mercredi 29 juin 2016

"En Magnum" numéro 4 : à torts et à Raisin


Je l'ai déjà indiqué dans un précédent billet : l'idée de mon article dans "
En Magnum" N°4 (le numéro vert) était de mettre le pied dans la porte au milieu d'une série d'avis probablement très positifs sur le bio et la BioD.
Pour moi il ne s'agissait pas d'être très (trop ?) critique, et encore moins de parler vins, mais "seulement" de jouer le grain de sable, et de le faire sur des éléments factuels.
Je souhaitais en effet écrire de façon à peu près posée et rationnelle (mais quand même au moins un peu rigolote) alors que je m'attendais à avoir, "de l'autre côté", une série de preuves par le vin.
Oui, la "démonstration" habituelle : ce vin est bon, ce vin est en BioD, donc la BioD est bonne. Ou toute autre proposition ressemblant à ce syllogisme foireux, éventuellement accompagné d'un grand coup de bon sens paysan et autres fadaises à la sauce respect du cycle co(s)mique.





Quand j'ai eu la revue je m'y suis bien sûr lu, trouvant plaisants autant que flatteurs les encadrés de Laroche et Onfray à mes côtés, tant il est vrai qu'il y a pire compagnie.


Puis je me suis mis à la lecture des autres points de vues.

Et mes attentes n'ont pas été déçues.
A tout seigneur tout honneur, les choses commencent avec Michel Bettane et l'on est d'emblée en plein dans la "preuve" par le vin que j'attendais.
La prétendue preuve par le vin.

"j'ai pu vérifier par moi-même l'incroyable efficacité des préparations biodynamiques et du respect des cycles lunaires et cosmiques codifiés dans le fameux calendrier de Maria Thun".
Si nous sommes, bien sur, d'accord sur le mot incroyable je ne suis malheureusement pas certain que nous y mettions le même sens.
Il est vrai que je suis
rigoureux et un tantinet psycho-rigide, un tenant de cette
"science officielle [qui] ne daigne pas encore étudier, comprendre et expliquer".
Mais enfin : goûter un vin et le trouver bon puis, au cours du temps, le goûter à nouveau et le trouver encore meilleur alors que notre goût s'affine, que le talent du vigneron s'affirme et que ses vignes vieillissent ... si tout cela - avec les biais "expérimentaux" que l'on peut imaginer - pouvait avoir force de preuve et suffisait à démontrer l'exactitude des déclarations du vigneron quand à ses théories et philosophies ...

Pour autant je rejoins Michel Bettane sur le plaisir de dégustation des vins de Paul Barre, quand bien même l'élevage de certaines de ses cuvées peut me laisser perplexe. Mais je ne vois pas au nom de quoi imputer plaisir et/ou perplexité au respect des cycles cosmiques !?
Parce que le vigneron le revendique ?
Je crains que cela ne suffise pas.

En revanche je rejoins
Michel Bettane sur ce qu'il nomme
"Le désolant concept de vin nature"
Et ce même si, pour ma part, je le qualifierais plutôt de désopilant concept.
Pourtant comme pour la BioD mon propos ne repose pas, à l'instar de celui de M Bettane, sur la qualité réelle ou supposée des vins mais "seulement" sur le sens des mots et des actes. En effet : qu'y a t'il de naturel dans le fait de planter une variété fruitière à haute densité sur un terroir donné, avant - entre autres choses - de choisir mode de conduite, date de récolte, etc ...
Le vin résulte d'une série de choix humains, ce n'est en rien un phénomène naturel : on est en plein dans le culturel !
D'ailleurs, si j'en crois Cheng Hao :

"Si quelque chose est dit sur la nature, alors ce n'est déjà plus la nature"

Ce n'est qu'ensuite que l'on rentre dans le dur, avec Véronique Raisin et son long article titré :

"Le bio est dans le verre".
En première lecture un aspect peut-être marginal m'a sauté aux yeux : la façon dont elle présente Rudolf Steiner. Elle est là, me semble-t'il, en plein dans la légende dorée et la recherche de crédibilité scientifique que l'on trouve à longueur de site prônant la BioD.
Sauf que çà pique un peu : p42
Steiner est "agronome et médecin" avant, p44, de devenir "polytechnicien et universitaire".
Il semblerait que ce soit un genre de génie universel, ce que n'étant pas : je m'y perds un peu.

Je m'y perds d'autant plus qu'autant que je sache la seule (poly)technique qu'il ait complètement faite remonte au collège moderne et
technique ... où il est entré à l'âge de 11 ans.
J'imagine que la ressemblance avec X est assez lointaine ?

Par la suite,
Steiner étudiera la philosophie. Dans le même temps il suivait un cursus à l'école supérieure technique de Vienne. Un cursus que, d'ailleurs, il n'achèvera pas.
Si cette école est dite
polytechnique, c'est qu'elle comporte divers départements techniques, eux même subdivisés en de multiples instituts. C'est donc l'école qui est polytechnique, pas les étudiants qui suivent l'un de ses cursus (en particulier quand ils ne l'achèvent pas !).

Sinon, ayant obtenu mon Diplôme National d’œnologue au sein de l'
Institut National Polytechnique de Toulouse : je suis moi même polytechnicien.

Cette école supérieure technique de Vienne,
Steiner y fut inscrit pour étudier (encore une fois : sans achever son cursus) maths, sciences naturelles et chimie ... afin de devenir prof.
Ce n'est, me semble-t'il, pas tout à fait le programme d'X, mais plutôt celui d'une sorte d'IUFM.

Autant arrêter de tourner autour du pot : peut-être s'agit il là d'une traduction douteuse de "
Technischen Hochschülen" (une sorte de BTS, autrement dit) dont le sens vrai aurait été laissé de côté au profit d'une traduction à peu près littérale qui peut en arranger certains ? (voir les sites sus dits).

En outre on cherchera en vain dans le cursus de Steiner toute référence à des études de médecine ou d'agronomie.

De même on cherchera en vain, cette fois dans le papier de
Véronique Raisin, ne serait ce qu'une allusion à l'un des réels champs d'expertise de Rudolf Steiner : l'occultisme.


Pourtant, lorsqu'il fonde l'anthroposophie il souhaite mener l'Homme à une meilleure appréhension du monde éthérique (monde des forces formatrices), du monde psychique (monde astral), et du monde spirituel.
Polytechnique quoi, mais version Mulder & Scully.







Quelques encadrés ponctuent l'article.
J'ai ainsi le plaisir et la surprise de croiser mon quasi voisin
KarlTodeschini (p 42), avant de tomber sur la cosmoculture (p44).

C'est délicieux la cosmoculture.
J'adore.

Un must.
Véronique Raisin nous informe que : "cette méthode ouvre les champs de conscience nécessaires à la sauvegarde et au maintien du potentiel de la vie biologique", ajoutant aussitôt : "Louable intention qu'on ne saurait critiquer".
Ah ben alors, s'il suffit d'exprimer de louables intentions pour ne pas être critiqué ... je me contenterai donc de citer
Bernard de Clairvaux (je crois) et son : "l'Enfer est pavé de bonnes intentions" (parfois aussi transcrit ainsi : "le chemin de l'Enfer est pavé de bonnes intentions").
Dois je ajouter que je suis moi aussi plein de louables intentions et donc exempt, par principe, de toute critique ?

Là où je ne suis plus (du tout) d'accord c'est quand on en vient à cet enfumage de haute volée que l'on trouve fort souvent sur les sites faisant l'hagiographie de
Rudolf Steiner :
"Rudolf Steiner a décelé de façon visionnaire des dangers à venir, telle la crise de la "vache folle".
C'est du foutage de gueule qui m'a déjà été servi à plusieurs reprises. En effet, qu'a dit Steiner sur ce sujet ?
C'était le 13 Janvier 1923 :

"Le bœuf se remplirait donc de toutes les matières nuisibles possibles s'il se mettait soudain à être carnivore. Il se remplirait notamment d'acide urique et d'urate. Or l'urate, quant à lui, a des habitudes particulières. Les habitudes particulières de l'urate est d'avoir un faible pour le système nerveux et le cerveau. Si le bœuf mangeait directement de la viande, il en résulterait une sécrétion d'urate en énorme quantité, l'urate irait au cerveau et le bœuf deviendrait fou."
Avec des relectures aussi "précises" que celles des zélotes de Steiner, Michel de Nostredame (Nostradamus) devient lui aussi un visionnaire inspiré.
Certes, sur une page parmi les milliers tirées des écrits et conférences de
Rudolf Steiner il en est une où, pour illustrer son propos un rien confus, il parle de vache devenue folle car elle a mangé de la viande.
Bonne pioche,
Rudie.

Qu'il me soit toutefois permis de dire :
- qu'il y a un Monde entre la "
folie psychiatrique" évoquée par Steiner et l'Encéphalopathie Spongiforme Bovine qui est, dans le lagnage courant, désignée par "maladie de la vache folle". C'est une atteinte du système nerveux, mais pas une "folie".
- que le prion, agent pathogène responsable de la "
maladie de la vache folle", n'a aucun rapport avec l'urate évoqué par Steiner, et que l'urate est responsable de la goutte ou des calculs rénaux et que cela suffit à son bonheur.
- qu'à propos d'urate et de cerveau : on doit pouvoir opposer à
Steiner les travaux de Marc Weisskopf (HSPH, à Harvard). Publiés en 2007, ils tendent à montrer qu'un taux important d'urate dans le sang permettrait une meilleure protection contre la maladie de Parkinson.
Pas si mal pour le cerveau finalement, l'urate !?

En outre, force est de constater que l'on peut faire de même avec les écrits de Nostradamus ou, plus simplement, avec n'importe quel horoscope bien foireux ... mais écrit avec suffisamment de pouvoir évocateur pour s'appliquer à n'importe quoi.
A n'importe quoi pourvu, bien sûr, qu'un évènement quelconque se produise et que l'on puisse ensuite dire sans risque de se tromper "bon sang mais c'est bien sûr : c'est de celà qu'il s'agissait".
D'ailleurs
Nostradamus a lui aussi annoncé la crise de la "vache folle". La preuve :
Déluge prés.peste bovine neuve.
Secte flechir, aux hommes joye vaine:
De loy sans loy, mis au devant pour preuve,
Apast, embusche: & deceus couper veine.

Pour faire bon poids sur
Steiner le visionnaire, on pourra s'intéresser à un autre extrait de cet auteur prolifique. Il est issu de « l'âme des peuples », transcription de ses conférences de Juin 1910. Au programme de la 6ème conférence (le 12 juin 1910) on trouve :
"Mercure agit sur la race noire, Vénus sur la race malaise, Mars sur la race mongole, Jupiter sur la race caucasienne et Saturne sur la race indienne.
Les Esprits de la race interviennent dans le système glandulaire, dans le système nerveux et dans le sang".
Dois je vraiment commenter ce système de pensée et ses applications dans le monde réel ?

A propos de monde réel : on lira avec délices cette délicieuse petite phrase de Véronique Raisin :
"Restaient Bordeaux et la Champagne, deux régions beaucoup plus compliquées en raison de leur pluviométrie et de la pression du mildiou"
Merci de le reconnaître ... et de bien vouloir le ressortir quand, parfois à grand renfort de Bordeaux bashing, on comparera les interventions à la vigne en bordelais à celles de régions bénéficiant de climats moins "compliqués".

Allez juste une de plus, pour la route (p 46) :
"Thierry Germain, vigneron modèle au Domaine des Roches Neuves à Saumur Champigny, a sauté le pas en 2002. Il a converti tout son vignoble et réduit sa production de façon drastique".
Quand je lis ce genre de chose je me demande ce qui est à l'origine du saut qualitatif : la biodynamie ou la réduction du rendement ?
A moins que la biodynamie ne soit à l'origine de la réduction du rendement qui elle même entraîne le saut qualitatif ?
(oui, je suis un esprit chagrin)

On peut d'ailleurs se poser cette même question lorsque l'on lit l'agréable retranscription des non moins agréables propos d'Aubert de Villaine, propos tenus en 2012, au débotté, lors du Villa d'Este Wine Symposium.
"Quand on lutte de cette manière là contre les maladies de la vigne, on est forcément un peu vaincu, on a de la perte, mais c'est un facteur de qualité important. L'éclaircissage par ces maladies apporte aux raisins qui restent une maturité complémentaire, c'est comme ça qu'on arrive à une finesse de maturité supérieure"

Il ne nous dit bien sur pas que cela, et l'ensemble de son discours est fort intéressant. Peut-être en partie parce que ce que je nomme très improprement "
discours" ... n'a rien du discours (surtout les discours "à la Steiner") et tout de la discussion, de la réflexion, du regard sur soi et son environnement et du partage d'expérience.

Bien sûr le DRC n'est pas à proprement parler doté d'un terroir à palmipèdes, et dans cet entretien il n'y a que très peu de grain à moudre pour le rationnel que je suis. Mais, pour le coup c'est de peu d'importance : on n'est pas ici dans le prosélytisme.

Et puis il "semble" que les vins soient fort bons ... et de fort longue date : sans doute est-ce l'essentiel, et ce quelle que soit l'explication que l'on cherchera à donner à cet état de fait.

(Avec mes remerciements appuyés aux trois relecteurs qui, chacun dans son domaine de compétence, m'ont permis d'éviter quelques écueils dans la rédaction finale de ce billet.
Pour autant je préserve leur anonymat au cas bien improbable ou il y aurait quelques vagues.
Libre à eux de se dénoncer et faire leur auto critique).


mardi 28 juin 2016

Passe prendre l'apéritif


"Passe prendre l'apéritif", est la phrase que Daniel m'a dite lorsque je lui ai proposé de passer poser les 2 caisses de Clos Manou (2014) que je leur ramenais de Saint Christoly.
Mon premier "apéritif" chez Isabelle et Daniel remonte au jour où je leur amenais - déjà - un Clos Manou, mais un 2010 cette fois.

Depuis je sais ce que veut dire "passe prendre l'apéritif".

Du coup, avant, je suis descendu à la cave y piocher une bouteille que je soupçonnais d'être tout à la fois sympa mais piégeuse, et je l'ai anonymée avant de partir.
Nous avons commencé par un blanc que Daniel avait préalablement carafé.

Ca ressemblerait bien à du Chardonnay avec des notes de fruits à pépin, agrumes, et du fruit sec. Léger élevage bien fondu. C'est équilibré et élancé avec un beau volume. Ca finit sur une jolie fraicheur qui amène un surcroît de légèreté au vin.
Jolie quille peut-être pas bourguignonne et probablement pas sudiste (mais, bon, s'ils m'ont fait le coup que je leur ais préparé ...).

Finalement il s'avère que nous sommes dans le Jura, au Domaine Pignier, et en 2014.
Ca se boit super bien et c'est en biodynamie (il y avait donc un semblant de petit provoc au vu de mon actualité récente, même si mes hôtes du soir savent que j'ai pas mal de quilles se revendiquant de la BioD dans ma cave).

Pour ma part, j'avais décidé de la jouer fine et crapuleuse en sortant un joli L'effet papillon
de Marjorie Gallet (j'aime bien les papillons vineux, en particulier celui du Domaine des Baumards, à Savenières : le Clos Papillon). 

Là il s'agissait du petit dernier, donc le 2015, souvenir d'un récent et plaisant week-end à Collioure.
On est en Grenache blanc et en Côtes Catalanes, mais aromatique de poire et jolie fraîcheur pourraient facilement me le faire mettre en Loire ... si je ne savais ce qu'il y a sous la chaussette.
Belle fraîcheur aromatique, que l'on retrouve aussi en bouche qui est ample autant que fruitée.
La fraîcheur perdure sans agressivité jusqu'à la finale et lui donne sa longueur et sa finesse.
J'aime beaucoup ce vin.
Au delà du plaisir qu'il m'apporte on peut bien sur - comme nous l'avons fait une fois l'étiquette découverte - s'interroger sur sa représentativité du goût de lieu, comme dit l'autre.
Sans doute n'est il pas très sudiste. Il n'en reste pas moins fort plaisant et peut-être est-ce l'essentiel ?



Ensuite il y a eu un rouge.
Un rouge relativement léger par sa couleur et au joli nez de fruit rouge (cerises), accompagné de notes florales et épicées.
Y a pas trop photo sur le Pinot noir et la Bourgogne.


En revanche, pas la peine de me risquer sur le secteur d'origine car il me suffit d'évoquer le millésime pour me vautrer : ce vin je lui donne 6 ou 7 ans ... ce n'est "que" un 2014.
Il s'agit en effet du Monthélie (2014) de Fanny Sabre.
Joli vin de picole pour son équilibre, sa fraîcheur et sa belle aromatique.




Une visite de dernière minute pousse Daniel à sortir une bouteille imprévue, toujours à l'aveugle.
Là on rentre dans le dur.


C'est visiblement très jeune encore.

Très jeune encore car ce vin a tout aussi visiblement quelques belles années derrière lui.
Donc, r
obe jeune encore et de couleur soutenue.
Nez de fruits rouges et noirs mûrs à sur mûrs, épices douces, élevage qui se fond et pointe d'humus.
La bouche est riche, ample, dotée de beaux tanins et d'une structure acide pile poil en place.
Très beau vin que ce Troplong Mondot (2001), avec sa longue finale aromatique sur l'élevage bien intégré.
Ca se goûte vachement bien, et çà ne se goutera que mieux si on le fait attendre encore quelques années.




C'est très cool les apéritifs chez les Sériot ...

vendredi 24 juin 2016

Les vins racinaires.


Les vins racinaires
?

Les vins racinaires, c'est le thème retenu par le Président du mois des Vendredis du Vin de Juin 2016.

On trouvera sur son blog le pourquoi et le comment de ce thème tel qu'il le propose et en imagine les réponses.
Pour faire court :


"Pour ce 86ème rendez-vous, je souhaiterais que toutes les racines s'expriment !!
Que ce soit les racines de la vigne qui vibrent jusque dans vos verres, celles des traditions géographiques et historiques, je veux lire vos orgasmes buccaux liés au métabolisme de vos vins racinaires !!
Pourquoi aimez-vous les vins sur schiste ?!
Pourquoi préférez-vous le pinot du Jura à celui d'Alsace ?!
Vous aimez les bulles ou la craie dans le champagne ?!
Est-ce que vos lieux de naissance et de vie ont influencé vos goûts d'aujourd'hui ?!
Racontez-moi votre vin, ses racines et les vôtres !!"


C'est que ce thème m'a laissé perplexe.
En lui même tout d'abord, puis ensuite par ce qu'il évoquait : tout d'abord un vieux souvenir de congrès des œnologues de France. Un congrès qui avait, je crois, lieu en Champagne et au cours duquel un thésard en dentaire était venu nous présenter ses résultats.
Un truc flippant d'où il ressortait que déguster du vin faisait baisser le pH buccal. Aussi que les dégustations répétées ralentissaient d'autant la remontée du pH, et que ce pH bas attaquait l'émail des dents et que derrière c'était la foire d'empoigne sur tes chicots.
Quasiment attaquées à la racine tes quenottes d’œnologue.
Pas super glamour le sujet, même si très racinaire.
L'autre option était d'en remettre une ultime couche sur les jours racine mais çà ira bien comme çà sur ce coup là !
Je viens en effet de pondre deux billets de dégustation où çà racine un max : l'un à propos de Côtes de Castillon (2012) et l'autre à propos de Rive Droite (2005).

Sans oublier le réjouissant article que j'ai commis dans le "En Magnum" n°4 qui vient de sortir.
Donc pas de jour racine.

Mais courrez vite acheter (en jour feuille) "En Magnum" n°4 : avec un peu de chance il en restera encore un chez votre marchand de journaux, la vente a commencé ce matin même.




Pas refaire, non plus, mon billet sur ce premier vin et ce qui s'en est suivi.

Alors quoi ?
Ben rien.
Rien, du moins jusqu'à ce qu'Audrey Martinez ne sorte un truc sur Twitter.
Ca s'appelle "le vigneron est une femme" et ce sera demain.
Y aura des vigneronnes.
Et parmi ces vigneronnes, Marion
Je ne la connais pas, Marion.

Je ne la connais, Marion.
Mais Roque Sestière oui.
Roque Sestière (en particulier ses rouges) a bercé mon enfance. Avec Jean Bérail.
Bon, Jean m'a pas dorloté dans mon berceau hein ?
Non, son truc à Jean c'était plutôt de me faire manger des brochettes de cœurs de différentes bestioles qu'il avait dégommées au 12, avant de me faire goûter son rouge.
Y en avait même des entiers de petits oiseaux.
C'est dire l'angoisse du truc.

Bien plus tard je suis devenu œnologue et me suis mis à picoler.
Pas dans cet ordre là.
Puis j'ai enfin aimé les blancs de Roque Sestière, de si beaux blancs des Corbières.
Fort heureusement si c'était "bien plus tard" ce n'était pas trop tard pour Jean sache tout le bien que je pensais de ses vins (oui, les rouges aussi) (les petits oiseaux faut voir).


Alors pour moi ce sont des putain de vins racinaires, les blancs de Roque Sestière, avec mon enfance et ma préadolescence dans les Corbières, du côté de Saint Laurent de La Cabrerisse.


Faut que j'aille la voir, Marion.
Faire connaissance avec ses vins.
Goûter ses vins et vérifier quelle est, pour moi, la part de racinaire dans l'affection que je porte aux vins de Roque Sestière ....



C'était, sur le fil, ma participation racinaire aux 82èmes Vendredis du Vin ...

mardi 21 juin 2016

En attendant En Magnum n°4 ...




L'idée a fini de prendre forme

à Catusseau (et non pas à Saint Emilion comme je l'avais d'abord et très approximativement suggéré), autour d'une belle quille de Bollinger.








L'idée ?






Oui : pondre un papier pour "En Magnum" n°4, le numéro vert.

Un papier qui mette le pied dans la porte, un truc du genre de mon vieux et rigolo (peut-être pas rigolo pour tout le monde) "La Biodynamie et son cosmique de répétition" qui avait, ensuite, été décliné sous une forme très proche chez les 5 du vin. Et m'avait attiré quelques réjouissantes inimitiés et de non moins réjouissantes sympathies.

Il n'est en effet pas impossible que ce "un avis contraire" qui figure en première de couv' fasse référence à ma production ...

Bien que relativement vite écrit, cet article s'est fondé sur des bases significativement différentes de celles choisies pour ses deux prédécesseurs.
Au delà du fait qu'il n'y a aucune marmotte (sauf peut-être sous forme de crâne pour faire une P505 au cas ou il y aurait rupture sur les chèvres), il n'y pas non plus d'attaque en règle contre telle ou telle publication de telle ou telle officine.
Quoique si, un peu quand même : forcément quand tu parles de Biodynamie faut bien aller chercher deux ou trois trucs à la source et suggérer ce que tu en penses ...

La P505 selon "Le potager Biodynamique"
(c) Editions Marabout. 2015


Mais la logique, s'il y en a une, n'est pas celle là. Ici il s'agit plutôt de poser quelques questions très concrètes, puis d'essayer d'y répondre tout aussi concrètement.

Bref ça s'est fait tout seul ou presque, dans le mouvement et avec un certain plaisir.
Comme quoi quand t'as un bon titre et du mauvais esprit, le reste va de soi.


C'est après que çà se gâte, parfois.

J'en veux pour preuve que ça a chatouillé du côté de chez François Mauss, sous la plume de Michel Bettane himself :

"Petit désaccord avec le rigoureux et un tantinet psycho-rigide André Fuster : parfois le résultat ou plutôt l'obligation de résultat est prioritaire sur le moyen ou plutôt la médiation obligatoire d'un moyen. Et j'ai été tellement témoin de l'influence des 500 et 501 sur l'amélioration qualitative de vins n'ayant pas eu auparavant recours à ces deux moyens chez un même viticulteur que je considère qu'ils sont des facteurs évidents, mais sans doute pas uniques de cette amélioration. Et je ne vois pas en quoi emplir une corne ou un crâne d'un animal mort et déjà probablement mangé est un crime contre nature. Du moins pour tout mangeur de viande... Peut être un enfantillage... Mais si le vin est bon... et même meilleur..."


Ainsi que je le lui répondis alors, en faisant mes gammes sans préjuger de ce qu'il a pu écrire dans "En Magnum" :
"Etant psychorigide, même qu'un tantinet, il me sera difficile d'être d'accord. 
Ma vision du résultat et du (des ?) moyen(s) d'y parvenir se veut scientifique. Il me semble préférable d'avoir un raisonnement et un cheminement valides plutôt que de tomber par pur hasard sur le bon résultat.
Pour le vin c'est un peu différent : d'une part si l’œnologie et la vinification étaient des sciences, depuis le temps çà se saurait. D'autre part seul le résultat importe ... encore faut il éviter de s'en servir pour valider ou invalider les théories du vinificateur. Des navigateurs sont arrivés à bon port en étant convaincus que la Terre était plate.
J'ai aussi goûté de très beaux vins en BioD, abondamment assaisonnés de 500 ou 501. Leur qualité est elle due à ces préparats et eux seuls ? Il n'existe pas, à ma connaissance, d'essais rigoureux comparant présence et absence de ces préparats. Il est donc impossible de dire ce que sont leurs effets. Sur mes doutes sur les dits effets voir mon papier dans "En Magnum". 
Quant aux crânes, et au recours à l'astrologie : ce n'est pas que je porte ou pas un jugement moral, c'est juste que je pense très fort à Panoramix et à Descartes."


Car c'est sans doute bien là que le bât va blesser.
Juste : au point de contact entre une approche qui se veut rationnelle autant que critique et une (prétendue) preuve par le vin.






Voilà : les choses sont en place, il ne reste plus qu'à attendre la parution d'En Magnum n°4 pour prendre connaissance des points de vues et arguments des uns et des autres.

Ce sera vendredi 24 Juin, dans 3 jours ...

Et d'ici là j'aurai probablement fait ce qu'il faut pour pouvoir déguster en toute sécurité à La Dive et en d'autres lieux de ce genre ...


Je te dis que c'est pas mûr (et qu'on est en jour racine)







Quand je suis allé chercher mes Clos Manou (2014) achetés en primeur, Françoise Dief m'a signalé qu'ils n'avaient été mis en bouteille que 2 ou 3 semaines avant et qu'il ne fallait donc pas que j'y touche avant un moment : ils se goûteraient trop mal.
J'ai promis de ne pas en ouvrir avant longtemps.
Et j'ai tenu parole : il m'a fallu 10 jours avant d'attaquer la première bouteille !

C'était en deuxième partie de la dégustation "Bordeaux Rive Droite 2005" organisée chez Isabelle et Daniel Sériot.
En effet Daniel avait lui aussi acheté du Clos Manou 2014 en primeur, des bouteilles qui l'attendaient à Saint Christoly. Comme il n'avait jusque là pas eu l'occasion de goûter ce millésime, il m'a semblé que c'était l'occasion de plier la première quille du lot pour qu'il y goûte, ainsi que les autres participants.
Et moi aussi par la même occasion :-).

Cette dégustation "Rive droite 2005" était la dernière séance du "Club de dégustation Jean Melin" animé par Daniel et Isabelle.
Et je commence à croire que tout cela est un complot, que Daniel et Isabelle sont des trolls qui cherchent à nuire à ma réputation jusque là irréprochable.

Oui : One Was Not Enough, car pour la seconde fois consécutive cette dégustation était en plein sur un jour racine !
et qui me lit sait l'importance que j'attache à ce genre de choses (pour ensuite pouvoir faire de la provoc à deux balles sur ce blog).





Comme à chaque fois nous étions une dizaine avec, donc, une dizaine de bouteilles à déguster et commenter. Bien sur à l'aveugle et après carafage conséquent.







Pour ma part j'avais amené un Saint Emilion Grand Cru : Grand Corbin Manuel (2005) ... qui s'est 
avéré bouchonné.

Bon, j'y suis pour rien, hein ? Mais çà fait braire quand même d'amener un vin bouchonné.
Dans la série, le Saint Emilion Grand Cru  LYNSOLENCE (2005) était, lui aussi, bouchonné. La faute à pas de chance, mais ç
a commence à faire 2 quilles sur 10.



Pour le reste quelques vins sortaient du lot, mais peut-être pas de la même manière pour tout le monde !?
Enfin, un vin surtout.


Je pense à La Gargone (2005), Bordeaux supérieur de François Dubernard, au Domaine du Bouscat.
Ce vin, nous sommes 4 à l'avoir mis en première place ... les 5 autres l'ont, eux, trouvé défectueux et ne l'ont donc pas classé.
Ça calme.
Compte tenu que les deux groupes étaient chacun sur une table distincte, bien que côte à côte, c'est peut-être qu'au delà du jour racine, l'une de ces tables avait été mise sur un nœud tellurique ?
Quoiqu'il en soit de l'explication de la chose, il est évident que le nez de ce vin était bien réduit. De là à dire que la réduction, et celle là en particulier, est un défaut rédhibitoire il y a un pas que je franchis d'autant moins qu'après aération il y a toute une palette de fruits accompagnée de notes réglissées.
Grosse matière en bouche, aux tanins présents en quantité mais soyeux. Du volume, de la puissance, du fruit ... et une finale qui a encore besoin de finir de se fondre, mais qui se fondra !
Très beau vin qu'il faut attendre (ou réserver à des plats solides). Alors si certains de mes lecteurs en ont en cave et estiment que ce vin est à rejeter je suis prêt à recevoir leurs offres.



C'est un festival, cette affaire là.
Un festival car sur la seconde place du podium je mets un autre Bordeaux Supérieur du même François Dubernard au Domaine du Bouscat : son Portes de l'Am (2005).
Encore un gros vin !
Nez de très belle intensité, fruits noir, fruits rouges, bois précieux.
Puissance et beaux tanins, du fruit.
Finale sur la puissance mais sans dureté. Belle matière, très bel équilibre.








En fait le trio de tête est dans un mouchoir de poche, ces vins étant différenciés par leur note, puisqu'il en faut une ... mais ces notes, proches, je ne les précise pas ici, tant on est dans le relatif et le subjectif, ce qui est un comble quand on en vient aux valeurs chiffrées !

Bref mes trois préférés témoignent d'un choix et d'un goût très plébéiens : deux Bordeaux supérieurs ... et un Vin de Table.





Certes pas n'importe quel Vin de Table pour n'importe quelle table puisqu'il s'agit du Défi de Fontenil (2005).
J'avais goûté ce vin il y a un an, il était alors en magnum et n'avait pas été carafé ... et m'avait enthousiasmé (ainsi que les autres participants à la soirée).
Là c'est pas en magnum, çà a été carafé quelques heures avant et c'est vachement bon, sans toutefois égaler mon souvenir (le charme des premières fois, et tout ce genre de chose. Puis il y a aussi qu'on est en jour racine, faut pas l'oublier ..).
Superbe vin quoiqu'il en soit. Car il y  a du vin, et ce vin se fond bien avec le bois qui l'accompagne au lieu de le dominer. Belle trame tannique, en souplesse et délicatesse malgré la grosse matière. Beau fruit, finale qui resserre et s'achève longuement.
J'aime beaucoup. Beaucoup car il y a là un vin complet et équilibré, or ce soir là sur ces vins là j'ai régulièrement été sur la réserve du fait d'élevages encore bien trop sensibles. Et à ce stade (2005) j'avais aussi, surtout, envie de vin. Juste de vin.


Il y avait aussi un très beau Saint Emilion 1er Grand Cru 
ClasséBeauséjour Duffau Lagarosse (2005)
C'est mon troisième ex aequo, ce vin.
Très belle aromatique sur le fruit et la fleur, bouche ronde, aimable, aux beaux tanins qui font plus sur le charme que sur la puissance. C'est fin, harmonieux et équilibré et doté d'une finale plaisante, ce qui donne un vin qui n'est qu'au début de son existence.
J'aime beaucoup.

A propos de Saint Emilion 1er grand Cru Classé : il y en a un que j'ai eu plusieurs fois l'occasion de goûter chez Daniel et Isabelle (merci merci merci !) et auquel je n'arrive pas toujours à me faire : Pavie Macquin.
Qu'on ne s'y trompe pas : ici il s'agit plus d'une question de goût personnel que d'appréciation qualitative. Encore une fois cette histoire de validité de la note ... que Daniel a résolue de façon intelligente en mettant deux notes : technique et plaisir.
Si j'avais beaucoup aimé le 2012 , et moins aimé une autre millésime que je ne retrouve pas sur ce blog (...), dans la version 2005 c'est beau, c'est bon ... mais çà me parle moins que bien d'autres vins de la série.
Sans doute à cause de la fraîcheur qui tend le vin, et lui confère cette finale un peu raide.
Qu'y puis je ? A part attendre 10 ans de plus pour goûter à nouveau alors que l'élevage sera fondu ... ou quelques heures de plus, comme ce soir là, pour trouver une nette amélioration (mais à étiquette découverte et le palais peut-être un peu tapissé. C'est pourquoi je ne change pas ma première idée).

D'ailleurs, c'est cette fraîcheur plus ou moins décelable dans tel ou tel vin qui me donne une partie de mon titre, en rappel de délicieux échanges en forme de :
- "çà c'est pas mûr",
- "mais non : cette acidité là c'est une acidité mûre"
- "je te dis que c'est pas mûr"
Les intéressés se reconnaîtront et reconnaîtront le vin dont il s'agit. Puis ils me pardonneront peut-être.

Il faut quand même, aussi, citer les jolis d'Aiguilhe, Acapella (beau vin cet Acapella (2005) !) et Canon La Gaffelière.
De jolis vins au bon potentiel, mais qui - à l'exception d'Acapella - me semblent souffrir d'élevages encore trop marqués à mon goût.
D'autres vins, enfin, m'ont paru moins convaincants, je pense en particulier à Fleur de Saussac, Les Gravières et, enfin, Fleur de Bouard.
Tout ce "petit" monde étant, bien sur, en 2005.

Bien sur il ne s'agit pas là de l'opinion générale (mais vu que c'est mon blog à moi ...)



Du côté des bouteilles perso pour la deuxième partie de soirée, j'avais opté pour un vieux blanc et, donc, un jeune rouge : Bourgogne (Côte de Beaune) pour le premier et Bordeaux (Médoc) pour le second.
Savigny les Beaune 1er Cru (2005) "Aux Vergelesses" chez Machard de Gramont.
L'une des dernières bouteilles témoignant d'un passé heureusement révolu mais qui a laissé quelques belles épaves, comme celle ci.
La thématique était "rive droite 2005", compte tenu du double fait que ce vin est un 2005 et que Savigny lès Beaune doit bien être sur la rive droite de quelque chose, ce choix s'imposait de lui même !
Ce pinard a un peu plus de 10 ans et est toujours un jeune gaillard ! Nez de fruits à noyau, aux notes épicées. Belle bouche sur le fruit, léger épicé, très rond et ample. Fraîcheur qui tend le vin et le prolonge sur une longue finale.
J'aime beaucoup.
C'était la dernière : c'est ballot, çà peut encore attendre.


Et, donc, le Clos Manou (2014) tout juste sorti du chai, ou presque (pardon Françoise).
Pardon que dalle en fait : le vin était superbe. Il faut dire que je l'avais carafé à 15h30 et que nous l'avons bu vers 20h30 ou 21 h !
Superbe tant au nez qu'en bouche.
Très belle matière, élevage déjà intégré qui vient en parfait contrepoint du vin.
C'est dense, c'est beau, long ... et je regrette déjà d'en avoir acheté si peu (dont à peine 2 magnums).
Depuis 2013 : beau vin qui tire le meilleur (et peut-être un peu plus ?) du millésime, il y a me semble-t'il eu une sorte de virage au Clos Manou. Enfin pas un virage, plutôt une adaptation de la trajectoire.
Bien sur, avec ce 2014, à l’œil comme en bouche on
 est toujours sur la concentration, la maturité et l'extraction du meilleur du raisin, sans excès. Mais, en plus, la gestion du bois est devenue un peu moins "médocaine" pour s'affiner. On gagne donc en élégance, en pureté et en finesse sans rien perdre en puissance.

J'aime vraiment beaucoup ce vin (Aussi goûté, au chai, le Petit Manou (2014). C'est une belle quille précise, sur le fruit, avec une jolie matière. Beau vin de plaisir à boire dès maintenant et sur quelques années).
(et je précise, pour être sur d'être bien compris, que j'ai encore des 09 / 10 / 11 / 12 /13 à la cave et que, même s'il y a, me semble-t'il eu une évolution dans le style, tous sont superbes).


Par ailleurs, il y avait aussi le 2006 des Portes de l'Am.
Business as usual : dès l’œil ça envoie du lourd. Nez ouvert et expressif (ben ouais, il fait pas que des vins réduits ce garçon ...) où l'élevage est déjà bien intégré. Matière imposante mais avec une belle trame tannique, et un fruité plaisant. La finale se prolonge de belle manière.
Encore une très jolie quille.


Puis entre autres quilles il y avait un Gewurztraminer de bon aloi et d'âge respectable.
Était-ce un VT ou un SGN ?
Chez qui ?
Je ne sais plus : j'avais arrêté de prendre des notes.


Une preuve de plus qu'il faut :

Consommer avec modération.
L'abus d'alcool est dangereux pour la santé.


lundi 20 juin 2016

Cotes de Castillon 2012 en jour racine, avec des marmottes


Les jours racine c'est quand la Lune passe devant un signe de terre. Autrement dit quand la Lune est en Taureau, Vierge ou bien Capricorne.
Ces jours là tu peux, tu dois, planter des patates ou des radis mais surtout ni fleurs ni fruitiers.


C'est curieux d'ailleurs cette différenciation de la fleur et du fruit : après tout un fruit ce n'est jamais qu'une fleur qui a réussi ! Du moins si l'on excepte les fruits qui n'en sont pas : baies, drupes et autres fraises ou figues. Du coup pas sûr que les fraises ou les figues puissent être mangées ni plantées en jour fruit avec bénéfice : elles ne sont pas des fruits
. Alors on fait quoi là ?
Car c'est bien de cela qu'il s'agit : en jour racine, tu plantes toutes les patates et les carottes que tu veux mais surtout, surtout, tu ne plantes ni ne manges de fruits sous aucun prétexte.
Ça
c'est pour les jours fruit.
Dès lors i
l ne faut pas, non plus, travailler le vin et encore moins le boire. Sauf bien sur si l'on veut mettre sa minéralité en évidence, ça va de soi.

Non, j'ai rien fumé récemment : j'indique juste quelques préceptes de la biodynamie, tels que Maria Thun les a fixés sinon dans le marbre, du moins dans son calendrier biodynamique.

Y a plein de gens qui dissertent à perte de vue là dessus (moi le premier, remarque), et qui en suivent les préceptes (moi non).
Personnellement je trouve çà assez stupéfiant qu'aujourd'hui encore on puisse se laisser guider par les choix faits pas les astrologues du 5ème siècle avant JC lorsqu'ils ont décidé de nommer tel ou tel signe et constellation et d'y associer tel ou tel pouvoir plus ou moins surnaturel.
Car nommer une constellation, l'assimiler à tel ou tel Dieu ou animal implique "évidemment" que naitre sous les auspices de ce signe confère de facto au nouveau né (ou au vin) un destin et des caractéristiques définis par le dit signe.

C'est généralement à ce stade que, jour racine ou pas, mes marmottes chéries sortent de terre pour un petit casse croûte.


 

Mes marmottes et moi, les jours racine on se contente de picoler et grignoter.
Minéralité ou pas.

Et pour cela j'ai des complices redoutablement efficaces, je pense en particulier à Isabelle et Daniel Sériot et leur "Club de Dégustation Jean Melin".
L'idée est sympathique : une fois par mois accueillir
un groupe d’œnophiles dont chacun vient avec une bouteille à partager, en respectant la thématique de la session. Et l'air de rien, c'est un vrai travail d'assurer la logistique et l'organisation de ce genre de chose !
Qu'ils en soient donc, encore une fois, remerciés.
Vivement remerciés.

Ces dégustations nourrissent irrégulièrement ce blog, ainsi - plus régulièrement - que le blog de Daniel.

C'est ainsi qu'il y a un peu plus d'un an je m'étais fait l'écho de la dégustation : "Rive droite 2012" et de sa petite sœur qui avait suivi presque aussitôt : "Rive droite 2012 : le retour".Et là, en ce mois de Mai 2016 (oui, il m'a fallu un mois pour pondre mon billet : je ne suis pas toujours rapide, pour les compte rendus !) paf, voici venir : "Côtes de Castillon (et autres Côtes) 2012".
C'est donc l'occasion, 1 an après, de goûter à nouveau les vins de ce même secteur sur ce même millésime, et potentiellement de re goûter certains des vins de l'une ou l'autre session de l'année précédente.
En fait je savais que ce serait un peu plus que potentiellement puisque j'étais (re)venu avec un de mes chouchous sur le secteur : le Côtes de Castillon d'Alain Tourenne, au Château Beynat.

Photo I. Sériot


A ce stade il faut noter que, grâce au travail préparatoire d'Isabelle, chacun goûte à l'aveugle. Même (surtout !) le vin que l'on a amené et qu'elle a préalablement carafé et anonymé.

Mais pourquoi mon couplet introductif sur les jours racine et leurs supposés effets délétères sur le fruité des vins ?
Bien sur parce que ce jour là nous étions bel et bien en jour racine et que certains participants l'ont fait remarquer avant, pendant ou après la session.



Et la dégustation des vins dans tout çà ?
Photo I. Sériot

Il y avait, par exemple, le Domaine de l'A (2012).
L'année précédente je n'avais pas noté la bouteille dégustée tant le vin était acescent. Là c'est un très beau vin au nez et à la bouche qui offrent un véritable panier de fruits (même en jour racine), harmonieusement complété et soutenu par un élevage de qualité. Bouche ample, équilibrée et finale des plus plaisantes.
C'est clairement mon préféré de la session.

Photo I Sériot
Et bien sur le Beynat - Côtes de Castillon (2012)
Là aussi beau nez complexe et ouvert sur une bouche bien construite ... du moins jusqu'à la finale trop rugueuse. En tous cas bien plus rugueuse que l'année dernière.
On pourra attendre un jour fruit pour l'ouvrir ou, me semble-t'il de façon plus sûre, attendre 1 ou 2 ans de plus pour y revenir, le temps que tout cela se fonde.
Il est dans mon trio de tête, mais avec un rien de déception au vu du plaisir que ce vin m'a apporté précédemment et que je n'ai pas retrouvé ce soir .




Photo I. Sériot
Également le Clos Puy Arnaud 2012
Si ce vin était l'un de mes préférés lors de la précédente session, grosse déception sur ce coup là : si le nez reste plaisant, la bouche me semble bien légère et la finale marquée par une acidité et une sécheresse excessives.
Il n'y a plus guère de plaisir sur ce vin, à ce stade. Peut-être faut-il aussi l'attendre ?

En tous cas je n'aime pas du tout et le mets donc fort - de mon point de vue - logiquement en dernière position à égalité avec un Fontbaude (2012) dont la finale me donne elle aussi des frissons rétrospectifs et qui, en outre, me semble un peu chargé en volatile.
P
our être complet j'ajoute que j'ai jugé défectueuse la quille de Franc La Fleur - Cuvée Mouna (2012) qui nous a été proposée et que je ne l'ai donc pas notée.

Le second de ma top list a été le très beau d'Aiguilhe ... mais celui est sans doute hors concours puisqu'il s'agissait d'un genre de pirate : un 2001.


Après quelques autres vins dont il ne me semble pas utile de parler (ce billet est déjà bien trop long), vient le moment du repas et de la seconde série de vins que certains ont amenés pour les partager.
Là, bien sur, l'apporteur (et lui seul) ne goûte pas à l'aveugle.

Pour ma part j'étais venu avec deux blancs de Loire que j'affectionne particulièrement.
Deux belles expressions du Chenin :


Domaine des Baumard (Savennières) : Clos du Papillon (2006)
Belle robe qui commence à virer à l'or tout en restant pâle.
Nez de poire mais aussi de coing et de truffe, pour autant ce qui marque au premier abord c'est la minéralité exubérante de ce vin.
Bouche ample, ronde, tendue. Beau fruit, minéralité encore qui tire vers le naphte (on est en jour racine, faut dire). Longue et belle finale.
J'aime décidément beaucoup ce vin.

Il m'en reste trop peu : je ne sais pas attendre.


Benoit Gautier (Vouvray) : Cuvée Saint Martin (2011)
C'est la version bec à sucre des vins de Benoit, et c'est un infanticide.
Mais infanticide ou pas : c'est quand même vachement bon !
La poire toujours, bien sur les épices et le coing, le tout enrobé de douceur. Encore très jeune, ce nez.
Bouche ample et douce, très belle aromatique. Belle chair autour d'un squelette acide qui allège le vin.
Longue, très longue finale pour couronner le tout.
J'oublie les bouteilles qui me restent pour quelques longues années (enfin, j'essaie de les oublier et ce ne sera pas facile).


Parmi les surprises de fin de soirée il y avait aussi cette bouteille du
Domaine du Bouscat, avec l'un des 3 Bordeaux sup de François Dubernard : La Gargone (2006). En fait il y avait aussi un 2011, mais comme j'ai préféré le 2006 ...
Comme toujours, la teinte et sombre et le vin de toute évidence concentré et encore fort jeune.
Nez attirant avec un beau fruit épicé, mais un élevage encore un peu trop présent.

Ça peut faire craindre la bouche, il n'en est rien : la bouche est elle aussi concentrée, mais avec un beau volume et des tanins de grande qualité. Beaucoup de fruit et les épices douces de l'élevage qui, ici, se fait discret. Belle finale aromatique, en douceur, où l'élevage est fondu.
Très beau vin à boire (après grosse aération) ou, mieux, à attendre.


Bon ...

*
Aucun palais - et surtout pas le mien - n'est une machine 100% reproductible et 100% infaillible.
* Aucun vin, qu'il revendique ou pas la Nature, n'est figé pour l'éternité : il subit tout au long de sa vie des variations dans son expression. Pour faire simple et caricatural : il passe du fruit frais de sa jeunesse au bouquet truffé de son apogée.
* Les conditions extérieures influent tant sur les dégustateurs que sur les vins. Et par "conditions extérieures" je ne veux absolument pas parler de la position de la Lune devant telle ou telle constellation ! mais, plutôt, de l'appétit du dégustateur, de son état physiologique et sa fatigue éventuelle, de la température et la pression atmosphérique au moment de la dégustation, du type de verre utilisé, de la taille et la forme de la carafe, du temps de carafage, etc .... etc ... sans oublier les variations que l'on peut avoir de bouteille à bouteille (quel lot ? quelles conditions de bouchage et conservation ? j'en passe et des meilleures ...).

Il me semble donc périlleux d'attribuer les variations constatées par tel ou tel groupe de dégustateurs à l'effet de la circulation de la Lune devant les galaxies lointaines.
Pour autant et pour certaines bouteilles, nous avons bien d'une année à l'autre observé des variations de la qualité ressentie. Et ces variations pouvaient être considérables.
Ceci dit
hors défaut rédhibitoire, comme pour l'A dégusté en 2015 et, peut-être, le Franc Lafleur - cuvée Mouna ou le Fontbaude (2012) dégustés en 2016.

De là à attribuer ces variations entrainant, parfois, une perte de qualité ressentie au fait que la Lune se trouvait ce soir là en Taureau ou en Capricorne, comment dire ...