vendredi 29 janvier 2016

VdV#81 : le vin StarWorld


Le vin StarWorld ?
Diantre ...

Oui, ce mois ci la présidente du mois nous propose de pondre un billet traitant du vin "StarWorld".

A la lecture de son texte de présentation il ressort qu'elle nous "propose de [lui] dire quel est [notre] vin Star quand [nous voyageons] autour du World.".

Ben c'est que depuis quelque temps je ne voyage plus trop autour du World, en fait !
Mais, fort heureusement, elle ajoute ceci :

"Quel vin faites-vous découvrir ?
Facile, enjôleur, complexe, adapté à la cuisine du pays ?

Quel vin emmenez-vous lorsque vous partez hors de vos frontières ?
"

 
La plupart du temps, quand je partais hors de mes frontières j'avais plutôt tendance à en ramener du pinard, enfin, pas trop quand j'allais au Québec ... (encore qu'on y trouve de beaux cidres de glace).
Mais tout dépend sans doute tant des frontières que des voyages ?
 Alors en première analyse, j'ai d'abord imaginé parler de ce Puligny Montrachet 1er Cru Les Referts (2007), de Jean Marc Boillot.
C'est que ce vin, écho à l'invitation à un autre voyage, fût il y a quelques années le signal d'embarquement pour un trajet tellement au long cours qu'il continue encore aujourd'hui.

Et pas seulement parce que la bouteille, vide et sèche, trône encore sur mon bureau.
Non : ce voyage là, si je décide un jour d'en raconter tout ou partie - rien n'est moins sûr -, ce ne sera certainement pas ici.

Alors quoi ?

Alors, j'ai toujours pensé que voyager c'est avant tout rencontrer autrui.
Peut-être que l'Enfer c'est les autres, mais je crois que les autres c'est aussi (surtout ?) la réalité du voyage. Que le vin est un excellent moyen de se rencontrer.
Or l'une de mes jolies rencontres viniques de 2015 était avec Aguirre, un beau Pic Saint Loup du Domaine de la Salade Saint Henri. C'était à l'occasion de l'édition 2015 du Congrès des Œnologues de France.
Après avoir découvert ce vin, je me suis retrouvé à table à côté de celle qui l'élabore ! Et au cours du repas, alors que je l'interrogeais sur la possibilité de lui acheter quelques bouteilles, là, de suite : Anne Donadieu m'en offrait deux.
Je lui proposais alors de faire un échange, un échange qui serait concrétisé à l'occasion de mon passage dans son secteur.
Un jour.
Tôt ou tard.
C'était il y a un an !

En cette fin Janvier 2016, 3 jours passés
entre Béziers et Avignon, loin de mes frontières habituelles, sont enfin l'occasion d'honorer cette promesse en faisant un crochet par Saint Mathieu de Tréviers ... et, par la même occasion, de participer à ces 81èmes VdV.
C'était aussi, bien sur, me donner la possibilité de goûter quelques autres vins de ce Domaine, des vins dont je parlerai plus tard.

Restait à choisir deux bouteilles pour ce petit voyage depuis mon fond de cave jusqu'au Pic Saint Loup.




L'Aguirre reçu étant un 2012, autant aller aussi vers 2012.
Mais de la rive droite, ou gauche ?
Les deux !
Et de préférence avec des gens et des vins qui me sont chers.

  Avec quelles bouteilles voyager ?
Le Clos Manou (2012) de Françoise et Stéphane Dief, pour le Médoc et en rive droite un Côtes de Castillon : la Cuvée Léonard du Château Beynat d'Alain Tourenne.


En toute logique, il me faudrait maintenant dire en quoi ces vins me plaisent et surtout quel ressenti j'en ai en dégustation.
Mais à voyager autant le faire pour cela aussi, alors je laisse mes notes de côté et vous propose de voyager de Libourne où j'habite depuis quelque temps pour pousser juste à côté : à Saint Emilion.


Il est simple, ce voyage là :
- le Clos Manou (2012) je l'ai récemment (re)bu avec Isabelle et Daniel Sériot, ce dernier ayant bien sur commenté ce vin sur son blog.

- pour la Cuvée Léonard je vous propose à nouveau de faire vos valises pour aller vers chez Daniel et ses commentaires sur ce vin que j'avais amené à l'occasion d'une soirée dégustation consacrée à 2012 en rive droite.

Voici donc une double invitation au voyage, le mien depuis Bordeaux vers le Languedoc, et le votre de mon blog vers celui de Daniel.
Y a concept.
Ou pas.

En tous cas il y a 3 très jolis vins et c'est bien sûr là l'essentiel.

dimanche 24 janvier 2016

Sur le vin, la Nature, le bon vieux temps (et la Normandie).


La prochaine arrivée de VSIG (« vins sans indication géographique ») a fait un peu de bruit dans le Landerneau vitivinicole.
Imaginez que cela permettrait par exemple de planter de la vigne en Normandie et d'y faire du vin en lieu et place de cidre !?

Ce n'est pourtant pas une idée récente :

"Le bon cidre est aussi rare en Normandie que le bon vin dans le plus grand nombre des vignobles. C'est que partout, au détriment de l'Humanité, on s'attache à la quantité et que nulle part on ne préfère la qualité.
Que dis je ? on la sacrifie, on la néglige entièrement.
De là vient que le vin, par exemple, si propre s'il était mieux développé à corriger les vices et la malignité des aliments défectueux ou malsains dont il parait destiné par la Nature à être le contrepoison habituel et familier, devient souvent le premier principe de notre destruction, lui qui nous  a été donné pour notre soutien et notre conservation.
A la vérité le mal qu'il fait, ainsi que beaucoup de ceux qui affligent l'Humanité, n'est pas d'abord sensible : cependant pour être lent et caché, il n'en est pas moins réel, ni moins meurtrier ; mais fut il vrai qu'il ne nous fit aucun par lui même, c'en est toujours un bien grand qu'il nous soit inutile, et qu'il nous refuse les secours qu'il nous doit.
Prévenons donc au moins ce mal, et désormais plus clairvoyants ou moins inconséquents, attachons nous à perfectionner, autant qu'il est en notre pouvoir, le vin et tous les aliments qui servent à notre nourriture, surtout la plus commune et la plus ordinaire.
C'est dans ce dessein que j'ai présenté mes vues sur le vin et le cidre, et c'est dans le même esprit qu'en les étendant encore plus loin, je vais toujours à la faveur de ma dernière méthode, proposer non d'arracher entièrement le pommier pour planter la vigne sur ses débris, mais d'essayer de cette dernière dans les contrées où jusqu'à présent le premier seul a été admis
."

Peu après on trouve :
"Je n'ignore pas les difficultés de l'entreprise et que dans quelques pays, comme en Normandie, elle a été tentée plusieurs fois et toujours sans succès, mais au lieu de chercher inutilement à forcer la Nature, il fallait s'appliquer à la développer et à en tirer au moins tout le peu qu'elle pouvait donner. Voilà ce qu'on devait faire, ce qu'on n'a pas fait, et ce qu'on doit essayer, ainsi que je l'ai fait moi même dans trois petites expériences dont résulte, sinon un succès certain, du moins une indication favorable"


C'est beau comme une interview de Nossiter et Iommi Amunategui dans Télérama, sous prétexte de vin "Nature", mais cela a été publié par Maupin, en 1767 (un Maupin qui n'a sans aucun doute - et on pourra le regretter - aucun rapport avec la Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier).

Ce Maupin là a écrit divers bouquin, dont celui qui m'intéresse ici :



"ESSAI SUR L'ART DE FAIRE LE VIN ROUGE, LE VIN BLANC ET LE CIDRE ;
avec des vues pour la plantation de Vigne en Normandie & dans quelques autres de nos Provinces septentrionales".


Si dans ce bouquin Maupin ne raconte pas que des conneries, il y a toutefois une fâcheuse tendance à prendre ses désirs pour des réalités et à faire dire tout et son contraire à ses "expériences" qui sont quand un rien foireuses (mais, à sa décharge, au milieu du XVIIIème siècle les sciences expérimentales n'étaient peut-être pas encore tout à fait à leur apogée !?).
Ce n'est plus aussi vrai de nos jours (les sciences expérimentales, pas l'habitude de certains à débiter des conneries comme s'il en pleuvait).






Maupin parle assez peu de la vigne mais, quand il le fait, a des opinions très tranchées.
Sur la taille, par exemple :

On taillera la vigne plutôt à la fin d'Octobre qu'en Novembre, et jamais en Décembre ni Janvier, et rarement dans les premiers jours de Février. Une attention qu'il faut avoir dans cette opération, c'est de tailler sur les sarments le plus près de la souche, en sorte que la tige n'excède jamais un pied de haut. Les raisins, j'en ai l'expérience, en muriront mieux.

La maturité des raisins est un sujet qui, à juste titre, le tracasse dans son lien avec la qualité finale du vin. Mais ses réflexions et ses "expériences" le mènent souvent à des observations et des recommandations étonnantes :

"En ce que le foulage, quoique beaucoup plus parfait dans certains cantons que dans d'autres où on y apporte très peu de soin, est toujours insuffisant : une partie des raisins, et surtout les moins mûrs, c'est à dire ceux qui sont les plus difficiles à écraser et qui cependant pour fermenter auraient le plus besoin de l'être, échappent dans l'opération du foulage et restent dans leur entier : d'où il arrive, par les raisons qu'on peut voir dans le Chapitre suivant, que le vin en a moins de qualité et que dans beaucoup d'années il est très vert."
Au delà de la maturité des raisins il s'attache à obtenir la fermentation alcoolique la plus complète possible et y voit une sorte de remède à tous les maux du vins (ce qui en soit n'est pas totalement absurde), y compris à ses maladies alors le plus fréquentes et dangereuses, dont la maladie de la graisse :
"Il est pourtant vrai que dans les années favorables, c'est à dire dans les années où la maturité est parfaite et bonne, comme en 1753 et 1762, les vins dont il s'agit sont beaucoup moins défectueux ; mais s'ils sont plus substancieux et moins verts que dans les années communes, il s'en faut cependant qu'ils aient les autres qualités qu'on devrait en attendre : ils sont généralement beaucoup trop couverts et chargés, faute d'une suffisante fermentation, d'une huile grossière ; ce qui les rends gros et lourds, sans saveur, et disposés, suivant la manière dont ils ont été faits, à graisser ou à trancher, c'est à dire à noircir par la trop grande abondance des parties colorantes et leur désunion d'avec la liqueur."
../...
"Ce n'est pas toutefois que par la distinction que je viens de faire j'entende refuser aux probabilités le juste degré de confiance qui leur est due ; je ne les confonds point avec les preuves absolues ; mais d'ailleurs j'en méconnais si peu l'autorité qu'à défaut d'expériences au moins personnelles je vais en faire usage pour expliquer la cause qui fait graisser nos vins. Les uns la placent dans la trop grande maturité des raisins, les autres dans l'excès du fumier, et tout cela est vrai jusqu'à un certain point. Cependant en 1765, année connue pour la maturité, mes vignes qui ne sont point fumées m'ont donné un vin qui a graissé de même que la plus grande partie des vins du lieu. En 1764, mon vin avait encore pareillement tourné au gras. Il y a donc une cause autre que celles qu'on en donne, et cette cause qui, à bien dire, est la seule naturelle, est l'insuffisance de la fermentation, trop faible pour dissoudre l'huile la plus grossière, l'atténuer et la combiner avec les autres substances."
C'est aussi un fervent promoteur de l'éraflage poussé :
"A mesure que la vendange arrivera au cellier, on l'égrappera très grossièrement dans des cribles faits de gros brins d'osier, dans la forme de ceux dont se servent les maçons ; ces cribles seront posés et arrêtés sur une futaille ; un homme dans la journée, j'en ai fait l'expérience, peut égrapper de la vendange pour faire 5 à 6 muids de vin de 300 bouteilles chacun. Cette opération, toujours avantageuse, est singulièrement nécessaire dans cette méthode, à cause de l'excès de la fermentation ; autrement il est indubitable qu'en mettant toute la grappe, le vin en serait très grossier et très dur. La vendange égrappée de cette manière se pressure aussi parfaitement que si tout la grappe y était. Ce fait est certain, j'en ai fait l'expérience, quoique mes raisins fussent bien plus rigoureusement égrappés que je ne le conseille."
Ces conseils vont jusqu'à préciser les modalités de l'élevage du vin, dont la fréquence des ouillages et soutirages :


"A mesure, ou du moins dans le jour même que le vin sera entonné, on bouchera, comme je l'ai fait, les tonneaux, qui d'ailleurs seront emplis jusqu'à l'ouverture, avec des feuilles de vigne couvertes de tuileaux. On garantira le vin de l'air extérieur ; mais il est nécessaire qu'il soit tenu fraîchement dans tous les temps, et principalement jusqu'à ce qu'il soit bien dépuré. Au bout de six ou huit jours, et quelques fois moins, on bondonnera les tonneaux à demeure. On aura grande attention de remplir le vin aussi souvent qu'il en sera besoin, c'est à dire deux fois par jour tout au moins, jusqu'à ce qu'il soit bondonné, et ensuite tous les huit jours jusqu'à la Saint Martin. Depuis la Saint Martin jusqu'en Janvier ou Février, tous les quinze jours ; et après ce temps tous le smois au plus tard. On le tirera de dessus sa lie pour le mieux au mois de Décembre, et pour la seconde fois dans le courant de Mars."
Pour autant il préconise une "seconde méthode" de vinification, qu'il préfère à la première dont je viens de parler, et qui n'est pas sans évoquer une sorte de croisement entre la macération préfermentaire et la macération carbonique :
"A la mesure que la vendange arrivera au cellier, on la déchargera dans la cuve sans l'égrapper, et on se donnera bien de garde de a fouler ou l'écraser en aucune manière, quand bien même on mettrait dans le même cuve pendant 5 ou 6 jours et plus. On ne doit point craindre que le marc s'échauffe et s'aigrisse faute de moût pour tremper suffisamment. Dans la première de mes trois petites expériences, mes raisins, quoiqu'ils ne fussent point écrasés peut-être au quart, sont demeurés pendant 10 jours dans la bachou sans être foulés, et cependant il ne leur est arrivé aucun accident. A la vérité, il ne s'est point passé de jour que je ne les aie arrosés ; mais la nouvelle vendange dont on rafraîchira journellement la cuve, (car je suppose, comme cela doit être, qu'on y mettra sans interruption) doit tenir lieu et au delà de ces arrosements ; ainsi on est libre de s'en dispenser ; toutefois on peut se tranquilliser en tirant par la canelle, quand on le jugera à propos, plusieurs seaux de vin qu'on jettera dessus le marc.
Au reste, moins on mettra de temps à composer une cuvée et mieux vaudra : si elle état faite en 2 jours, ou plutôt encore en un, le vin serait beaucoup plus parfait qu'il ne peut l'être en la faisant, comme il n'arrive que trop souvent, en 4 et 5 jours, et quelquefois en 6. Il est certain qu'une si grande longueur ne peut qu'être préjudiciable. On peut en voir les raisons au Chapitre II page 13. Il résulte de ces raisons que jusqu'au parfait foulage ou au pressurage, il est très important de n'écraser de raisins que le moins qu'il est possible."
Dans la foulée, il ne s'embarrasse pas de détails :
"En vain m'opposerait on que les variétés qui se trouvent à l'infini entre les différents vignobles exigent des pratiques différentes dans la manière de faire leurs vins."
Et est parfois assez magique :
"Tout ce que je peux dire, c'est qu'il est certain [que le vin] serait encore bien supérieur à ce qu'il est, et qu'il prouve que la fermentation, en développant les principes du vin, supplée, jusqu'à un certain point, à la maturité, et qu'avec des raisins presque tous verts, on peut faire des vins qui ne le soient pas. Pourvu que les raisins soient, je ne dis pas noirs, mais seulement un peu rouges, je regarde comme chose sûre qu'en tous pays on peut, à la faveur de ma dernière méthode, parvenir à faire un vin potable et dont l'usage n'aura rien de malsain. Ce serait beaucoup sans doute pour les lieux privés de cette précieuse production. On ne pourrait donc mieux faire, en Normandie par exemple, que de tout tenter pour se la procurer."

Sa conclusion est, bien sur, digne de Télérama :

"J'ai tout lieu de croire, surtout pour peu qu'elles soient accréditées, que les personnes les plus éclairées et, à leur exemple, les reste de la Nation, les adopteront [ses méthodes] et les préfèreront à toutes les autres dans la préparation des boissons naturelles qui par là en deviendront en tous Pays beaucoup plus utiles à la conservation des hommes. Ce qui est le principal objet que je me suis proposé dans cet Ouvrage."

Le bon vieux temps ...
(que l'on doit, après 3 siècles, même pouvoir qualifier de tradition).

mercredi 20 janvier 2016

Sainte Rita, le ginseng et la nature.




Pour entamer 2016 sur ce blog, quoi de mieux qu'une bonne grosse cuite ?
D'autant plus que, de toutes parts, on nous promet que désormais on pourra boire sans craindre la gueule de bois du lendemain

Alleluia !

C'est tout d'abord la Corée du Nord qui annonce voir créé l'alcool qui se boit comme du petit lait et n'entraîne aucun ravage post imbibition !
Le truc serait disponible en versions 30 et 40% d'alcool (c'est le début d'une gamme) et il semble qu'il soit obtenu par macération de plantes dans un alcool d'origine indéfinie. Tout au plus sait on que les plantes en question seraient du ginseng de 6 ans d'âge et du riz gluant (personnellement je trouve que ça fait envie).
Pour le reste c'est mystère et boule de ginseng.

Du coup le truc m'est rigolo.
Au moins un peu parce qu'il repose sur peau de balle, et beaucoup parce qu'une journaliste m'a contacté pour recueillir mon avis hilare sur la question. Elle en a sorti un billet sympa sur lemonde.fr.

Là où ça part en vrille – car si çà ne partait pas en vrille je n'en parlerais pas - c'est au niveau des commentaires.
Une lecture édifiante, les commentaires.
Édifiante et qui, en outre, répond à l'un de mes plus vieux questionnements : où donc sont passés les graffiteurs des murs de pissotières depuis la disparition de ces dernières ?
Ben voilà : ils commentent sur lemonde.fr (aussi pas mal sur Rue89).

Ceux que çà intéresse trouveront ici l'article du PyongYang Times annonçant la trouvaille.

Je leur mets aussi, en prime, deux publications coréennes sur les bienfaits réels ou supposés du ginseng (ou du moins de certains de ses composés) sur la gueule de bois.
Le premier.
Et le second.
 
Au delà de la valeur de la revue, que je ne connais pas, il faut dire que la littérature est peu abondante sur le sujet, et qu'elle semble n'être que coréenne.
En outre, pour l'étude en question, on ne dispose d'aucun élément permettant de juger de la valeur des protocoles, ni de la reproductibilité des résultats.
Tout çà, spas bon signe en principe.

Pour dire les choses autrement : tout étudiant en Sciences sait que les résultats on s'en tamponne le coquillard avec une patte d'alligator femelle. Ce qui compte ce ne sont pas les résultats mais bien la façon dont ils ont été obtenus (matériel, méthodes, etc ...).

En outre, à supposer que ces résultats soient valides : de là à dire qu'un produit commercial titrant 30 à 40 % d'alcool et dans lequel on a fait tremper du ginseng (même de 6 ans d'âge) et du riz gluant est de ce seul fait paré de toutes les vertus réelles ou supposées du ginseng et donc à même d'éviter d'avoir la tête à l'envers après s'être vitrifié toute la nuit ...
Comment dire ...

Mais il est vrai que les communications du gouvernement nord coréen sont connues pour leur sérieux.


Dès lors ...

Dès lors j'ajouterais bien deux mots (commençant par exemple par "pauvres" et finissant par "types") aux trolls évoqués plus haut, voire même quelques détails supplémentaires à propos de l'éthanol, des enzymes hépatiques et de l'hormone antidiurétique ... mais je n'ai que peu d'affinité avec Sainte Rita. Pour tout dire : les causes désespérées m'emmerdent.

Allez donc plutôt faire un tour dans ce coin là si le sujet vous intéresse. C'est du genre exhaustif.

Les causes perdues m'emmerdent ... sauf quand elles me font rire, bien sûr.
J'en viens donc aux deux autres, car ils sont deux, comme Roux & Combaluzier et ont d'ailleurs des hauts et des bas.
Enfin, surtout des bas, de mon point de vue.

Alors, que nous disent ils les zozos ? (dans Télérama, œuf corse)
Quand je bois du vin naturel, je m'enivre sans jamais devenir saoul.
Bon, passons sur le fait que le vin est une boisson artificielle et que cette confiscation de la nature est donc tout aussi malvenue que franchement casse couilles.

S'enivrer sans devenir saoul ?!
A ce stade il est clair qu'on a recommencé à appuyer très fort sur le bouton branlette.

Partons du début : que me dit donc mon vieux pote le Lexis (dans l'édition de 1992) ?
- enivrer -> ivre,
- ivre : qui a le cerveau troublé à la suite de l'absorption d'alcool, de vin.
- saoul : se dit d'une personne qui est ivre
Ah ben oui, c'est limpide comme une macération de ginseng : "Je suis ivre, mais je suis pas saoul". Pile poil le genre de truc métaphysique que tu sors quand t'es rendu a plus de 2 grammes.
Bouton branlette / ON.

Bon, le journaliste n'est finalement pas que décoratif et semble sentir qu'il y a baleine sous caillou, alors il enquête :
"Et pourquoi diable le vin naturel offrirait-il des ivresses différentes ?"
Il fait bien, car la réponse est grandiose :
J.N. : C'est chimique ! L'autre jour, je participais à un débat avec Claude et Lydia Bourguignon, qui sont un peu les parrains de ce mouvement. Ils sont parmi les seuls agronomes complètement libres car à la tête du seul laboratoire indépendant des influences de l'industrie agrochimique. Ils ont quitté l'INRA il y a trente ans en déplorant que toutes les étude étaient sponsorisées par une multinationale ayant des intérêts économiques dans le sujet qu'elle finançait. Lors du débat, un spectateur ne voulait pas boire de vin car il devait travailler le soir, et Lydia lui a dit : « Buvez donc, vous travaillerez mieux ! ». J'ai alors demandé à Claude et Lydia s'il y avait une explication physiologique à cette impression empirique que j'ai depuis une dizaine d'années que je bois du vin naturel : je m'enivre sans jamais devenir saoul. Leur réponse a été claire. Avec un vin chimique, les enzymes qui transforment l'éthanol dans le foie sont affaiblis. Avec un vin naturel, sans chimie donc sans poison, le foie parvient à métaboliser l'alcool plus vite et la sensation d'ivresse est retardée.



Voilà, c'est chimique.
Çà calme.
En plus on sort l'argument d'autorité histoire de bien planter le décor et d'impressionner les récalcitrants :
"Ils sont parmi les seuls agronomes complètement libres car à la tête du seul laboratoire indépendant des influences de l'industrie agrochimique."

Puis en plus c'est deux rebelles acquis à la cause :


" Ils ont quitté l'INRA il y a trente ans en déplorant que toutes les études étaient sponsorisées par une multinationale ayant des intérêts économiques dans le sujet qu'elle finançait"

Bon, après, le fait qu'ils fassent des fosses dans les vignes mais pas dans les cellules hépatiques est un détail sans importance.
L'important c'est qu'ils sont crédibles puisqu'ils sont là, à disposition, et surtout qu'ils utilisent le vilain mot chimique et le joli mot naturel.
Il va sans dire qu'il serait, je le crains, illusoire de demander sur quelles observations et études se basent ces remarquables conclusions (à part bien sur les déclarations hilarantes des deux plaisantins qui sont ivres mais pas saouls).
Circulez, y a rien à voir.

Le reste est du même acabit, et à franchement parler ce n'est pas une surprise quand on a déjà bénéficié de l'une ou l'autre production de ces Marx Brothers.
Florilège :

J.N. :
La réalité, c'est qu'il faudrait manger vingt pommes chimiques pour obtenir autant de calories qu'une pomme de 1950.

Bel effort de modération, puisque l'on fait ici très probablement référence à un vieux machin de Terraeco qui affirmait sans rire qu'1 pomme d'aujourd'hui a la même valeur nutritionnelle que 100 pommes de 1950.

Ça plaisante pas !
Enfin çà plaisante pas sur le titre, pour le reste ...
Mais là aussi, je ne vais pas en remettre une couche pour rien, le truc a déjà été traité par ailleurs : allez donc voir par là pour scier la branche du pommier sur laquelle Heckel et Jeckel se sont assis.

Après çà continue de dérouler comme les sapeurs de la Légion un 14 juillet :


(le journaliste) Certains vignerons naturels s'opposent à une réglementation de leur breuvage ...

J.N. : Une réglementation n'empêchera pas les vignerons chimiques de récupérer sans vergogne l'image du vin naturel comme le fait actuellement Gérard Bertrand, ex-rugbyman reconverti dans la vigne, avec ses dix-sept millions de bouteille par an. Depuis peu, il s'essaie à la biodynamie, mais une biodynamie industrielle, ce qui est contraire à l'esprit même de la biodynamie. On retrouve ses vins dans les salons Air France, cautionnés par le grand ennemi du vin naturel, Michel Bettane.

AIA : Problème : son vin sans sulfites ajoutés n'est pas bio, et soumis à différentes techniques de stabilisation moderne, il n'a donc rien de naturel.





Putain mais que çà pue ce "les vignerons chimiques".
Pour eux, de toute évidence, la vie est simple comme en Corée du Nord : y a les copains nature gentils et le reste c'est des putain de sales chimiques.
C'est à ce genre de "détail" que tu te rends compte que le discours peace and love qui a précédé c'est un gros foutage de gueule.
Non, les mecs : faut pas oublier que si t'es pas nature t'es qu'un chimique.
Un c-h-i-m-i-q-u-e.
Le genre de nuisible irrécupérable qui fait des vins standardisés.
Bien clivants et méprisants, les petits pères.
Ouais standardisés, çà c'est pour plagier un vigneron pourtant sympathique qui parfois se laisse lui aussi aller à ce genre de galéjade (oui : le même qui, au début de nos échanges, me qualifiait d'archétype de l’œnologue bordelais qui tire le vin vers le bas. Les choses se sont arrangées quand je lui fis remarquer que j'étais né à Carcassonne, avais été formé (en
œnologie) à Toulouse, et ne me risquerais jamais à faire un soutirage par le haut de la cuve. Puis j'ai bien aimé son 2010, aussi.)
Congrès des Œnologues de France (2015)
Paix - Amour - Harmonie
On aura compris que j'ai du mal avec nos deux amis, et çà date pas d'hier. Pour autant des fois je les comprends et les rejoins, par exemple moi aussi j'ai une relation à Gérard Bertrand, le rugbyman, qui est compliquée. Tout bien considéré, mon problème est beaucoup avec le Stade Français, parce qu'il a longtemps joué à Narbonne aussi.
Ça compense.
Un peu.
Mais franchement, les maillots du Stade Français ...

Sinon, moi, la biodynamie industrielle je sais pas bien ce que c'est mais ça a l'air super grave.
Remarque la biodynamie tout court je sais pas bien ce que c'est non plus, en fait.

En revanche je crois savoir que le père de la biodynamie, Rudie Steiner avait comme un problème de fond avec la production d'alcool. Genre l'alcool, ce serait un truc pas compatible du tout avec la biodynamie.
Industrielle ou pas.
Mais j'ai pu rater un épisode ou deux.



Sinon Michel Bettane serait un grand ennemi du vin naturel ?

J
e sais pas.
Faudrait lui demander.

Mais il est vrai qu'il avait pondu un truc rigolo sur le sujet !
Alors comme je suis taquin je ne résiste pas au plaisir de le sortir des oubliettes !
(Voir ci contre).
(oui : c'est en italien).




Dans ce remarquable papier de Télérama, on
nous apprend aussi que
les techniques modernes ne sont pas naturelles.
Quant à savoir où s'arrête la belle nature et où commence l'insupportable modernité on sait pas !
Aux sécateurs j'imagine ? Ou à internet.
Va savoir ?
En tous cas si tu mets 10 000 pieds de vigne à l'hectare, ben des fois c'est naturel et des fois çà l'est pas. Faut faire vachement gaffe aux détails.
Mais dans Télérama, les détails ils les donnent pas.
C'est ballot.


Si vous avez envie de vous faire du mal, l'intégralité de l'entretien est consultable par là.


Ah, oui, aussi : contre la gueule de bois, ben picolez ce que vous voulez mais picolez moins. Et buvez de l'eau.
Beaucoup, l'eau.
En revanche, lire Télérama : je suis pas sûr que ça ait des vertus thérapeutiques.