samedi 3 septembre 2016

Comme un devoir de mémoire.


J'ai déjà, ici, parlé de la première bouteille.
Bien sur elle n'était pas vraiment la première, elle était mieux que la première : elle était la première à compter. Compter vraiment.
Il y en eut une deuxième, fatalement.
Puis bien d'autres, ensuite.

Mais la deuxième d'abord.


Le lendemain, sur la descente de la première quille, j'allais bosser à Rungis et commençais comme souvent par discuter avec Véronique, la comptable.
Pour répondre à l'habituelle question du genre : "quoi de neuf ?" j'avais, pour une fois, du neuf :

"hier j'ai bu un vin absolument génial !"
"quel vin ?"
"un 1er cru de Puligny Montrachet : le Clos de la Mouchère. De la folie !"
"c'est marrant, je savais pas que tu t'intéressais au vin"

 "à vrai dire je savais pas non plus"


Et nous parlons pinard.
Enfin : elle parle pinard, et moi j'essaie.
Au cours de la discussion elle m'apprend surtout que son chéri s'occupe, entre autres choses, de plusieurs mess de haut vol ... surtout de leurs appros en vins.
Or puisque je m'intéresse au vin elle m'en conseille un, un Saint Emilion Grand Cru, qu'elle m'annonce placé en prix et de belle facture.
Je ne fais pas dans la demi mesure et commande une caisse.

C'est ainsi que j'ai bu mon premier Matras.

Je suis longtemps resté fidèle à Matras, et à quelques autres. Au point d'en venir à une
mémorable dégustation dans la Chapelle qui était alors le chai de Matras.

Puis peu à peu je suis passé à d'autres jus et, pour clore le chapitre, Matras a été vendu à Canon, en 2011.
 

Quelque temps plus tard, rodant dans un super marché (oui, je fais une partie de mes courses dans la grande distribution. Non, merci, je le vis bien et n'ai pas besoin de leçon de morale), je croisais une caisse - entamée - de Matras 2010 qui, visiblement, n'attendait que moi.

La caisse a filé dans ma cave.
Parfois je sors une bouteille, comme un devoir de mémoire.


La dernière était avec Isabelle et Daniel Sériot : leur parlant de mon histoire avec Matras, ils m'avaient appris que la maison de l'autre côté de leur rue était habitée par "le fils Matras".
Il fallait donc bien qu'un jour je leur face goûter ce vin.
Après un beau Clos du Bourg (2007) chez Huet, le genre de vin qui me dit que je bois trop souvent mes blancs alors qu'ils sont encore si jeunes venait Matras que je leur servais à l'aveugle.
Joli ce Matras 2010.
Belle couleur jeune et profonde, nez de fruits noirs, fruits rouges murs, où l'élevage se font bien. Bouche ronde bien que structurée, et à la belle aromatique. Ça finit encore un peu ferme mais joliment. Sans doute ce vin aurait il gagné dès aujourd'hui - et surtout dans 5 ou 10 ans - à avoir une acidité un rien plus marquée. Du coup la garde ne sera peut-être pas aussi longue qu'elle l'aurait pu et dû ?


Matras a donc suivi mon chemin depuis les fruits et légumes de Rungis jusqu'à l'ingénérie de formation et enfin le DNO. Je suis devenu œnologue avec Matras en cave.
Puis j'ai commencé à roder encore plus et j'ai, du coup, délaissé Matras.
J'ai rôdé en bien des endroits.
En Vallée du Rhône par exemple, où j'ai eu le plaisir de croiser Jean-Etienne Guibert qui fut directeur de la Cave de Tain jusqu'au début des années 2000. Et, surtout, un sacré vinificateur de Syrah.
Pourquoi évoquer ce vieux souvenir ?

Parce que je me suis récemment fait héler par une quasi voisine (habiter dans la même rue à 400 m de distance c'est être quasi voisin, je pense).
Aurélia H
, une quasi voisine ... dont j'avais suivi le stage de DNO à la Cave de Tain, au tout début des années 2000.

Ce hasard fut l'occasion d'un autre devoir de mémoire, du genre plaisant, avec cet Hermitage 2000, de la Cave de Tain, vinifié par Jean-Etienne Guibert.A l'ouverture, il est difficile d'abord ce vin car il commence un peu tristounet, un rien fané, pas éteint mais ailleurs.
Pas barré, mais plus vraiment là. Presqu'un fantôme.
Puis peu à peu le vin se met en place, se réveille, et est superbe d'équilibre et de complexité (commençant par les petits fruits rouges pour finir vers le cuir noble). La bouche est pleine, ample, d'un bel équilibre. Jolie finale élégante.
Superbe vin.


Puis, enfin, est venue la clef de voute.
C'était lors d'une superbe soirée à Fontenil. Dany Rolland avait sorti de superbes quilles et je reparlerai de cela dans un prochain billet.
Pour le moment je ne retiens que ce très beau Puligny-Montrachet 1er cru, Les Folatières.
Même si mon premier, "Le Clos de la Mouchère" est sur "Les Perrières", j'aime beaucoup "les Folatières".
Vraiment beaucoup.

Sauf que là le gaillard est de 1985.
1985 ...

Mon premier, le premier, bu en 1992, devait dater des environs de 1985.

C'était un putain de pélerinage que me proposait notre hôtesse et son vin !
Une sacrée surprise, aussi, quand la bouteille et son millésime ont été dévoilés.
30 ans au compteur et toujours en place le jaja ? Sacrée quille !


Le genre de chose qui me donne envie d'en reprendre pour 30 ans de plus ...



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