samedi 18 juin 2016

Retour en Slovénie avec un passage à Jeruzalem









Je n'étais pas retourné en Slovénie depuis de nombreuses années : ma dernière visite remonte sans doute à 2007, peut être 2008 ?
Et c'est dommage car tant le pays que ses habitants ... et ses vins m'ont enchanté à chaque visite.

Et puis l'occasion s'est présentée ...

D'abord Ptuj, et la Drava qui la longe.
La (petite) ville n'a rien perdu de son charme ni de sa tranquillité.



C'est donc toujours un plaisir d'y séjourner, flâner et déambuler, et ce même si passé 20h30 c'est le Désert des Agriates ! (en moins fréquenté sans doute).






Le secteur est encore très agricole, et cela dure depuis un bail.

Ce qui permet parfois de tomber sur des équipements étonnants : là c'est une machine datant de 1900, et qui permet de découper et réduire en bouillie les betteraves afin d'en nourrir les cochons.









Bien sur je ne me rendais pas dans les Balkans pour y parler cochons mais bel et bien vins. Ce qui ne m'a pas empêché de commencer par une slivovtza. Et ce même si j'ai un lourd passé (et un lourd passif) avec cette boisson redoutable, et m'en méfie donc comme de la Peste.


La partie vins a réellement commencé dans le secteur de Jeruzalem, çà tombe bien : lors de mes précédentes visites nous n'y étions que peu passés.






Par là (vers Jéruzalem et dans ses environs immédiats) paysages et villages sont splendides. Enfin, quand je dis "villages" ... un village, par là, c'est 2 ou 3 bâtiments et une église, guère plus.
Nous commençons donc à Jéruzalem, et même à Jeruzalem Ormoz (p&f winery).
Là, nous sommes accueillis par Iris et son sourire qui nous accompagneront tout au long d'une dégustation improvisée tant que plaisante.
Dans le coin, et dans cette cave en particulier, on est clairement dans un style et un registre tout à la fois frais, vifs et charmeurs.







Bien sur il faut commencer par un Šipon (prononcer "chipon").
D'abord parce que c'est bon, le 
Šipon. C'est si bon, même !"C'est si bon" car la légende locale veut que les soldats français de passage (certains de mes interlocuteurs dateront cela des templiers, d'autres des troupes napoléoniennes) étaient friands de ce vin qu'ils trouvaient si bon. Oui : si bon ou c'est bon pour Šipon. Šipon ? Il s'agit en fait du furmint, mais Šipon c'est mieux, non ?
Šipon (2015)
Le nez frais, fin, ouvert sur les fleurs, la poire et les agrumes (citron vert). Un petit côté buis, aussi, qui sauvignonne légèrement.
Après une attaque ronde la bouche est fraîche, vive, élancée. Du gras et de la sucrosité (les 5.5 g de sucres résiduels n'y sont sans doute pas complètement pour rien.) mais de la fraîcheur
(7.8 g d'acidité totale) et de la tension (de la tension ? oui : moi aussi je cause moderne) avec un joli fruité en bouche.
Equilibre et longueur.
Très joli vin qui fait pas forcément super furmint au premier abord, mais q
uand tu apprends que çà vaut 5 € la quille, tu te poses plus trop de question existentielle !

Ensuite vient un Sauvignon.

Sauvignon (2015)

Bien typé Sauvignon en évitant le côté trop pétard. Pour autant on retrouve les figures imposées : végétal noble / buis et agrumes pour l'essentiel.
Jolie bouche dans un style frais tout en gardant un bon volume (3.6 g de sucres et 6.6 d'AT).
 On retrouve le buis en bouche avant une jolie finale fraîche et cette agréable et légère amertume qui rehausse et prolonge le tout.
Très plaisant (le prix est plaisant aussi : 6 €), pour autant je préfère le
Šipon qui me parle plus. On aime ce qui est différent et tout ce genre de choses ...

Chardonnay (2015)
(12°5 - 3 g de sucres - AT : 6.3)
Nez fin, très élégant qui associe notes florales, fruits mûrs et un chouia de brioche.
Bouche équilibrée, marquée par la fraîcheur. Belle longueur.
Très agréable Chardonnay, lui aussi dans un style frais et aimable.
(6 € ? Le prix est, lui aussi, aimable).

Rumeni Muskat (2015)
On change de registre : 11° - 22 g de sucres et Acidité Totale à 6.1.
Nez fin, expressif, très floral et un poil exo. Un peu fruits secs, aussi, les fruits. Bel équilibre en bouche, qui est elle aussi marquée par le floral. Très joli vin à la belle finale suave et légère.
8 € la bouteille et y a un bon potentiel de picole !



Nous bougeons un peu, juste un peu, pour rejoindre un bar à vins où un grand nombre de producteurs du coin sont représentés. Nous en goûterons plusieurs :

VERUS
Est de toute évidence le domaine à la mode et le domaine qui monte. Pour autant leur Riesling (2013) ne me parle pas du tout. Vraiment pas du tout.
Uros
, retrouvé quelques jours plus tard avec plaisir me fera part de son étonnement. Peut-être suis je tombé sur la mauvaise quille ? A revoir lors d'un prochain séjour !


DVERI PAX

Š
ipon
(2013)
Là par contre çà me cause. Ça me cause même salement ce genre de vin ! Très beau nez de fruits (agrumes), fleurs, et épices douces. Commence visiblement à se demander s'il ne va pas commencer à évoluer mais ne s'y est pas encore totalement décidé. Bouche associant superbement fruité et notes minérales. Bel équilibre et très jolie tension. Longue finale sur la minéralité.
J'aime beaucoup.





Laski Rizling (2014)

Au premier abord le nez a besoin de s'ouvrir, puis viennent les fleurs blanches, les fruits murs, les notes minérales et on a un superbe nez.
L'attaque est ronde, puis sur un beau squelette acide et la tension qui va bien on a de la chair et d'intéressantes notes minérales. Agréable amer final.
Beau vin



MAROF


Zeleni sylvane
c (2013)
On change de style ! Autant les précédents étaient sur la fraîcheur et la jeunesse autant dès l’œil puis au nez, est on sur un début d'évolution.
Le nez associe des notes de brioche et de pomme. Epices douces du boisé, aussi.
Beau volume en bouche, Fruits à pépin, beurré / brioché, jolie longueur tenue par une bonne gestion du bois.
Plaisant et bien fait, mais correspond moins à ce que je recherche.
A regoûter, toutefois.


Quelques autres quilles dont il n'est pas indispensable de parler, puis il a fallu partir.



Peu après nous passions à Ljubljana et y retrouvions Uros.
A part les cheveux blancs (surtout moi, mais pas que) rien n'avait changé.

Il avait choisi un fort bon bar à vins : DVORNI BAR.






J'ai été maritime et bien m'en a pris : c'était beau et bon, ce plat du jour.
Ne voulant pas faire fuir mes rares lecteurs français (mes rares lecteurs tout court) dans l'absolu et, à plus forte raison ceux qui ont tenu jusque là ... je ne parlerai pas des prix de la restauration en Slovénie. Si ce n'est pour dire qu'on peu y faire un repas complet et de très belle facture pour le prix d'un vague sandwich français.
Avec çà ? Un Chardonnay !



PIRO
Chardonnay (2014)

Joli vin dans un style frais, léger, et aromatique.
C'est pas un monstre de matière ni de complexité mais ça vaut 5 € la quille, et çà se boit tout seul. On peut même en redemander sans avoir à se forcer !

Après vient le temps d'une petite promenade dans l'agréable ville qu'est Ljubljana.

La cathédrale et sa porte venue tout droit de la 4ème dimension :







Ses rues où il fait bon flâner




Et bien d'autres lieux à montrer et commenter.
Des lieux simples du quotidien, tels que le marché de plein air, ou d'autres plus marqués comme la statue de France Prešeren et, plus loin, le buste de
Julija qui lui rend son regard et partage son attente.

Mais le temps est un démon exigeant alors je n'irai pas plus loin à Ljubljana et file vers Piran.
Piran est l'un des hauts lieux de l'étroite côte slovène. D'une certaine façon c'est une ville marquée, elle aussi, par le diable puisqu'il s'agit de la ville de Tartini, l'auteur - entre autres œuvres - des trilles du diable :







Mais Piran est surtout une station balnéaire où il fait bon flâner - surtout côté vieille villle - avant de s'arrêter près de l'eau pour y déguster, par exemple, un verre de Malvazija.

KORENIKA

Malvazija (2014)

Nez expressif, ouvert, frais et mûr à la fois : sur les fruits à noyau et les fleurs blanches. Léger végétal noble, aussi, sur un fond de douceur.
Très suave et ample, de la maturité et une longue finale sur une jolie trame acide. Bel équilibre, beau vin.

A Piran on peut aussi boire des bulles :






moi je ne pouvais pas : j'avais un avion à prendre.

Je vais revenir, bientôt.
Et j'aime cette perspective.
(surtout l'idée de revenir avec une valise solide pour ramener quelques quilles)

(les photos ayant toutes été prises avec mon iPhone on peut cliquer dessus pour les voir dans un format plus confortable ... mais il ne faut pas attendre de miracle)


NB :
pour se faire une idée plus complète des vins du coin on aura tout intérêt à aller consulter le sujet (récent) qui leur est dédié sur LPV.


4 commentaires:

  1. ça va finir par se savoir !
    déçu aussi par ma dernière visite chez Verus.
    Pf, c'est correct, mais à mon avis bien loin de la qualité plus intimiste des meilleurs producteurs.
    Pour compléter ton petit tour la prochaine fois, il faut que tu goûtes Kupljen
    Bien à toi
    Jérôme Pérez

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    1. Oui, ça va finir par se savoir ! Mais ce ne sera que justice ... et çà permettra peut-être d'en trouver plus facilement en France (il y a une petite dizaine d'années j'avais essayé d'en importer mais çà avait été un peu compliqué ...)

      Sur Verus je n'ai goûté qu'une quille - décevante - c'est donc pas possible de juger du Domaine. De toute évidence ils communiquent très efficacement et selon Uros Bolčina ils sortent aussi de beaux flacons.
      J'ai toute confiance en Uros (mais çà ne m'empêchera pas de goûter par moi même au prochain séjour).
      Uros est sans doute le consultant à suivre, sur le secteur ! Je l'avais rencontré il y a 10 ans, il sortait alors de très beaux vins, en particulier avec Zmago Petrič, à Guerila Wines. Pour la plupart en cépages indigènes. Je n'ai pas regoûté "Guerila" cette année, mais selon Uros les vins sont encore meilleurs.
      Pas sur que ce soit parce que Guerila et Uros se sont (eux aussi) mis à la biodynamie.

      Je note Kupljen, merci (et à oliv aussi).

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    2. Si tout va bien, il y aura un nouveau petit producteur pour le millésime 2017 à Jéruzalem.
      Pour ce qui est de Verus c'est un peu comme pour P&f. Il n'y a pas de terroirs réellement isolés : si la zone des collines de Ljutomer Ormoz est très qualitative, il y a des nuances et des caractéristiques différentes par exemple de Gomila à Velicane.
      Verus c'est aussi beaucoup d'achat de raisins, même si c'est bien moins gros que P&F (plus de 1000 hectares en production).
      Je suis personnellement convaincu de l'extrême qualité de la zone immédiatement autour de Jeruzalem (Dveri / Svetinje) très favorable au riesling et sipon.
      Ce qui me fait un peu marrer, c'est que nous avons une sorte de culte pour le riesling alors que pour les locaux, j'ai un peu l'impression que c'est un cépage comme les autres et parfois même moins. Pourtant les résultats sont juste bluffants, pour des vins autour de 6 euros.
      La marge de progression est très importante, j'en suis certain.

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    3. Alors bonne chance au nouveau petit producteur (et s'il cherche un bon consultant local - polyglotte de surcroit - je lui en connais un ;-) )

      Sur les terroirs locaux on est bien sur d'accord ... comme sur la considération de tel ou tel cépage.
      Pour ma part je regrette qu'on ne trouve pas plus les cépages autochtones qui, il y a 10 ans, m'avaient enchanté. Mais j'imagine que la règle du marché veut qu'il vaille mieux proposer du Furmint, du Chardonnay et du Riesling que du Rebula ou du Pinela ...

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