dimanche 29 mai 2016

Quand l'oenologie et la musicologie se rencontrent



Je sais bien que c'est snob à en crever (pédant, aussi) mais arrivé à un certain âge, franchement, ce genre de considération ...

C'est donc en écoutant Victoria, en fait son Tenebrae Responsories, que je descendais en Espagne.
Et c'est vachement bien, le Tenebrae Responsories de Tomás Luis de Victoria ! La preuve :




Du coup quand il a fallu revenir en France j'ai mis les Grands Motets de Mondonville.
Ca aussi c'est vachement bien, les Grands Motets de
Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville.
Et là aussi la preuve avec, par exemple, son Dominus Regnavit :




Ce monde étant une vallée de larmes, c'est en plein milieu du De Profondis (dirigé par William Christie) que le radar de chantier m'a flashé.
Pourtant je respectais scrupuleusement la limitation à 110. Pas de bol : c'était 90.
Ça tombe bien, çà fait longtemps que je n'ai pas suivi un stage de récupération de points ...

Mais cette play-list autoroutière a une fois de plus été un bon prétexte pour échanger brièvement avec Didier Charton.
Didier Charton ?
Didier Charton-Vachet c'est lui.

T'imagines le plan ?

Ce mec fait du blanc en Côtes de Beaune (oops je m'a trompé) Chalonnaise, est musicologue ... et s'est spécialisé dans les musiques baroque et de la Renaissance !?

Moi, quand je fais ce genre de rencontre via Facebook j'ai envie d'ériger une statue à la gloire de Zuckerberg !
(mais je vais d'abord finir mon Vivaldi en allumettes).

Enfin la rencontre n'est encore que virtuelle puisque nous ne nous sommes croisés que, justement, via Facebook.

Mais le festival baroque de Beaune aidant ce n'est que provisoire.
Car cette année mon programme comportera :

- Andréas Scholl dans des cantates italiennes de Haendel.
Putain, Scholl (Putain Haendel aussi, note bien. Mais comme Haendel est mort, y a pas le feu).
Mais allô quoi : S-C-H-O-L-L.
Scholl, THE voice !

J'avais renoncé à pouvoir l'écouter en concert l'Andréas.
Ben non : ce sera bientôt.
A Beaune.
Note bien : il est déjà passé à Beaune
le Dédé. C'était il y a quelques années, et ça avait donné un truc rigolo lors des rappels :


Surtout qu'il ne change rien !
(mais qu'il ne compte pas sur moi pour brailler en chœur : la dernière fois que j'ai chanté de mon plein gré c'était du Dalida, dans un karaoké croate, et avant j'avais pris une cuite à la Slivovitch)

- Le (magnifique) Dido and Eneas de Purcell (dirigé par Christophe Rousset).
Purcell : mon introduction au baroque ... bien sur si je fais abstraction de Bach. Mais, alors, je ne savais pas que c'était du baroque, Bach.
Juste que c'était beau.
C'est plus tard, avec Purcell, que j'ai appris que le baroque c'était beau, et qu'en plus çà pouvait être barge.

- une dégustation d'avant concert des Montagny et Montagny 1er Cru du Domaine Charton-Vachet.

La dégustation n'est pas qu'un prétexte.
Mais c'en est quand même un peu un !

Car au vu de son pedigree, j'ai un truc à demander à Didier Charton.
Pas de goûter ses trois millésimes ... enfin, si : aussi de goûter ses 3 millésimes. Faut pas déconner !
Bref la question c'est :



Putain, Charton : une partoche c'est une partoche !
non ?

Alors dis moi juste comment çà se fait que quand t'écoutes les 4 saisons (les 4 saisons, le truc le plus galvaudé de la Terre) avec Janine Jansen (et c'est vachement bien) t'entends pas la même chose que quand c'est
Nemanja Radulović (et c'est vachement bien aussi, mais surtout vachement différent) !?

Tiens, restons en à Purcell.
A Purcell et son King Arthur.
C'est mon Graal ce truc (et c'est pas qu'une vanne vaseuse), plus que Dido and Eneas, c'est dire !

Ben écoutes y le chœur de la mort qui tue :
See We Assemble Thy Revels To Hold.
Ce chœur, William Christie, Alfred Deller et John Elliot Gardiner en donnent des versions qui n'ont rien à voir !

Mais rien de r-i-e-n !

Christie te sort un chœur par un banc de sopranes sous acides alors que chez Deller et, encore plus, Gardiner c'est une vision bien plus mâle et lente, pour ne pas dire solennelle.
Bordel, mais il a écrit quoi Henry Purcell ? C'était quoi son intention à lui ?!

Tant que j'y suis j'ai aussi un autre truc moins urgent à te demander à propos du King Arthur de Purcell : pourquoi les deux nuisibles qui ont commis cette mise en scène n'ont ils pas été pendus avec leurs tripes ?





On se voit toujours début Juillet ?

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Le 30/05

D'ici à cette rencontre - dont je reparlerai bien sur avec un nouveau billet - voici la majeure partie de l'échange que D. Charton et moi même venons d'avoir (ce dont je le remercie encore très vivement) en suite à ce billet que je complète donc ainsi :


D Charton
Bon, avant toute chose, Montagny c'est en Côte Chalonnaise (c'est moins chic que Côte de Beaune, mais c'est bien quand même !).
[arghh.]
.../...

Si on prend pour comparaison le vin, un Chardonnay est le même dans deux parcelles concomitantes, les levures (tu connais, je crois) font exactement le même job, un fût est un fût, etc, etc ...
En somme, la partition est la même, et pourtant il n'y en aura jamais deux fois la même interprétation (y compris chez le même producteur).
En musique c'est la même chose. Avec la même matière première (partition-interprètes) on a des résultats diamétralement différents. En master class de direction (baroque d'ailleurs), un des enseignements que j'avais pu tirer était que le rôle du chef était d'apporter tout ce qui n'apparaissait justement pas sur la partition, les musiciens n'ayant pas besoin de chef pour jouer ce qui était écrit.
On pourra en parler plus longuement (devant une partition ou deux) mais en gros c'est un début d'explication ? notions de sensibilités différentes, humeur, caractère de l'interprète ...
Bref d'humanité.

Mais par dessus la vision, l'interprétation, y a le rythme. Enfin il me semble.
Or la partoche, elle donne le rythme non ?
D Charton
Oui mais tu penses au tempo je crois, pas au rythme [oops : en effet !]. Là c'est parfois au libre choix de l'interprète et à sa façon de comprendre et traduire le texte.
Je vais chercher la partition de Purcell et voir ce qui est indiqué. Mais il est vrai que les tempi utilisés sont assez surprenants. Je vais creuser.
Mais il arrive que l'interprétation juste (musicologiquement parlant) ne soit pas toujours la plus plaisante (musicalement parlant) ou moins en phase avec les goûts du moment. Certains chefs font le choix de la rigueur historique, d'autres celui d'une idée (personnelle ou générale) de la beauté ou de la musicalité.
Tout cela est d'une puissante subjectivité.


Après le temps de la recherche (et des échanges sans grand intérêt pour ce qui m'occupe ici), voici la suite de la réponse de D Charton :
D Charton
Bon, King Arthur n'est pas l'exemple qui sera le plus simple à traiter :
"Purcell’s autograph score of King Arthur does not survive, and no single source includes all the available music, which has been pieced together from several manuscripts, none of them closely related to the 1691 premiere.

Therefore it is impossible to tell if some music may have been lost (for instance, from the scene in which Emmeline’s sight is restored), or whether Purcell omitted to set these and other lines. King Arthur was by far his most successful stage work, and it was revived several times during his lifetime, repeatedly in the two decades after his death, and
sporadically throughout the 18th century."
Donc la vision que chacun peut se faire de l’œuvre, de ce qu'à voulu dire Purcell, la source choisie (les sources seront de facto toutes différentes et en tout cas toujours sujettes à controverse quant aux annotations de tempo/caractère) font que les interprétations seront différentes sans pour autant pouvoir dire laquelle est bonne ...
(ce n'est que mon avis hein !)


Comment dire ?
Merci ? Ouais, merci. Mais c'est peu dire.

A suivre, puisque rendez-vous est pris ...

D'ici là, le parallèle entre la partoche / son interprète / le chef et la parcelle / le cépage / le vigneron et les résultats des uns et des autres me semble des plus intéressants à explorer !

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