dimanche 24 juillet 2016

Pere Blaise et le mildiou

"C est cadeau mon poulet
Écoute ça : c'est pour toi"


Le bon côté des réseaux sociaux c'est que quand tu y es, quand tes potes y sont aussi, et que tel ou tel des dits potes trouve un truc dont il sait qu'il te fera plaisir ben il te l'offre.
Éventuellement avec un petit mot du genre de celui qui entame ce billet.

Il te l'offre ... à toi et à ta marmotte.

Alors ta marmotte et toi, le cadeau vous n'avez plus qu'a le déballer.
Impatiemment.

© L. Lesaint

Et non, je ne vais pas parler ici de ce type sympa et honorablement connu qui sort de forts beaux vins mais a récemment été surpris (par sa fille) en train de se préparer à expérimenter la biodynamie.
En particulier la P505 chaton.
Car, là je vais entrer dans le dur, le fondamental.

C'est pour çà que la marmotte et moi on avait vraiment super envie de le déballer, le cadeau : tellement l'emballage d'origine fait très envie.


D'ailleurs ça fait super plaisir de la voir comme çà, la marmotte : ces derniers temps elle avait tendance à s'empâter légèrement.







"Quand on es vigneron bio et que la météo est compliquée, nous avons la possibilité de nous appuyer sur l'énergie et la vitalité du vivant pour aider notre vigne. La vie organique a une partie visible et palpable, ainsi qu'une partie non visible. Les deux associés créent la vitalité, précurseur de la santé..."




Ouais, gagné : c'est du Pascal (Franck, pas Blaise) dans le texte.

Francky on a un peu joué ensemble, au temps où je squattais sur LPV. Ça se passait essentiellement dans une partie de "De la Terre au Vin" et il doit bien en rester quelques traces.
(J'oubliais : non, Agitateur spas moi).

Si vous y allez voir : attention certains textes peuvent choquer les plus sensibles.

La c'est une vidéo, pas un texte.
Chacun pourra, selon ses convictions, juger si c'est mieux ou pas, une vidéo :





Jusqu'à 2'23 tout va à peu près bien
C'est après que çà se gâte, un peu comme quand il pleut trop et trop souvent : çà part en vrille.

Là c'est donc un genre de Graal, mais plutôt le Graal version Alexandre Astier !

On attaque en effet avec les champs d'énergie de la vigne.
Du coup y manque que la Dame du Lac, avec toute cette flotte je m'attendais pourtant à la voir se pointer !

A la place c'est Père Blaise, et c'est bien aussi Père Blaise.
D'ailleurs ça
vaut largement Blaise Pascal, Père Blaise :




"Faire en sorte que la vigne puisse s'élever en vibration(s) pour aller connecter à la lumière.
.../...
Exactement comme sur l'Homme la lumière alimente tous les chakras et alimente aussi les merveilleux vaisseaux"

Il en dit quoi déjà Père Blaise ?
Ah, oui :




"Jusqu'à ce qu'en fin de journée j'arrive à aller chercher, à aller trouver une perturbation.
En fait il y a deux perturbations au niveau de la grappe du raisin, en ce moment : y a le capuchon floral qui n'avait pas son énergie à disposition .../... et aussi sur le pistil."

Comme je suis un mec sympa je saute le couplet sur les fréquences et en particulier celles des champignons ... mais j'aimerais assez que Franck me communique la fréquence des cèpes et des girolles.
Ça peut avoir son utilité.

Mais je doute un peu quand même parce qu'il finit en nous disant :

"J'aimerais quand même vraiment pouvoir passer demain ou après demain avec une protection de cuivre à 250 g pour réussir à protéger au maximum et être aussi dans le concret".

Ben et le truc sur les énergies alors ?
Hein ?
C'était bien la peine !
Ou alors c'est peut-être que
:




La Soupe aux schtroumpfs

Peyo - "L'apprenti Schtroumpf" © Dupuis



Pour des raisons diverses plusieurs personnes m'ont récemment interrogé sur un truc qui semble faire un peu de buzz. On m'a même demandé d'en ramener d'Espagne, puisque j'y passe assez régulièrement.
Ouaip : c'est du vin bleu que je parle.

Sur ce genre de sujet, je suis pas plus motivé que çà.
Puis, bon, j'espère ne pas être un mètre à penser ...
Mais soit je ponds un truc là dessus, soit je vais tondre le jardin.


© Gïk
Donc le vin bleu.

Sur leur site ils annoncent d'emblée que :


"Nous sommes Gïk et nous allons changer le monde."

Ben voyons donc. C'est clair qu'il suffit d'appuyer deux minutes sur le bouton branlette pour être super disruptif et, conséquemment, changer ce vieux monde à la con.
Même pas peur.


Il est vrai que l'idée est totalement neuve.
Il suffit, pour s'en convaincre de lire "Le Mesnagier de Paris".
"Le Mesnagier de Paris" ?
Ouvrage anonyme écrit vers 1390 et riche d'enseignements sur la cuisine médiévale qui donne, entre autres conseils, d'utiles recettes pour colorer sa nourriture ... par exemple transformer le vin blanc en vin rouge, donner à la viande cuite l'apparence de la viande crue ... ou faire des gelées bleues à l'aide de tournesol.

Chez Gïk on est furieusement moderne.
Leur site internet nous informe donc qu'on utilise non pas le tournesol pour colorer le vin en bleu mais seulement des anthocyanes et de l'indigo :

"Nous commençons par mélanger des cépages blancs et rouges, auquels nous ajoutons deux pigments organiques: bleu indigo et anthocyane – obtenus de la peau des raisins utilisés pour produire le vin."
Là, forcément, je couine un peu : "bleu indigo et anthocyane – obtenus de la peau des raisins utilisés pour produire le vin" !?
Les mecs arrivent à extraire de l'indigo à partir de pellicules de raisins ?
C'est salement trapu ...
ou alors c'est le bouton branlette qui est resté coincé ?
Ah ben non, y a çà aussi sur leur site :
"Nous synthétisons des pigments organiques d'origine naturelle"

Bon, les pigments c'est qu'un détail.

Peyo - "La soupe aux Schtroumpfs" © Dupuis
Car Gïk semble soucieux de la santé de ses consommateurs :

"Gïk ne contient pas de sucres ajoutés.
Pourquoi ? Tout d’abord, parce que les sucres fermentent et se transforment en alcool dans la bouteille. Ensuite, parce que l’excès de sucre fait grossir, alors que les édulcorants sont une alternative plus saine et plus stable"
Donc, "les édulcorants sont une alternative plus saine" ? sans doute est ce pour cela que ni la nature ni le dosage des édulcorants utilisés ne sont précisés ?!
Y a quoi ?
Stevia
? Aspartame ? Acésulfame de potassium ?
un édulcorant intense (alors quelle est sa DJA ?) ?
un mix ?
En fait on s'en branle : le truc c'est bleu, c'est trop cool et c'est visiblement le principal.

En outre, "l
es sucres fermentent et se transforment en alcool dans la bouteille" ?
Euh, ouais, c'est cela même ...
Dès lors il était inutile que le site me dise que :

"L'équipe derrière le vin bleu est composée de cinq jeunes d'une vingtaine d'années sans aucun type de tradition viticole ou de relation avec le secteur".
car j'avais remarqué !


A propos, encore, de tradition viticole et de ce genre de truc inutile :

"Autrement dit, nous ne travaillons pas avec des raisins mais avec des personnes"
et
"L'équipe évite de collaborer avec celles régies par des normes trop rigides."
Ouais : clair que les raisins ça sert trop à rien et que les normes c'est un truc trop has been, spécialement fait par et pour les trop vieux trop cons.
Bon, remarque, quand t'annonces que le pH de ton vin varie de 3.2 à 3.7 ça semble en effet indiquer une certaine souplesse, du côté du cahier des charges de tes acheteurs ...



Bon, je vais pas passer la journée sur la soupe aux schtroumpfs.

Ce que j'en pense ?

J'en pense que ce truc est peut-être bleu mais que c'est pas un vin.
A la rigueur c'est une boisson édulcorée à base de vin et de pigments d'origine naturelle.
Et ça fait super envie je trouve.

Mais c'est probablement parce que je suis un vieux con(servateur) puriste d'origine espagnole.
Ben ouais, toujours chez Gïk :

"Ce produit a commencé à être commercialisé en Espagne, à l’endroit même où même il a été accusé de blasphème par les secteurs les plus conservateurs.
Dans la culture espagnole le vin est très lié à la tradition et même à la religion, il est donc compréhensible que beaucoup de puristes l'aient pris comme une offense."

Mais faut
peut-être quand même rappeler que même si on n'est pas un conservateur hyper catho, l'ajout de colorants dans le vin c'est streng verboten, et que l'ajout d'édulcorants n'est pas, non plus, franchement autorisé ...


Bon, vous voulez vraiment savoir ce que j'en pense ?
Alors je préfère laisser la parole au seul dégustateur compétent en la matière, le pipotron :

"Toujours aussi réussi :
un nez somptueux, expressif, fortement aromatique. Superbe bouche qui apparaît ronde et grasse, avec également une grande vigueur.
Au sommet."



Nota pour les plus téméraires :
en France, le truc peut se commander en ligne via le lien donné plus haut.
Ça coûte la modique somme de 12 € la quille.
Pour qui veut changer le monde le montant est modique, pour qui veut picoler un truc sympa ça doit pouvoir se discuter.


Nota de dernière minute :
le groupe Auchan avait annoncé être prêt à commercialiser le truc.
Ça en aurait jeté pendant la Foire aux Vins.
Ou pas.
Puis en fait non, pas de vin bleu.
Il leur a en effet été reproché que cela manquait un rien de clarté (non sans blague ?).






jeudi 21 juillet 2016

Domaine Charton Vachet (Montagny)

Le séjour bourguignon était prévu de longue date.
Depuis un an en fait : la précédente édition duFestival de musique baroque de Beaune avait été un tel plaisir, même en se limitant à un seul long week-end, qu'y retourner était une option crédible.

Restait à savoir quand et pourquoi.

Côté musical le champ des possibles était très large, mais c'est le premier week-end qui l'a emporté : des cantates italiennes par Andréas Scholl (c'est une pointure) puis, le lendemain, ce cher vieux Purcell avec Dido & Eneas dirigé par Christophe Rousset ("les talents lyriques").
Il ne restait plus qu'à meubler autour.

Je reparlerai plus tard du début du séjour et, donc, du récital de Scholl (je désespérais de jamais l'entendre en vrai, Scholl !) pour entamer par le point d'orgue (rien de plus normal dans un festival baroque) pinardier – mais pas que – : à savoir le passage au Domaine Charton – Vachet.

La préparation et le questionnement préalables à cette visite je les évoquais dans un billet précédent et n'y reviens donc pas ici.



3 millésimes (dont un en cours d'élevage), 2 couleurs et, pour les blancs, un Montagny 1er Cru "Les Jardins" et plusieurs cuvées de Montagny village.



2015

Le May (un des lieux dits en Montagny Village)
Nez fermé qui s'ouvre sur fleurs blanches et fruits à noyau.
Attaque ronde, fraîcheur et légèreté sur de belles notes de maturité (et il ne s'agit pas là de provoquer Daniel et François à un nouvel échange sur maturité et acidité. Mwahahahah).
Finit sur une longue finale où se mêlent citrus et minéralité.
Beau vin.

Les Jardins (Montagny 1er Cru)
Nous goûtons plusieurs pièces (du genre 4 ou 500 l chacune)
1. Joli nez de fleurs blanches, minéral, avec un boisé / épicé assez sensible.
Bouche ample, grasse, à la minéralité marquée.
Très beau volume.
2. Boisé bien mieux digéré. Fleurs blanches, pêche, légère note toastée. Nez élégant et déjà complexe.
Bouche ample, beau volume, équilibre et harmonie. Jolie finale.
Très joli vin s'achèvant sur de légères notes toastées qui le prolongent agréablement.


2014

Le May
Sur une base fleurs blanches / fruits à chair blanche, d'intéressantes notes qui vont flirter vers la brioche.
Bouche ronde, ample, équilibrée avec un agréable fruité. Jolie fraîcheur qui tient et prolonge le tout. Bel équilibre et très joli vin.

Théophanie
Au nez comme en bouche la pêche jaune ressort, accompagnée d'aubépine et de citronnelle.
Très jolie matière ronde et fraîche à la fois. Fleurs blanches et pêche reviennent en bouche. Presque imperceptibles traces d'élevage qui amènent un chouia de complexité en plus.
C'est long et c'est très bon.

Les JardinsMinéralité marquée, avec notes florales, de fruits à chair blanche et de fougère.
Très beau vin ample et frais, à l'agréable aromatique. L'élevage est à peine plus sensible en bouche où il amène un surcroit de volume et une finale qui s'allonge sur de légères notes d'épices douces.
C'est vachement bien ce vin là !



2013
Le May
Tip top ! Très rond, très ample et très équilibré. Fruits à noyaux de belle maturité. Ample, mûr, gras, mais tenu par la fraîcheur qui va bien.
Très beau vin dès maintenant et sur encore de belles années.

Théophanie
Nez plus discret.
Bouche ample et élégante. Vin fin, frais et équilibré.
Une genre de petite chose délicate qui fait dans la dentelle.
Très joli !


Mais y a aussi du rouge chez Charton - Vachet.
Si, si : c'est du rouge.
Du rouge. Je te jure !
(oui : je suis con, mais c'est comme çà que je m'aime)


2014

Cuvée des Henri
Robe brillante et de bonne intensité.
Nez au joli cassis, notes de griotte et d'épices douces.
Rond, frais, friand, déjà plaisant à picoler.
Beau vin de plaisir et de partage.
Après y a eu l'after

Car, comme promis, il y a eu une after : centrée sur le Stabat Mater de Pergolese.
Y a pire.

Bon ... il faut bien qu'à un moment ces choses là soient dites donc voilà : je les dis.
Ce type est insupportable. Une insulte vivante.
Non seulement il fait de super pinards, mais en plus il pétille d'intelligence.
Et, pour couronner le tout, il lit les partoches de Pergolese comme d'autres lisent "Oui oui joue du pipeau".
Donc c'est évident que, histoire de finir de te pousser au suicide, la partoche il te la joue sur différents tempi histoire de répondre à ta question et d'illustrer son propos.



 

Juste au cas où, en plus de la jouer au piano : il la chante, la partoche. Pour que tu comprenne bien que, parfois, le tempo est décidé par les nécessités de la voix.
Au bout d'un moment tu te dis que ça va de soi qu'il te la chante la partoche, et avec un intervalle du genre 192 octaves. Minimum.
Sur les octaves j'exagère peut-être un peu, mais à peine. Vraiment.

Bref le genre de truc qui fait grave déprimer mais d'où tu sors en ayant l'impression que toi aussi t'es intelligent et que la partoche tu pourrais la comprendre.
Ce truc est la raison majeure pour que tu déguste avant et que tu recrache pas tout.
Car quand l'alcoolémie est redescendue tu reviens fatalement à une plus juste appréciation de la situation et de tes capacités musicales.

Après la dépression, y a eu le repas dans un joli restau.
J'en parlerai plus tard.

Puis encore après y a eu plein d'autres trucs sympas avec, au final, le concert dans la cour des Hospices de Beaune.
Et ça aussi j'en parlerai plus tard.

Domaine Charton-Vachet
le Bourg
71390 SAINT-VALLERIN

contact@chartonvachet.fr

mercredi 20 juillet 2016

L'auberge des Isles (Montreuil Bellay)







Forcément, passant à Montreuil-Bellay, si l'on a un tant soit peu de curiosité on s'éloignera des abords immédiats du Château pour aller faire un tour en contre bas, plus près de l'eau, afin de roder dans ce qu'il reste du beau Prieuré Saint Nicolas (Prieuré des Nobis).
Il reste peu de choses, mais le peu qu'il en reste dégage un charme particulier.
J'aime beaucoup cet endroit devant lequel je suis passé par hasard pour, illico, décider d'y faire un arrêt.

Encore une fois : il reste peu de choses, et le peu qui reste est beau, grand, massif, et surtout très aéré.
Un tas de ruines. Mais belles les ruines, un lieu plus que vaguement romantique.

Faut y passer.
Vraiment.




Après, il a commencé à faire un peu faim et je n'avais rien vu dans les environs qui ressemble de près ou de loin à un restau.
Et çà faisait un peu braire.

En désespoir de cause je me préparais à partir et c'est donc là que je suis tombé sur l'Auberge des Isles,
tout près de l'ancienne porte de la ville : à côté de la rivière et à deux pas du Prieuré.





L'endroit étant plaisamment situé et la carte semblant très acceptable je m'y suis donc arrêté pour un repas au bord de l'eau, au milieu du chant des oiseaux.
Riche idée.
Et pas que pour le chant des oiseaux.




Le vin est en BioD, le saumon je sais pas ...



Gravad lax
de belle facture dont la verdure fait écho au cadre environnant ... mais aussi et surtout au saumon (ferme et gouteux). Bel échange avec la texture et le gras du poisson dont la chair est à la fois ferme et fondante. Bel effet tant avec la mélisse (c'était bien de la mélisse ?) qu'avec le raifort.
L'Arcane (2014) de Fosse sèche passe moyen là dessus. Pourtant c'est un joli vin, sur un style légèrement oxydatif. En bouche il y a assez de fraîcheur et de fruité pour équilibrer les notes beurrées et mener au joli et léger amer final, mais sur le gras du poisson c'est un peu too much.






Ensuite vient un Cabillaud rôti, sur lequel l'Arcane fait merveille.

Étonnant (et très agréable) chaud froid entre le poisson et une partie de son accompagnement. L'accompagnement qui, d'ailleurs, fonctionne très bien avec le vin, en particulier l'ananas frais qui y fait un bel écho.
Cuisson impeccable du poisson qui, donc, réveille et révèle le vin.

C'est top tout çà.

Çà a l'air simple mais çà ne l'est pas, çà à l'air bon et çà l'est.
What else ?

Peut-être regretter que la table ait été tellement bancale ? Mais il valait bien mieux que la table soit bancale et que le repas ne le soit pas ! (pas du tout).

Joli choix de vins locaux.
C'est pas si fréquent.


N'hésitez pas à y passer.
Si vous le faites, merci de transmettre mon meilleur souvenir à mon pote le Merle qui a si bien veillé sur le bon déroulement de mon repas.








L'auberge des Isles
312 rue Boelle
49260 Montreuil-Bellay

02 41 50 37 37




Nota sans doute pas totalement inutile mais pas non plus totalement superflu, au vu d'une discussion récente - sur Facebook - à propos de ce billet et de ce que j'y dis sur le vin : c'était au restau avec un vin au verre.
Donc, même si le repas s'est fort bien passé et que j'ai trouvé le vin plaisant, j'ai zéro info et contrôle sur le moment d'ouverture de la bouteille et ses conditions de conservation.
Je donne donc un avis - le mien, personnel et privé et qui n'a donc pas force de Loi - sur un verre donné à un moment donné.
Un verre de vin dont j'ai trouvé le style légèrement oxydatif.
C'est pas un reproche, c'est une opinion. Et cette opinion ne préjuge en rien de ce qu'est le vin ou de ce qu'il aurait été si j'avais pris une quille.
(c'est dingue ce que je peux devenir consensuel et prudent, avec l'âge !)

jeudi 7 juillet 2016

Rozier Morillons : Bordeaux Rosé



Le Rosé de Rozier a-t'il un lien avec l'Abbé Rozier, célèbre écrivain du vin qui a sévi au XVIIIème siècle et a - entre autres ouvrages - écrit un bouquin qui fit date et traitait des vins de Provence  ?
Rien n'est moins sûr.

D'autant que ce Rosé de Rozier est, comme d'autres vins - rouges, blancs secs et liquoreux - lié à Jean-Christophe Crachereau.
Jean-Christophe vit-il comme un Abbé ? Je n'en suis pas sûr et n'envisage pas de lui en demander confirmation.

Jean-Christophe, nous sommes en relations professionnelles depuis quoi ... presque 20 ans.
Il s'occupe des essais organisés chaque année au chai expérimental de la Chambre d'Agriculture de la Gironde. Et tant la préparation que le déroulement et l'exploitation de ces essais, tout se fait de façon réellement exemplaire.
Oui : je fais la version courte.

Je savais, en outre, qu'il fait du vin Jean-Christophe.

Malgré ma curiosité je ne lui ais jamais demandé d'y goûter. Je viens enfin de sauter le pas en lui demandant 12 bouteilles, toutes différentes.

A peine reçues je viens de taper dans la première : Le Rosé de Rozier, un 100% Cabernet sauvignon.






Couleur soutenue, et encore fraîche.

Nez ouvert, frais, aux notes de petits fruits (framboise, fraise, groseille).


Bouche acidulée, sans être stridente car il y a un joli volume en bouche pour équilibrer tout çà.

La framboise ressort en bouche aussi, et prolonge la finale sur la fraîcheur et cette jolie aromatique.
Joli, très joli, vin de soif.







Le seul problème c'est que les bouteilles sont visiblement trop petites.

4.60 € TTC au Domaine.
Alors y a aucune question métaphysique à se poser !









Château Rozier-Morillons
1 Morillon Ouest
33410 DONZAC

jc.crachereau@free.fr










mercredi 6 juillet 2016

En remontant la Loire avec du popcorn sans gluten

Depuis le temps que Sylvain et Leslie devaient venir vider quelques godets, il fallait bien que cela finisse par se faire.
Cela s'est donc fait.
Etait ce avant ou après le meurtre à l'aide de vins en BioD ? Je ne sais plus mais, en tous cas, c'était tout proche.

Au dernier moment j'avais décidé de rester en blanc (plancha de poissons et crustacés oblige) et de leur faire remonter la Loire, à l'aveugle et bien sur sans les en prévenir.



Ils sont mignons alors ils ne sont pas venus les mains vides mais pleine d'un fort beau Champagne millésimé : Mennetrier (2004), majoritairement Chardonnay.
Ils m'avaient précédemment fait goûter le BSA, que j'avais apprécié. Nous sommes donc passés au 2004.

Même combat : beau vin avec un du volume en bouche tenu par une agréable tension et une non moins agréable complexité aromatique depuis le fruité / floral jusqu'aux premières notes amenées par le tout début d'évolution.
Ça se boit vachement bien et c'est bien mieux qu'une mise en bouche !


Ensuite je leur ai donc fait remonter la Loire à l'aveugle, et en commençant en Muscadet.

C'est bien quand c'est toi qui reçois : çà permet de faire le malin en sortant des quilles sur lesquelles tu te gaufrerais à coup sur si on te les faisait goûter.



Beau
terroir "Vallet" (2012) au Château de la Ragotière.C'est du Melon et on est en Muscadet. Une fois que t'as dit çà, tu oublie tous tes prétendus repères sur le secteur et tu peux goûter ce vin.
Aromatique complexe depuis les fruits à noyaux, les agrumes jusqu'à une belle minéralité. Bouche ronde, ample, gourmande où la chair est équilibrée par la fraîcheur. Très minéral en bouche aussi.
Ca n'évoque clairement pas l'image habituelle du Muscadet, c'en est pourtant un, et remarquablement réussi.




On enchaîne chez Benoit Gautier et son Clos la Lanterne (2013).
C'est un infanticide tant ce Vouvray a du potentiel.
N'empêche : potentiel ou pas, il est déjà superbe et çà va être compliqué d'attendre les suivantes !
Fruits secs, poire, brioche, épices douces (gingembre). Silex, bien sur. En bouche c'est mûr, plein, ample, avec une belle sucrosité (même si le vin est sec) et un bon gros équilibre avec le squelette acide qui mène jusqu'à la finale longue et aromatique.
Superbe vin !






C'était ma soirée infanticide des clos puisque dans la foulée je sortais un Clos Paradis (2014).
Une autre très jolie quille par son association des notes minérales, fruitées (citrus) et végétales (noble, le végétal !).
Belle fraîcheur, ampleur, équilibre et élégance en bouche.
Très beau vin là aussi ! Et, là aussi : pas touche à celles qui dorment en cave avant un bon bout de temps.

Pour faire bonne mesure (moins d'une bouteille par personne çà fait pas sérieux) je descendais chercher un autre Vouvray, dans un autre style et un autre millésime : le Silex d'Orfeuilles (2012).J'aime bien passer au Domaine d'Orfeuilles : d'abord on se chatouille sur la biodynamie, le soufre natif, la pétrochimie et toutes autres sortes de figures imposées quand je crois un biodynamiste qui me connait un peu ... puis on se met d'accord sur les vins.
Nez de fruits à noyaux et d'exo, notes de .... silex, bien sur. Bouche tendue, beau squelette acide enrobé d'une chair au beau volume. Belle finale sur la délicatesse.
Le style est différent de celui de Benoit mais on retrouve quand même un air de famille, comme entre deux cousins éloignés.







Le lendemain nous nous retrouvions à Darwin. Pour y prendre une bière.
Ouais, une bière.
Moi même je le crois pas.




Avec la bière on a pris du pop corn. Sympa le pop corn.
Très sympa.
Étiquette un peu fatigante dans la mesure où on nous y annonce fièrement que le pop corn est sans gluten
T'en connais, toi, du maïs avec gluten ? Moi pas.
Donc, bon, l'argument hein ?






Le bon côté est qu'ensuite nous avons rôdé dans le lieu, qui est plaisant.
L'autre bon côté c'est que quand t'es avec des gens que tu connais ils te le montrent.
Alors y a eu quelques vannes sur ma présence (et mon intérêt) devant ce splendide crâne de cerf qui trône sur un mur.
Qui me lit ne serait ce qu'un peu saura de quoi il s'agit.










lundi 4 juillet 2016

Des vins de terrasse, un carambar et quelques gravures



L'invitation à déguster les inclassables lors de la soirée organisée par Terre de Vins le 23 Juin tombait à pic pour re-goûter quelques vins perdus de vue (perdus de palais !) depuis trop longtemps, mais aussi en découvrir d'autres que j'ignorais encore.

Il suffisait d'arriver suffisamment tôt pour échapper à la probable cohue (qui n'a finalement pas eu lieu ... il faut dire que "Bordeaux fête le vin" commençait sur la rive d'en face !)
.


Une fois sur place, d'abord faire un tour du côté du stand du Château Charmail.

Au delà du fait qu'il y a là de forts beaux vins (et un si beau lieu), d'une certaine façon Charmail est le point de départ de mon activité de conseil en Médoc.

La charmille de Charmail

Non pas que j'ai jamais travaillé avec eux en conseil ! C'est plutôt qu'en ce 1er Septembre 2011, alors que je découvrais - professionnellement parlant - le Médoc : je me trouvais dans le Château lorsque la grêle s'est mise à tomber sur Saint Estèphe (en particulier le plateau de Cos) et ses alentours plus ou moins immédiats.
Si les vignes de Charmail furent épargnées, la frayeur n'y a pas été moins forte.


Y a pas de hasard : ce soir là Bernard d'Halluin proposait son 2011 à la dégustation
(ainsi que le 2014) :


Château Charmail (2011)
Déjà très accessible et charmeur par son fruité (mûre / cassis) et ses notes d'élevage.
Bouche fruitée, fraîche et élégante.
Jolis tanins, bien extraits puis enrobés.
Sans sacrifier à la matière et en dépit d'une finale encore austère, c'est un beau vin dès maintenant et sur les années à venir.



Château Charmail (2014)




Là on change de registre avec une concentration supérieure, sans pour autant perdre en équilibre et en élégance.
Beau nez sur le fruit noir et mûr, les épices (poivre), et un élevage déjà bien intégré (le bois neuf est, il est vrai, limité à 25%).
La bouche est ample, ronde, de beau volume. Tanins élégants, bien mûrs et enrobés. De l'harmonie grâce une fraîcheur qui équilibre le vin et mène à une jolie finale aromatique.
Très joli vin à attendre.




C'était 
aussi l'occasion de croiser à nouveau Hervé Romat et de goûter à son vin


Grand Maison (2015)
:
un beau vin porteur de promesses 
qu'il ne lui reste plus qu'à confirmer en profitant de l'élevage en cours.
En l'état : beau fruit, jolie matière dense aux tanins déjà soyeux. Bon équilibre et longueur de bon aloi sur le fruit et déjà quelques notes réglissées.





Château Mauvesin Barton (2011)
Ce vin est lui aussi une sorte de réminiscence du passé, un passé récent dans le charme du parc du Château du Foulon.
D'ailleurs il y a de çà dans ce vin : c'est fin, frais, élégant et plaisant comme l'ont été certaines après midi.
Joli fruit, notes florales, bouche souple, ronde et légère. D'ores et déjà plaisant à boire, quasiment friand.


Château Mauvesin Barton (2012)
Robe sombre, nez de fruits rouges avec un élevage encore bien présent (grillé / vanillé). Bouche équilibrée, aux tanins fins. Longueur de bon aloi, avec l'empyreumatique qui prolonge le vin.
Joli matière, joli vin, mais finale encore raide du fait de la fraîcheur jointe à l'élevage qui durcit la fin de bouche ... comme la majorité des 2012 que j'ai récemment goûtés. Malgré cela : beau fruité / épicé final.
A revoir d'ici un an ou deux, car le vin sera certainement bien mieux en place tant il y a là une jolie matière sur un joli vin, quoiqu'il en soit de cette sensation finale.




Peu avant j'avais goûté un très joli 2001 du Château d'Aiguilhe.
Un vin qui, après un série de 2012 assez austères, m'avait littéralement enchanté.
Du coup je suis venu au stand avec curiosité, d'autant plus qu'il y avait les promesses du 2010 ... mais aussi un 2012 à comparer à ses petits camarades, encore tout frais dans ma mémoire.



Château d'Aiguilhe (2010)
Robe sombre et jeune qui annonce la concentration.
Notes de fruits noirs, d'épices, avec le toasté d'un élevage encore sensible.
Belle matière dense, mais sans dureté grâce aux tanins déjà polis. Jus de cassis. C'est rond, ample et d'une belle longueur. Et c'est à attendre. Longtemps, car çà en vaut la peine.
Gros vin !


Château d'Aiguilhe (2012)

La matière est plus légère que sur le 2010, avec une trame tannique moins dense mais néanmoins de belle qualité. Très beau nez de fruits rouges, fruits noirs, floral et notes épicées que l'on retrouve ensuite en bouche. Tanins suaves puis finale encore un rien austère. A revoir (et certainement à boire avec plaisir) d'ici quelques années.
Beau potentiel.




Château de Côme (2012)
Robe soutenue, nez sur le fruit noir et la prune. Elevage encore sensible.
Bouche ronde, avec un joli fruit.
Vin plaisant, dans un style plutôt accessible grâce à son fruit sa fraîcheur. L'élevage est encore présent, compte tenu de la matière et du style du vin. A revoir d'ici une paire d'années, même si çà se boit bien dès aujourd'hui.



Quelques jours plus tard (oui, je triche) j'ai eu la possibilité de goûter - avec un accord mets et vin inattendu mais pas totalement délirant - à un autre vin du même propriétaire :

Château de Clauzet (2009).
La matière est belle et le vin déjà très plaisant à boire.
Tanins de belle maturité, qui donnent du volume sans dureté. Du fruit, sur un élevage bien géré qui soutient et prolonge le vin sans masquer son expression. Un vin complet, déjà très plaisant et taillé pour la table. Toutefois il va gagner en complexité et en potentiel de plaisir d'ici quelques longues années.
Jolie quille avec un écho rigolo sur le Carambar : pourquoi faudrait-il forcément se prendre le chou pour les accords mets et vins ? (même si je doute reproduire la même expérience si un autre Clauzet 2009 finit sur ma table).



Petit Bocq (2013)
Pas le millésime le plus facile, 2013. On y trouve pourtant de belles réussites et de jolis vins.
Robe dense. Nez de cassis et pivoine. Notes torréfiées.
Bouche ronde, concentrée, charnue et équilibrée. Joli fruité. Finale qui se prolonge sur les épices boisées
. Presque prêt à boire. Beau vin.




Une fois la dégustation finie il ne restait plus qu'à prendre un peu de temps sur l'agréable terrasse de la Banque populaire, sans penser aux vins laissés de côté, pour profiter de la vue (et aussi de la Samba de rue en contrebas. Samba de rue qui était aussi, de toute évidence, une session de Samba pour les sourds et malentendants ...).
Quand ton verre est vide et qu'il est trop tard pour le remplir à nouveau, il ne reste plus qu'à profiter du paysage ...





C'est donc là qu'une voix a retenti pour
me dire :
"mais votre verre est vide !".
Le dit verre se remplissant aussitôt de :










Siran (2010)

Il y a pire remplissage !
Nez fin et élégant sur les petits fruits rouges, les fruits noirs et les épices douces (léger vanillé). Belle maturité.
La bouche est ample, dense et suave avec une matière là aussi élégante et presque aérienne. La finale est déjà en place, longue et élégante (élevage encore un rien sévère).
Jolie quille car on a déjà un vin de plaisir qui est bien en place. Mais il gagnera en complexité si on a la patience de l'attendre encore.
(Merci au généreux donateur !)



Au moment de partir on me remettait le n°40 de Terre de Vins. Riche idée, même si j'aurais bien sûr préféré En Magnum n°4 (un peu d'auto promotion ne peut pas nuire).

Quoiqu'il en soit : si l'intention est louable, il n'en reste pas moins que feuilletant rapidement la revue je tombais, vers la fin, sur un entretien avec Lalou Bize-Leroy.

Dans un autre billet de ce blog j'ai déjà fait état de mes réflexions à propos des déclarations de la dame en question. Je n'y reviens donc pas, j'y reviens d'autant moins que cette interview n'appelle pas grand commentaire ... du moins si j'arrive à faire abstraction de la photo qui l'illustre !



(c) Terre de Vins



Ouaip : en arrière plan on voit toute une série de (belles) gravures qui détaillent le plan de montage d'un remarquable grand pressoir vertical.
C'est très beau.

C'est très beau, mais l'ensemble de ces gravures a été ôté du deuxième tome du passionnant bouquin de Nicolas Bidet : "Traité sur la nature et sur la culture de la vigne", dont la première édition remonte à 1752 (il y en a une seconde dont la date m'échappe).
Et ça me gonfle à un point inimaginable, quand je tombe  au choix sur un bouquin qui a été découpé pour en enlever les gravures ou sur les dites gravures qui ont été enlevées pour être encadrées et accrochées à un mur, comme des trophées.

Là on n'a pas tué telle ou telle bestiole en voie de disparition plus ou moins prononcée, mais "seulement" un beau vieux bouquin au demeurant fort rare.

M'énerve.
Vraiment.

M'énerve car j'aime parfois me donner l'impression que ces bouquins, les collectionnant, je contribue à les sauvegarder.
Même si ce n'est qu'à une échelle infime.


Nicolas Bidet (1752) : "Traité sur la nature et la culture de la vigne" T2.

Enfin, positivons :  cette photo aura au moins eu le mérite de me rappeler que les miennes de gravures, faudrait penser à les restaurer. Au moins celles qui ont cette vilaine déchirure, histoire de m'assurer qu'elle ne grandira pas.


On a tous nos indignations qui au moins pour certaines peuvent sans doute paraître bien insignifiantes aux yeux d'autrui.

M'énerve quand même

Et c'est dommage de finir cette belle soirée sur une telle note ...