dimanche 31 mai 2015

A droite, douze fois 12


Le premier vrai contact (Facebook çà compte pas ! même quand çà initie le truc) s'est fait grâce à un 2010 du Clos Manou : dans je ne sais plus quelle discussion (sur Facebook) Daniel Sériot disait ne pas avoir ce millésime en cave et ne l'avoir jamais goûté. Il se trouve qu'il m'en restait un peu, en fond de cave, je lui en proposais donc une bouteille.
Un échange ?
D'accord, un échange !
Quelque temps plus tard l'échange était fait et je revenais à Libourne lesté d'une bouteille qui est partie sommeiller dans ma cave ainsi que d'un guacamole, quelques autres solides ... et plusieurs verres de tel ou tel cru.
Belle prise de contact.


Encore un peu plus tard arrivait l'invitation à une dégustation à l'aveugle autour du millésime 2012 sur la rive droite.
Le principe en est simple : une dizaine de participants, chacun venant avec une bouteille de son choix qui - bien sur - colle au thème choisi. La bouteille devant être amenée quelques jours avant de façon à être préparée et présentée dans de bonnes conditions.


Il me restait donc à savoir quoi amener.
C'est que c'est important un premier rendez-vous, que choisir, pourquoi le choisir, et que dire avec ?
Finalement faire simple ! Choisir un vin qui me plaise, sans chercher à faire dans l'ostentatoire et l'esbrouffe ... et profiter de l'occasion pour le goûter vraiment, sans savoir si c'est lui, et ainsi vérifier si ce Beynat - Cuvée Léonard me plait pour ce qu'il est ou bien parce qu'Alain Tourenne m'est sympathique !?


C'est le vin qui sera jugé, pas moi. Mais c'est moi qui choisis et amène le vin ...
Bref ...

Je ne saurai qu'après la dégustation, bien après, qui étaient les autres participants (oui, y a du lourd) :








Une grosse paire d'heures avant la dégustation, chaque vin est ouvert, mis en carafe et la carafe numérotée par Isabelle Sériot qui, ensuite, goutera sans noter ni bien sur dire quoi que ce soit.
Aucun dégustateur ne peut donc savoir ce qu'il commente et note.
Une fois arrivés et installés, il ne reste donc plus qu'à goûter chaque carafe - donc chaque vin -, tour à tour, puis à le commenter et noter (/20).








Une fois l'ensemble des vins commenté et notés, les notes sont relevées, l'identité de chaque vin est révélée et il ne reste plus qu'à y revenir en sachant à qui l'on affaire ... et en goûtant tel ou tel plat.
Oui, la consigne prévoit aussi que chaque participant vienne avec un plat de son choix. J'avais opté pour un caviar d'aubergines, dont on trouvera la recette dans ce billet.




1. Clos la Rose (Saint Emilion Grand Cru)
Robe d'intensité moyenne.
Nez d'expression correcte, sur les fruits rouges et les épices douces.
Milieu de bouche plutôt maigre. Boisé présent, avec sècheresse et amertume finales.
Pas la grosse éclate : correct, sans plus.

2. Mangot Todeschini (Saint Emilion Grand Cru)
Robe de belle intensité.
Nez expressif et plaisant (fruits noirs, pointe florale, notes épicées, un chouia de végétal (mûr), notable empyreumatique).
Bouche structurée avec des tanins très présents mais amers en finale. L'élevage est très (trop !) marqué et écrase le fruit.
Très moyen.
Etonnant et décevant à la découverte de l'étiquette : je reste sur la récente dégustation d'un 2010 du même cru qui, lui, m'avait enchanté. A revoir ?

3. Alcée (Castillon - Côtes de Bordeaux)

Belle robe soutenue, jeune et intense.
Au premier abord, nez d'expression moyenne qui s'ouvre ensuite sur les fruits noirs, quelques notes florales et un boisé présent mais sans excès.
L'attaque est ronde, la bouche souple mais bien construite. En finale ça resserre un peu, sur de la tension, avec une jolie aromatique fruitée.
Bien !




4. Cassini (Saint Emilion)
Robe plutôt légère, au début de son évolution.
Léger fruité, notes épicées, là aussi un chouia d'évolution.
En bouche ça manque de matière et de concentration, c'est court et avec cette sécheresse métallique finale qui, dans le meilleur des cas, m'interroge ...
Bof, un vin que j'ai hésité à noter.
(Au découvert : n'ayant, auparavant, goûté ce cru qu'une fois - et pas forcément dans les conditions les plus adaptées - difficile de trancher).

5. Beynat - Cuvée Léonard (Castillon - Côtes de Bordeaux)
Robe jeune et de belle intensité
Au premier abord nez d'expression moyenne puis qui s'ouvre sur des notes florales et fruitées, boisé présent.
Bouche ronde et de bonne concentration, tanins suaves, jolie finale sur le fruit rouge mûr et les épices douces. De l'harmonie dans tout çà.
Bien !
Avec, à la découverte de l'étiquette, cette satisfaction imbécile de l'ordre du : "cool, c'est celui que j'ai amené et çà se goute bien. En tous cas par moi", comme si j'y étais pour quelque chose, dans la création de ce vin !!


6. Tailhas (Pomerol)
Robe d'intensité moyenne.
Nez très réduit qui "s'ouvre" sur des notes d'élevage très marqué avec des notes viandées peu plaisantes.
En bouche c'est creux, en vrac, et avec une finale asséchante.
Très bof (L'autre vin que j'ai hésité à noter).




7. Domaine de l'A (Castillon - Côtes de Bordeaux)
Robe de bonne intensité.
Nez peu expressif ... à part le côté acescent.
Bouche sans intérêt, qui amplifie l'acescence.
Non noté.
(Etonnement à la découverte de l'étiquette : rarement goûté ce cru, mais jamais aussi mal).
Le bouchon ? A revoir, en tous cas.


8. Clos Puy Arnaud (Castillon - Côtes de Bordeaux)
Robe profonde et très jeune.
Nez complexe, très expressif et vraiment très plaisant.
Bouche ronde, pleine, équilibrée. Un joli fruité et une belle et longue finale. Harmonieux et élégant.
Très bien.
(A la découverte de l'étiquette c'est la belle surprise : je n'ai goûté ce vin qu'une fois et autant la Pervenche m'avait séduit par son fruit et sa rondeur, autant ce Clos ne m'avait pas autant enchanté).


9. Valmy Dubourdieu Lange (Castillon - Côtes de Bordeaux)
Dès l’œil çà envoie du lourd
Au nez aussi c'est beau : fruits rouges, fruits noirs, notes florales, beau boisé.
En bouche la puissance est là, mais bien maîtrisée : du volume, de la matière et de la profondeur.
Longue et belle finale.
Vraiment très bien. Un de mes trois préférés. A faire entrer en cave !

(ce n'est que bien après que j'ai réalisé - Google is my friend - que j'avais déjà goûté un proche parent de ce vin : j'en parlais là)




10. La Voûte (Saint Emilion Grand Cru)
Robe profonde et soutenue.

Nez expressif, de fleurs et de fruits (cerise)
Bouche ronde, suave, de belle tenue : belle matière. Jolie finale sur des notes presqu'aériennes.
Beau vin.

11. Pavie Macquin (Saint Emilion Grand Cru Classé B)
Robe soutenue.
Nez très mûr, complexe  et intense.
Très grosse et belle matière : ça attaque fort et derrière il y a une superbe présence tannique.
Très longue finale.
Superbe de puissance, d'harmonie et d'équilibre.
Mon préféré.


12. Fonplégade.
Robe intense et profonde, très jeune.
Nez expressif de griottes, d'épices douces avec un joli élevage.
Attaque ronde suivie d'une très belle structure tannique : concentré, serré, mais sans une once d'agressivité.
Longue finale sur la puissance et l'harmonie.
Gros vin qui vient à l'aise sur le podium.
(Difficile, toutefois, à noter car en cours de dégustation une maladresse m'a appris que c'était Fonplégade et Franck était en face de moi : du coup j'ai peut-être eu la décimale généreuse (ce qui ne remet rien en cause)).






Revenir étiquette découverte sur les mêmes vins n'a pas changé la donne de façon significative.

Quelques blancs sont, aussi, passés par là ... dont ce Chardonnay de belle maturité que j'ai donc mis n'importe où sauf en Bourgogne.










Bien sur on pourra (on devra !) faire un tour sur le blog de Daniel Sériot afin d'y lire ses divers comptes rendus de dégustation et, tout particulièrement, les 3 billets qui traitent de la séance dont je viens de parler et s'intéressent respectivement à Clos de la Rose, Mangot Todeschini, Alcée, Cassini puis Beynat - Cuvée Léonard, Tailhas, Domaine de l'A, Clos Puy Arnaud  et enfin Valmy Dubourdieu Lange, La Voûte, Pavie Macquin, et Fonplégade


Comme le vin est, avant tout, une affaire de culture on devra aussi aller à Saint Emilion, salle gothique, pour la présentation et la dédicace du livre d'Isabelle Sériot.
Ce sera le 8 juin en fin d'après midi.




Enfin, et aussi incroyable que cela puisse paraître : dans le vin il y a de l'alcool alors c'est
à consommer avec modération, l'abus d'alcool est dangereux pour la santé.

vendredi 29 mai 2015

VdV#76 : en Mai bois ce qu'il te plaît !

Plus jeune (beaucoup plus jeune) la moitié des vacances d'été était synonyme d'Espagne, de thon grillé, et de siestes obligatoires.
D'Espagne, de thon, de siestes ... et de devoirs de vacances.

Quelle purge, ce truc : les devoirs de vacances ...
Généralement, dans les premiers jours je n'y échappais pas puis réussissais peu à peu à les faire tomber dans un semi oubli complaisant ... avant de devoir m'y coller en toute dernière extrémité.

Par un juste retour des choses c'est alors que je suis en Espagne, pour la convention annuelle de ma boite, que je finis par me coller à ce billet qui rode dans mon planning depuis presqu'un mois.
Comme une récréation entre deux jours de réunions et de cahiers de pas vacances.

C'est que c'est bientôt Vendredi, le dernier vendredi du mois, le vendredi des Vendredis du Vin.

Y a quoi au programme ce mois ci ?

Vendredis du Vin #76 : en mai bois ce qu'il te plaît !

avec, en guise de pitch :

Ce vin, il vous plaît particulièrement parce que :
1/ vous adorez l'appellation, le cru et que vous trouvez que c'est le (ou l'un des) meilleur représentant
2/ vous adorez le cépage, unique ou majoritaire
3/ vous adorez le vigneron, c'est un copain, ou un type très sympathique, ou encore un vigneron "juste" remarquable
4/ vous adorez l'intérieur mais aussi l'extérieur, l'étiquette, la bouteille vous font craquer
5/ vous ne savez pas pourquoi mais vous boiriez de ce vin tous les jours ou presque
Une de ces raison, un panaché ou une raison encore toute autre pour élire ce vin, le "vin du mois", votre coup de coeur récent, votre chouchou du moment, que sais-je. Je sais, ça sent un peu de thème libre. Pas entièrement faux...
Alors, que boirez-vous en mai ?

C'est la présidente du mois qui, bien sur, a choisi ce thème.




J'ai pas mal bu, en ce mois de Mai. Trop peut-être ? (un de ces jours faudra vraiment que je me décide à finaliser le billet sur le récent rapport de l'OCDE)
Trop ?

Au travers, tout particulièrement, de plusieurs dégustations à l'aveugle.




C'est çà qui me plait, en fait.
Pas tant le trop ou le à l'aveugle (encore que ...) que le fait d'aligner plusieurs quilles et donc, fatalement, plusieurs convives autour d'un prétexte : le vin, leS vinS.
Le vin est fait pour être bu et partagé, pour créer de l'émotionnel et du lien social.
Ce qui me plait, ce qui m'a plu en ce mois de Mai, c'était çà : le partage du vin, des vins et de l'émotion. L'échange.
Puis, à chaque fois, dans le lot de vins il y en a eu un (ou plusieurs) un peu plus émouvant et/ou surprenant que les autres.
Emotion vraie au moins ce soir là. A la toute fin, au fond de cette bouteille particulière ce soir là, tout s'y retrouvera ... en tous cas au moins la consigne de Madame La Présidente
.

Ces dégustations, de laquelle parler tout d'abord ?

Sans doute tout simplement respecter l'ordre chronologique, donc opter pour la première dégustation du joli mois de Mai, dégustation qui était une horizontale en 2010, sur la rive droite.

L'idée m'en était venue lors d'un récent passage à Mangot d'où j'étais reparti avec quelques bouteilles (des 2010 !) à gouter à nouveau, hors contexte.
Il suffisait donc de rajouter quelques autres quilles et le tour était joué.

Aussi de quoi manger, en parallèle.

Nous étions une grosse quinzaine, dont 14 ont tout gouté (je parle des vins. Du reste aussi, d'ailleurs).




Donc les vins, par ordre de dégustation (je ne préciserai pas le millésime puisque, encore une fois, dans cette série il ne s'agit que de 2010 : il n'y avait pas de pirate (même si j'ai failli introduire un Médoc)) :

La Brande
Belle robe, bien sur concentrée et jeune.
Le nez est déjà expressif (fruits noirs à maturité, épices douces).
En bouche c'est charnu, de bonne tenue et sans aspérité. Le truc qui se boit presque tout seul. Belle finale sur le fruit avec de douces notes épicées. Boisé bien intégré.
Prêt à boire il peut encore attendre.
Très joli vin.
En toute fin de dégustation, à la question à la con "qui le met en premier ?" personne ne dit "moi". S'ensuit alors un silence gêné aussitôt comblé par une série de : "oui mais c'est vachement bon", "moi je le mets en second" et autres mentions du genre.
Bref tout le monde a aimé ... le meilleur signe de qualité et buvabilité c'est qu'à la fin des fins la bouteille était vide.

(environ 11 € au Château)

Pipeau
Belle robe.
Nez fin et complexe, du fruit, notes empyreumatiques et épicées, un chouia de poivron grillé : le nez est fin plaisant et plutôt ouvert.
Rond et opulent en bouche, belle structure avec un soupçon de fraîcheur. Belle finale sur la douceur, le fruit et les épices douces.
C'est bien fait et très plaisant presque charmant du coup çà plait et 3 dégustateurs en font leur n°1.
(24 ou 25 €, je ne suis plus très sur)




Mangot - Todeschini
Robe très sombre et très jeune.
Le nez est très intense et complexe, de belle expression et témoignant de la maturité des raisins (petits fruits noirs murs, notes florales, bois précieux, pointe de réglisse, ...)
Puissant par sa grosse présence tannique, mais des tanins qui pour être serrés n'en sont pas moins veloutés. Très belle structure et superbe équilibre, de la profondeur et ce qu'il faut de fraîcheur.
Finale longue et suave.
Nous sommes deux à le mettre en tête de liste. Pour ma part c'est cette concentration et cette fraîcheur qui me séduisent. Mon côté encore médocain a du se retrouver dans le Cabernet majoritaire ?
A attendre (mais c'est vachement bon).
Et c'est donc elle ma quille à moi et qui me plait, en ce mois de Mai 2015 !
(44 € au Château)

Quintessence de Mangot
Là aussi une robe très dense, à la couleur soutenue et d'une grande jeunesse
Beau nez fin et complexe, avec un empyreumatique plus discret que le précédent.
En bouche c'est plein, ample, des tanins de très bonne tenue et une finale logue de belle aromatique.
Un superbe vin, pourtant malgré sa très belle matière et son pouvoir de séduction, personne n'en fait son préféré.

(34 € au Château)





Grand Vin de Reignac
Là aussi côté robe ça envoie du lourd !
Nez très expressif, sur les fruits nirs, le bois précieux et les épices douces.
Bouche très ronde, presque grasse, avec une grosse structure aux tanins suaves et enrobés. De la sucrosité.
Longue finale épicées / réglissée avec de jolies notes florales (violette).
Bel équilibre, de l'ampleur, de l'expression ? 7 dégustateurs sur 14 en font leur numéro 1. C'est donc très buvable dès maintenant ... mais il gagnera à attendre !
(21 ou 22 € au château)


Mangot
Robe de belle intensité, à la frange un peu moins jeune que les autres quilles de la même série.
Nez un poil plus discret, au boisé plus intégré et discret derrière les notes de cerise et d'épices.
Maturité des tanins, qui resserrent un peu en finale mais restent veloutés. On retrouve là aussi une jolie fraîcheur qui équilibre le tout.
C'est plein, c'est long et c'est bon alors 2 participants en font leur préféré mais, lui aussi, il faudra l'attendre (encore qu'il soit déjà accessible et à même de faire de l'effet sur une table un peu solide !).











Sinon, pas d'autre conclusion que celle qui consiste à me lamenter sur mon triste sort : mes devoirs de vacances ne sont pas du tout finis, car il parait que je serai le prochain président du mois !
J'ai même été volontaire pour çà.
Ca fait qu'il ne me reste plus que quelques jours pour arriver à me décider entre les divers candidats au thème de mois de juin, puis à pondre un pitch ...



Les sites internet des Châteaux concernés par cette dégustation :

Chateau Mangot

Chateau Pipeau

Chateau de Reignac



Bien sur à consommer avec modération : l'abus d'alcool nuit à la santé.

dimanche 24 mai 2015

A propos de gondoles, de vongole, de Madone ... et de chat sourd

Même pas peur, ou juste un peu : il n'y a presque personne qui ait écrit à propos de Venise et, la plupart du temps, c'est très mauvais ... alors aucun risque d'être ridicule en m'y risquant, après ce troisième long week-end sur la lagune.

Le premier était un centenaire, mais il ne remonte qu'à 3 ans. Le camp de base était dans le Dorsoduro et, en dépit du tremblement de terre, la prise de contact avec la ville avait été facile : nous nous étions rapidement apprivoisés.

Ancré dans le quartier du Rialto - tout près de la Chiesa dei Miracoli - le deuxième, il y a deux ans, a amplifié la familiarité et le côté vie de village à peine effleurés lors du précédent séjour .

S'il avait fallu chercher un signe au troisième, qui s'est achevé il y a peu, c'eût été celui du Commissaire Brunetti : je ne suis pas (je ne suis plus !) un grand lecteur de polars. Pour autant, ayant découvert Venise, je me suis mis à lire ceux de Donna Léon : moins pour les enquêtes qu'elle y raconte que pour la vie, les personnages et les lieux vénitiens qui y transpirent. En outre j'avais survolé sa récente interview à Géo, interview dans laquelle elle confessait vivre dans ce même secteur du quartier du Rialto.
Itinéraires de Brunetti en tête, l'y croiser aurait été amusant.


Et puis non : à peine les pieds à Venise, la familiarité et l'impression d'être au bon endroit étaient de suite là mais, pour autant, ce n'était pas Donna Léon mais Pégase qui s'annonçait au détour d'un canal.
Dans le beau palazzo, une expo, du violon et du Bellini (ce n'était, bien sur, pas encore la saison des pêches mais, pour autant, cet ersatz était assez plaisant pour donner envie de s'y essayer, une fois bien sur que Jean-Emmanuel, mon fournisseur officiel de pêches, proposera les premières !).


Dans la cour du Palazzo, au delà du violon et des Bellini, entre autres suspensions, se trouvaient quelques photos de Pégase lors de son périple, faisant écho à d'autres cordes à linge.

Ce n'est qu'après qu'Elvis et sa groupie sont passés.
Oui : Elvis n'est pas mort et il vit sur une île de la lagune (et il devrait arrêter de se nourrir de protéines).
Pégase et Elvis ? Venise, en ce début de biennale, était d'un éclectisme à toute épreuve.
Un peu trop peut-être, car quelques installations vues ensuite dans tel ou tel Palazzo exceptionnellement ouvert pour l'occasion faisaient cruellement regretter la Galleria dell'Accademia.







La Galerie de l'Académie ? Des Bellini, là aussi. Comme s'il en pleuvait !

Une série de Madone d'une beauté et d'une fraîcheur incroyables.

Mais pas que des Madone, pas que des Bellini.
"Cristo morto tra due angioletti"
Marco Basaiti
Ce Christ et ses deux angelots ...



 



Oui, c'est encore à l'Académie que l'on a le plus de chances de croiser un chat vénitien.
Sauf, bien sur, à savoir où débusquer ce cher vieux Gaston.

Les chats n'écoutent jamais rien de ce que tu leur dis : ils s'en foutent de ce que tu leur dis, les chats.
Gaston a une bonne excuse : il est sourd, Gaston.
Sourd mais pas manchot.
Fort heureusement Gaston ne sévit qu'à l'heure du petit déjeuner.

Il faut dire qu'il ne va pas chez Alberto, Gaston !






Alberto ?
Une belle adresse non loin des Miracoli !

La réservation y est obligatoire, les vongole à tomber et le Prosecco sec et aromatique à souhait.

Quoi d'autre ?
Service efficace, agréable, et totalement francophone.

Très hautement recommandable ! (et tarifs sans commune mesure avec ceux qui sont pratiqués dans bien des gargotes !)

Bien sur, Alberto n'est sans doute pas totalement au niveau d'Al Remer.

La Taverna Al Remer est l'autre adresse incontournable du secteur, enfin, incontournable ... incontournable quand tu sais où elle se niche. Sinon jamais tu la trouves ni ne t'y arrêtes (malgré la belle vue nocturne sur le Grand Canal et le Pont du Rialto).
Cette année les deux musicos n'étaient sans doute pas au niveau de ceux d'il y a deux ans : on était passé du clone (vocal) de Paolo Conte à un genre de Sting version Englishman in New-York.
Ca fonctionnait moins bien.


Ca fonctionnait d'autant moins bien que le cuistot ne sait visiblement pas faire cuire les Saint-Jacques.  Dommage car ces Cape sante e scampi arrostiti su crema di patate viola s'annonçaient bien.



Cruelle déception que les belles langoustines ne
suffisent pas à faire oublier.

Fort heureusement, le Prosecco y est toujours aussi sympa.

Et, surtout, le plat de nouilles (Tagliolini neri con polpa di granchio, code di scampi e pomodorini) est un pur bonheur !





Oui : manger et boire Prosecco, Spritz et, donc, Bellini ! C'est que le commissaire Brunetti passe beaucoup de temps à manger et boire !



Il passe aussi beaucoup de temps à arpenter Venise, partant de ou revenant à son bureau de la Questure.


Bon, la Questure n'est plus là, ce n'est plus qu'un commissariat mais, bon, hein ... il y a au moins, parfois, une pâtisserie ou tel ou tel marchand de primeurs.
La ville n'est pas (pas encore ?) qu'un gros Disney-Land mais bien un endroit qui vit. Encore.

Du moins si l'on sait s'éloigner des itinéraires fléchés et des hordes de touristes fraichement débarquées.

Pour autant on croise assez régulièrement des gondoliers en quête de passagers.
Enfin, quand les gondoliers n'ont pas un petit
creux à vite combler par une banane ou, bien sur, quand il ne pleut pas.




Quand il pleut, car parfois il pleut : c'est alors l'occasion de s'abriter dans l'un ou l'autre bar et d'y boire un nombre de verres de Prosecco directement proportionnel à la durée de la pluie et, parfois, d'y faire une rencontre. Là c'était avec Madama Gioia.


Et, à tout prendre, sans doute vaut-il mieux prendre deux ou trois (plutôt trois) verres de Prosecco avec Madama Gioia plutôt que de lâcher 110 € pour un tour en gondole ... et passer un quart d'heure sous un pont à attendre la fin de la pluie !




Vie de village, aussi.
Puis approcher du Paradis.

Faire quelques rencontres ...














Faire quelques rencontres jusqu'à, enfin, trouver Claudio Monteverdi.
Puis peut-être aussi l'instrument d'un de ses lointains descendants ?



Ensuite, la nuit aussi : marcher plus ou moins au hasard.









Au matin, le Dimanche matin 10h30, la messe solennelle dans la Basilique Saint-Marc.

Forcément.




Puis Venise encore, entre arbres, opulence ostentatoire qui parfois s'écaille et, toujours, vie de village.





Avec, partout, cette sensation d'intemporalité, de ville immuable.

 

Ce qui devrait laisser le temps de revenir, encore ...





Cliquer sur les photos permet de les afficher dans un format plus confortable
Les photos prises
dans la Galerie de l'Académie ont, bien sur, été faites sans flash.

Et, pour qui souhaite passer un bon moment à Venise :