jumeau : nous sommes nés le même jour, mais pas tout à fait la même année.
David, ça remonte à assez loin : on s'est connu alors que je travaillais pour la grande maison, lui était alors dans une des filiales ... celle qui s'est spécialisée dans le Champagne. Il a ensuite rejoint la maison mère. Avec sa cave de Champagnes.
On picolait pas mal faut dire, et pas que des bulles.
Après que j'ai quitté la dite "grande maison" David a été un des rares, un des très rares, à continuer non seulement à me fréquenter mais aussi à ne pas le cacher. J'ai aimé. Forcément.
Ca fait plus de 10 ans maintenant ...

Parmi les producteurs de Champagne, David buvait (boit encore !!) de jolis vins de producteurs : tout particulièrement ceux de l'un d'entre eux qui lui fournissait régulièrement des bouteilles fort réussies.
Puis le producteur a basculé du côté obscur de la Force et la production est devenue plus irrégulière. Il y avait forcément de beaux flacons, mais de plus en plus souvent parsemés de phénomènes d'oxydation et autres lourdeurs déplaisantes. Fréquentes - trop fréquentes - déceptions même si elles étaient souvent compensées par les hilarantes pensées et/ou contre-étiquettes du dit producteur.
On a des joies simples et parfois cruelles (surtout moi, en fait).

"C'est une maladie naturelle à l'homme de croire qu'il possède la vérité" (c'est toujours de Pascal. Blaise. Et je me l'applique aussi à moi même. Si, si. Juré !).

Puis c'est devenu très compliqué de se faire plaisir avec le contenu. Même si je dois avouer n'avoir essayé que chez David, donc pas si souvent que çà ; en tous cas pas assez pour une vraie belle statistique et/ou un avis définitif.
En même temps : quand un chien t'a mordu une fois, tu retourne pas spontanément le caresser ....

A vrai dire, il y a surtout eu deux repas avec des ratages retentissant sur les dites bouteilles.
Ca énerve. Même David qui est pourtant un bon gars.

Du coup, à l'occasion d'une soirée Champagnes (le principe est simple : chaque convive vient avec sa bouteille chérie) David a rusé et est venu avec une quille d'un autre producteur (productrice en fait).

Je l'aime beaucoup David.

En particulier quand, comme au tout début de cette soirée là, il prend un air triomphant en brandissant fièrement une bouteille avant d'annoncer à la cantonade :
"Ca va t'énerver mais tu va voir : ça c'est de la biodynamie, branché directement sur les étoiles, tout ce que t'aimes, et c'est de la bombe !" et que derrière, en effet, c'est de la bombe : improbable mélange jaunâtre sentant le chou et la pomme blette.
Le bouchon, sans doute.


Demain midi David viendra papoter, manger et picoler. Et ce sera bien.
Ils amènent le dessert.
Peut-être aussi du Champagne ? Si c'est le cas sans doute adapterai je cette méchante chronique ?
Va savoir dans quel sens ...

En attendant, au frais, y a du Prosecco (promo à 4.5 € chez Auchan ! Car à ce stade là je dois avouer qu'en matière de bulles je suis peu exigeant ; encore que j'aime assez faire le grand écart depuis le Brut nature de Drappier, jusqu'au Blanc de Blanc de Ruinart. N'en déplaise à David : je ne suis pas un aventurier de la Champagne !), puis aussi quelques autres bouteilles sans bulle ...


PS

il va sans dire que David m'a aussi fait découvrir et goûter de superbes flacons.
Mais comme c'est moins drôle et moins utile dans le cadre de ce propos je n'en parle pas, ou à peine. Et c'est mal
===



Ils sont venus
Nous avons donc papoté (beaucoup), mangé (pas mal), et picolé (...)
Ils avaient amené du Champagne.
Jolie petite chose.
La provoc Auchan est aussi sortie du frigo ... et se buvait somme toute pas mal .
Pour faire bonne mesure j'ai aussi sorti ma dernière Petite Arvine ... qu'il était visiblement temps de finir, aussi un 2007 du Prélude à Gd Puy Ducasse qui se boit toujours aussi bien (dommage c'était la dernière) et peut-être encore un ou deux autres trucs ?




Non, le must du jour ça a été ce réjouissant cadeau qu'ils m'ont fait :
"La vérité sur le Vin".
Paru en 1932 sous la plume du Dr Jean Blanc (Directeur du Laboratoire Départemental de bactériologie), cet opuscule est tellement réjouissant que j'y consacrerai une prochaine chronique !

D'ici là un extrait :
"L'hémorragie cérébrale, l'appendicite chronique, la neurasthénie, sont plus fréquentes chez les buveurs d'eau. Ceux-ci manquent, en effet, de stimulation : la mélancolie, le pessimisme amoindrissent leurs moyens de défense. Le calcaire de l'eau ingérée incruste leurs vaisseaux sanguins et les rend plus fragiles. Ne soyons pas de stricts buveurs d'eau."



Le plaisir des choses simples



Hommos


Une grosse boite de pois chiches, deux citrons (un vert et un jaune), deux têtes d'ail dont on a enlevé le germe, quelques gouttes d'huile de sésame, un bon jet d'huile de l'olive et bien sur sel/poivre.
On passe le tout au mixeur (les tatillons pourront s'amuser à peler les pois chiches avant, mais ça ne sert pas a grand chose) afin de broyer en faisant une pâte onctueuse et homogène.
Il ne faut pas hésiter à rajouter de l'huile de l'olive si nécessaire ... en évitant toutefois de monter une grosse mayonnaise : c'est abject (on ne rit pas : j'ai eu une cuisinière qui s'était fait une spécialité de la mayonnaise aux pois chiches ...)




Caviar d'aubergines, ou de courgettes

Quelques aubergines ou courgettes coupées en tranches d'environ 1 cm, et grillées au four que l'on passe au mixer avec de l'huile d'olive (on trouve, par exemple chez Picard) des aubergines tranchées et grillées qui font parfaitement l'affaire). Pas trop hein ? il faut que ça ait de la tenue, qu'il y ait des morceaux, tout çà. Quand c'est fini on ajoute des graines de fenouil aux courgettes, et des graines de cumin aux aubergines.

(plus sur les courgettes que les aubergines : le Sauvignon by Beynat. Et, oui : c'est un joli vin et un vin bio. Serais-je en train de m'acheter une conscience ?)



Fèves à l'orientale

500 g de fèves tendres que l'on fait cuire dans 1/2 verre d'eau avec une bonne cuillère à soupe de cumin et de paprika, sans oublier d'ajouter un citron confit et un jet d'huile d'olive.
Cuisson pas trop longue (5 - 10 minutes suffisent !).
On enlève, bien sûr,  le citron avant de servir.







Carottes aux olives 


2 ou 3 oignons  découpés en petits morceaux que l'on fait blondir dans un fait tout.
Une fois blondis, on ajoute 500 g de carottes coupées en rondelles et on laisse cuire (loooooongtemps) d'abord sur feu vif, puis à feu doux et à couvert:
10 minutes avant la fin (quand les carottes sont ressué tendres a cœur), on ajoute deux poignées d'olives vertes et, forcément, on rectifie l'assaisonnement au cumin plutôt qu'au sel.








Rillettes de thon


Une grosse boite de thon au naturel, une demi barquette de St Moret, sel de Guérande.
Travailler à la fourchette jusqu'à obtention d'une terrine de rillettes. Ajouter progressivement le St Moret afin de ne pas avoir une consistance trop liquide. Ne pas passer au mixer, ne pas trop travailler sinon ça fait une pâte qui ne ressemble plus à rien
Pour un goût plus marqué mettre des sardines en lieu et place du thon.







Caviar d'artichauts
Une petite boite de fonds d'artichauts (égouttés), 1 ou 2 carrés frais, un filet d'huile d'olive.
Hop : au mixer !


Assaisonner de sel de Guérande,  et d'un tour de poivre du moulin. Un peu de cumin est, la aussi, sympa.



mercredi 16 juillet 2014

Monsieur Beauregard : merci. Vraiment !




La première écoute en boucle c'était "Here's to you" et, franchement, pour écouter "Here's to you" en boucle il fallait être salement motivé (ou cruellement manquer d'imagination).

N'empêche : "Here's To You" a, aussi, été ma première leçon d'anglais, et ça c'est pas forcément avéré très utile au quotidien, par exemple quand il s'agissait de commander 3 bières.
P't'être pour çà que je bois pas de bière ?
En même temps, "Zag Warum" c'est pas mieux.


Il y a, ensuite, eu bien des leçons d'anglais.

Du français aussi.
Beaucoup.
Parfois du français bien particulier mais auquel j'accrochais, forcément.


Il y a évidemment aussi eu cette petite chose infernale que je n'ai jamais réussi à danser convenablement.
Pourtant, note bien, c'est pas faute d'avoir essayé et essayé encore  !!


Non, le vrai choc, le basculement, c'était en Allemagne.Et fortuit.
Ben ouais : Aspirant Fuster, 19ème Groupe de Chasseurs, basé à Villingen.
J'avais accès aux magasins d'officiers canadiens et américains et m'y étais donc offert la CDX 1, toute première platine laser de Yamaha (ainsi d'ailleurs qu'un tuner Marantz hors d'âge mais qui tient toujours la rampe, l'air de rien !).

Va savoir pourquoi j'avais entre autres CD acheté le "King Arthur" de Purcell, par Deller ... peut-être était il rangé à côté du "Herz und Mund und Tat und Leben" et pour le coup lui je le cherchais vraiment.

Purcell, je l'écoute un peu moins maintenant (rien au dessus de Vivaldi !).
Mais le "Cold Song" me fait bien sûr toujours le même effet. Andréas Scholl a une voix et une interprétation magnifiques .... n'empêche :  je reste accroché à la première fois, la version Deller.
Scholl ça colle très bien au truc ... mais pas avec le souvenir de la première fois.

A quoi ça tient ?!



N'empêche : je suis resté au baroque.
Vivaldi, donc.
"Les quatre saisons" c'est devenu de la musique d'ascenseur (ou de super marché. Voire d'ascenceur de super marché !) ... et c'est superbe.
En particulier par Janine Jansen.


(Les quatre saisons à Santa Maria della Pieta ...)
("But why ?")


Non, aujourd'hui, ce qui me transporte (et que d'ailleurs j'écoute en boucle dans la bagnole qui, régulièrement, me transporte aussi)  c'est le "Et in Terra Pax" merveilleusement mis en musique par Vivaldi (et dirigé par Trevor Pinnock).

Pour autant, le vrai début n'est peut-être pas là ... et sans doute n'arriverai je jamais à l'identifier : j'avais quoi ? sans doute 15 ans, en seconde, à Marcel Gimond (Aubenas).

Cours de français de Beauregard.

C'est ce même Beauregard qui allait me faire découvrir Apollinaire (Et mes Amours s'étant cachées périssent d'amour en moi même) - et me mettre de cruelles pâtées aux échecs - mais avant, dans l'un de ses contrôles surprenants, il allait me pousser à associer écriture et musique.

Un truc de grand malade : il était venu avec son magnéto à bandes, et avait envoyé 4 heures de musique classique en nous disant "devoir de français. vous avez quatre heures".
Le sujet c'était ce que l'on entendait. Ou pas.
J'ai donc entendu.
Et sans doute est-ce la première fois que j'ai écouté la musique.

Merci, Beauregard !

Je lui avais pondu un nombre de pages assez étonnant, des pages branchées sur la musique ma tête et mes tripes.
Pages récemment relues avant autant de surprise que de plaisir.

J'aimerais bien savoir ce qu'il nous avait fait écouter, Beauregard ...

mardi 15 juillet 2014

Les cornichons

L'une de mes dernières missions d’œnologue conseil - mission significative je veux dire - fut d'accompagner un client (faut il vraiment dire "client" ? la relation se résumait-elle à cela ?) chez un courtier avec lequel il avait un gros méchant litige.
Le genre déplaisant, le litige ... et ce tant sur le fond, la forme que les volumes concernés !

Bon, sur la réunion chez le négociant c'est pas la peine d'en faire des tonnes : tant du point de vue analytique qu'en dégustation le vin était bien tapé. Le tout était de savoir pourquoi, par qui et ce que çà entrainerait.
Là, forcément, ça piquait un peu. Alors l'ambiance s'est salement rafraichie, chacun campant sur ses positions et faisant assaut d'arguments plus ou moins convaincants.
Dans l'absolu, l'exercice de style est intéressant : à partir d'une même situation, d'une même succession de faits, chacun tisse sa toile dans des directions radicalement opposées.
Bien sur dans les faits ce n'était qu'une rencontre sans grande utilité puisque pour chacun des participants il ne s'agissait que d'affirmer où, selon lui, se trouvait la ligne de démarcation.
Autant dire qu'on ne s'est pas quittés bons amis.
Les jours suivants n'ont rien arrangé puisqu'il s'est avéré que le négociant avait tenté un passage en force pendant que, de mon côté, je montais un dossier que je souhaitais aussi complet et définitif que possible.
Bon, en fait, le dossier je me le suis roulé bien serré et on l'a gardé pour plus tard : le truc a été réglé en quelques jours sans qu'on ait eu à le sortir. Réglé au bénéfice de "mon" "client" : le négociant avait été un peu trop gourmand et beaucoup trop expéditif.

Bon, forcément, dit comme çà c'est un peu elliptique ... mais vu que je ne suis pas persuadé qu'il soit de bon ton de tout balancer sans autre forme de procès, je me contente de rebondir sur une phrase lâchée lors du debriefing, comme çà, sans vraiment y penser ni y croire, à propos du représentant du courtier et de ses comportements et arguments :
- Boh, tu sais, à sa place j'aurais peut-être fait pareil ?
- Mais non t'aurais pas
- Ben si un peu quand même, en fait. Bon, pas tout à fait pareil mais j'aurais sûrement tenté.

C'est probablement malheureusement vrai. Ou ça l'a été.
C'était y a un bail, et j'avais pas encore découvert le vin, ceci expliquant peut-être cela. Ou pas.

J'étais "monté à Paris", via Londres, et avais trouvé du taf à Rungis, dans le pavillon fruits et légumes. J'achetais en production, le plus souvent en France mais pas que (ah, ce souvenir ému des avions de mangues qui arrivaient directement de Guinée et étaient calibrées "à la forestière" ...), et revendais sur le carreau de Rungis.
Forcément, vu que la formation et l'expérience que j'avais alors vendues étaient exclusivement fruitières j'avais été affecté aux légumes.
Ils étaient joueurs et me faisaient donc vendre et acheter, entre autres, du céleri rave, de la betterave et du concombre. Au Monde, je ne déteste rien plus que ces trois abominations (encore que mon milk shake de céleri au bacon soit une pure merveille). Depuis quand t'as besoin d'aimer un truc pour le vendre ?

C'est donc là que j'ai été baptisé. Avec une palette de radis.

C'est cool le radis : y a plein de bottes sur une palette. Donc quand t'as tout vendu, même avec nos marges de grossiste (à l'époque 17%) il te reste pas mal de thune.
Quand t'as tout vendu, bien sûr.
Sinon t'es mal : tout bien considéré le radis, comme le violon tzigane, ne supporte pas la médiocrité. 



Or la fameuse palette de radis (achetée à GR, maraîcher nantais de son état) s'est avérée avoir été consciencieusement fardée. Fardée ? Oui : une fois arrivé au mitan de la dite palette il s'est trouvé que par le plus grand des hasards, les radis avaient une tout autre gueule ! Ce n'étaient plus de beaux bébés joufflus, à l'air rose et frais mais de pauvres choses défraîchies et au bord du coma.
Dans ce cas là le salut passait par le télex.


Ouais, le télex. Je le crois à peine.
La phrase consacrée (qu'est ce que j'ai pu l'écrire cette maudite phrase !) était :
"La marchandise reçue ne correspond pas à la qualité demandée. Que devons nous faire : la garder à votre disposition ou la vendre pour votre compte ?"
Le dit GR me rappela illico pour me demander d'où je tenais que ses radis n'étaient pas irréprochables. Je lui rétorquais que sa palette était honteusement maquillée et que la moitié inférieure relevait plus du compost que de l'alimentation humaine. Il m'assassinait donc avec ce qu'il faut d'ironie froide et mauvaise :
- c'est donc que vous avez commencé à la vendre ?
- ben oui, forcément, si je tape pas dans la palette jamais je me rends compte qu'elle est fardée !
- ah mais c'est que ça change tout : si vous avez commencé à vendre les radis c'est que vous avez accepté la marchandise. La jurisprudence est claire : c'est votre marchandise et votre problème, moi ça ne me concerne plus.
J'étais cuit. Comme les radis.
Ce mois là, la palette de radis a fait mal à mon chiffre.
GR, ça m'a pris trois ans pour les lui faire bouffer ses radis. Mais il est forcément arrivé un jour où il a eu besoin d'aide car il était planté. C'était sur de superbes navets bottes. Je lui en avais fait rentrer quelques palettes. Pour le dépanner. En prix après vente, bien sûr.
Prix après vente ? Simple : d'abord tu vends, après tu dis au producteur combien tu lui paie sa marchandise. Trois ans étaient passés, alors j'avais appris le vice et les procédures : sur ce coup là, limite s'il me devait pas de l'argent, GR. Comme il gueulait je lui ai rappelé les radis. Ca l'a fait rire, que je sois rancunier à ce point et que je l'enfle. J'en ais conclu que les navets il avait du les acheter a un autre type. En prix après vente, bien sûr. En tous cas après on n'a plus eu de problème.
A quoi ça tient, une belle amitié ?

Enfin, le vice et les procédures sont pas entrés de suite. Faut croire que le terrain était pas totalement propice. D'abord y a eu les brugnons. Qui étaient des nectarines.
J'avais en effet obtenu mon bâton de Maréchal et basculé au rayon fruits.


J'avais de fort belles nectarines, venues en droite ligne de Tarn et Garonne.
- ah t'as des brugnons ! y sont beaux : je vais t'en prendre quelques caisses.
- pas de problème. Mais ce sont pas brugnons, ce sont des nectarines.
- ah merde : c'est pas des blancs, c'est des jaunes ?!
- ben si c'est des blancs.
- donc c'est des brugnons !
- non c'est pas des brugnons, c'est des nectarines. C'est des nectarines à chair blanche.
- n'importe quoi : les brugnons c'est blanc, et les nectarines c'est jaune.
- non. Les brugnons, la chair adhère au noyau - et c'est super rare - alors que les nectarines ben la chair adhère pas au noyau. Dans les deux cas y a des blancs et des jaunes. Je le sais : j'ai étudié l'arboriculture fruitière.
- mais tu dis n'importe quoi ! les brugnons c'est blanc. C'est tout !
- bon écoute : l'arboriculture fruitière je l'ai vraiment étudiée et je t'assure que c'est comme je te dis ! T'en veux combien des nectarines blanches ?
- t'es trop con et c'est des brugnons. Puis j'irai les acheter ailleurs mes brugnons.

A côté de ce que j'ai alors ressenti, Galilée n'a connu qu'un infime désagrément.


Du coup le jour ou le même client m'a lancé, vaguement admiratif :
- t'as des cornichons ? en cette saison !?
Je lui ai bien sur répondu :
- ben oui, la preuve. Mais c'est de l'import (ce qui était rigoureusement exact), c'est pour ça !
- alors mets m'en 3 colis.
Forcément la semaine suivante quand je l'ai revu il était moyennement heureux : il faut dire qu'un avocat cocktail ça se prépare pas tout à fait comme un cornichon.
- tu voulais des cornichons alors je t'ai vendu des cornichons. Le client est Roi.
- mais t'es vraiment trop con !
- te plains pas : grâce à moi t'a découvert un truc que tu connaissais pas. C'est rare.
- mais quel con ! bon tu me paie un café ?

Le must est sans doute avec le sanglier des Ardennes : il tournait autour de mes melons. Les cas était simple : des melons de ce calibre là soit il me les prenait soit j'en faisais des confitures.
Et c'est pas top de faire des confitures avec une palette de melon de Martinique quand tu as des objectifs commerciaux à respecter.
- y me plaisent pas tes melons. Y sentent rien, je suis sur qu'ils ont pas de goût !
- au contraire ! s'ils sentent rien c'est que les saveurs restent à l'intérieur, alors ils ont plus de gout que si tout partait dans l'air !! (c'est la triste vérité : j'avoue avoir commis cette chose).

Il m'a pris ma palette.
Peu de temps après je démissionnais pour aller bosser dans une coop : j'imaginais mieux défendre les producteurs en bossant pour eux. Parce qu'au delà des aimables plaisanteries décrites ci dessus les pratiques étaient généralement tout sauf aimables et d'une honnêteté pouvant parfois être discutée ..
Je me trompais lourdement et re démissionnais 3 mois plus tard, assez consterné par les pratiques quotidiennes pas forcément significativement différentes de ce qui se passait à Rungis. Le but premier d'une structure est avant tout d'assurer sa pérennité, pas la pérennité de ceux qui la font vivre.

Oui, ça fait plein de démissions ça. Serais-je instable ?
(private joke)(d'ordinaire les private jokes je les souligne pas, sinon c'est pas drôle mais celui là oui)

En attendant des avocats cocktail j'en vois plus trop.
J'étais un genre de précurseur, faut croire ?



(on est gentil : les photos sont moches mais sont à moi. Alors elles ne sont pas en libre service)