lundi 26 juin 2017

Primeurs 2016 : Crus Bourgeois


Tiens je n'ai encore rien publié sur les primeurs 2016 ?
C'était la première semaine d'avril et la plaisanterie est donc finie de longue date.
Il n'empêche : je sors mes bouts de papier de mes fonds de sac et m'y lance.
Tout d'abord les Crus Bourgeois, goûtés au Château d'Arsac.

En sachant qu'ici comme pour n'importe quelle dégustation mes commentaires valent ce qu'ils valent ... et ne le valent que pour la bouteille goûtée le jour où elle a été goûtée.
Et ceci sans préjuger de la représentativité de la bouteille : correspond elle à ce que sera l'assemblage final du vin ? comment le vin évoluera t'il et supportera t'il son élevage ?
Bref l'exercice de style est intéressant en ce qu'il permet de se faire une bonne idée de ce qu'est le millésime ... mais ne permet pas nécessairement de préjuger clairement de ce que chaque vin deviendra.




Au Château d'Arsac il y a avait une foule de vins ! Bien plus que je ne peux en déguster sur une séance, même de quelques heures.
Je n'ai donc pas tout goûté ... et parmi ceux que j'ai goûté je ne commente ici que certains d'entre eux. Ceux qui m'ont semblé les plus intéressants au sein de l'échantillon très subjectif.





Château Moulin de Taffard
Belle couleur, à ce stade nez plaisant bien que peu ouvert (fruits noirs, notes empyreumatiques, moka).
En bouche, l'attaque ronde, avec du fruit pour un joli vin facile à boire. Dans un style souple, belle structure avec une sucrosité notable qui fait ressortir la finale encore un peu ferme. Joli vin facile et immédiat, et qui le restera sûrement si l'élevage n'est pas trop poussé.



Château Moulin de Canhaut
Poivron rouge grillé, cassis, jolies notes épicées : le nez est très flatteur.
Bouche ronde, assez souple : on ne retrouve pas - ou moins qu'ailleurs - la tension de la plupart des 2016. La finale est un peu ferme. Joli vin dans un style friand qu'il ne faudra sans doute pas attendre trop longtemps. Mais vu que çà devrait bien se boire ...



Château Tour Prignac
Nez ouvert et fruité, qui annonce une belle maturité. Boisé épicé encore discret.
Belle matière aux tannins rond et soyeux. Beau fruit en bouche, de l'équilibre. Belle finale structurée qui s'achève sur des notes de fruits noirs et de vanille.



Château Blaignan
La matière est jolie, de la mâche et de la souplesse. En bouche, équilibre et finesse. Belle complexité aromatique tant au nez qu'en bouche. Rond, ample et élégant. Beau vin.






Château du Moulin Rouge
Nez de très belle expression : fruits rouges et noirs à maturité, notes florales (violette), un chouia mentholé, avec un boisé qui s'intègre déjà bien.
L'attaque est ronde, suivie d'une jolie matière. Du fruit, un agréable poivron grillé sur de beaux tanins fermes qui mènent à la finale encore austère (la jeunesse des tanins et du boisé ressortent du fait de la fraîcheur de ce vin. Rien de rédhibitoire).
Un de mes vins préférés ce jour là.

Château Malescasse
Nez de cassis et de mûre, notes épicées.
Bouche structurée et profonde, aux tanins enrobés. La fraîcheur du millésime est bien là et mène jusqu'à la finale enlevée.
Y a du vin. Pour autant, pas complètement dans mon style. Mais c'est un autre débat.



Château Larose-Trintaudon
Beau fruit, tant au nez qu'en bouche.
L'attaque est franche, sur une jolie matière aux tanins déjà aimables.  Agréable fraîcheur qui donne un style assez alerte à ce vin.
Une quille qui devrait vite se boire bien, sans que cela porte préjudice à sa capacité de garde.


Château Larose Perganson
A majorité Cabernet, belle densité de la couleur. Nez de fruits noirs (cassis et mûre), pointe épicée / empyreumatique (vanille et réglisse) d'un élevage qui, à ce stade, s'intègre bien au nez.

En bouche les tanins sont fermes, sans être durs. Bel équilibre d'ensemble, pour un vin harmonieux même si, en début d'élevage, les tanins ressortent encore du fait de l'acidité qui équilibre le vin et lui donne son harmonie.
Belle quille qui pourra et devra attendre.


Château Charmail
Nez fumé, réglissé : à ce stade l'élevage est très présent.
La bouche est dense, avec de beaux tanins puissants. En bouche aussi les notes empyreumatiques sont un peu marquées, mais le fruit est aussi là. Équilibre entre le gras et la fraîcheur, bonne trame tannique : de belles perspectives pour ce vin encore sous l'emprise du bois. Beau gros vin !




Château Arnauld
(petite) Majorité de Cabernet (57%) que le nez annonce à maturité (cassis, violette) et soutenu par un bel élevage (notes empyreumatiques un peu marquées à ce stade, épices douces).
En bouche, l'attaque est ronde puis les tanins sont là, présents mais ronds. Déjà du gras et du volume : grosse matière, de la densité sur une bonne trame acide.
Équilibre, puissance et harmonie : c'est un beau gros vin.



Château L'Argilus du Roy
La matière est belle, mais le vin est encore brut de décoffrage : tannins présents mais de bonne maturité, belle matière, agréable fraîcheur. Boisé léger, finale sur la puissance. Tout cela doit et va s'affiner.





Château de Côme
Beau nez aérien qui va du bois précieux à la pivoine, en passant par les fruits noirs. Léger boisé épicé.
Tanins poudrés, belle présence en bouche tenue par la fraîcheur. Belle séquence qui mène à une finale plus ferme où l'on sent poindre le Cabernet. Beau vin friand qui gagnera à être attendu (mais ce sera dur d'attendre).




Château de Clauzet
Le Cabernet s'affirme bellement dès le nez (Poivron grillé, cassis, notes florales). Après l'attaque ferme mais ronde, la bouche est charnue, pleine. Beau fond de vin, en puissance et élégance. L'élevage y est encore sensible. La finale est un rien rustique.



Château Le Crock
Jolie matière : concentration et harmonie. Équilibre.
Encore un beau vin.









Château Plantier Rose
Du volume, de la puissance, avec une belle présence tannique dans un style un rien austère, malgré un beau fruit.
Finale qui resserre sous l'effet de la trame acide. Tannins de qualité, équilibre et puissance : pas d'inquiétude sur le devenir de ce vin.








Le reste est à suivre.
Tôt ou tard.

samedi 24 juin 2017

Mes cantines. Pays Nantais : Au fil des saisons (Vallet)

Je rôde assez régulièrement tout au long de la Loire, et je ne fais qu'y picoler : j'y mange, aussi.
Vers Vallet, tout à côté de Nantes, mon adresse de prédilection est "Au fil des saisons", sur la place centrale.
Au fil des saisons on peut y manger dedans ou dehors. A l'intérieur ou sur la terrasse j'y ai toujours fort bien mangé.
Ce jour là (jeudi dernier) n'a pas fait exception à la règle.



Belle et bonne entrée, fraîche et savoureuse. C'est une agréable et astucieuse association d'avocat et d'ananas.
C'est top, frais et passe très bien avec le Sauvignon de Loire que j'ai choisi parmi les trois (trois !) blancs au verre qui m'ont été proposés.




Le plat est lui aussi tout à fait réussi, avec un poisson à la cuisson parfaite.
Là aussi c'est bon, très bon même.
Si j'ai un reproche à faire c'est que la présentation n'est pas à la hauteur de celle de l'entrée, et surtout pas à la hauteur du produit. Tout est comme posé là, juste posé. Seulement posé. Bon, ceci dit, quand tu manges aussi bien, dans un petit restau "du coin" et que tu en es rendu à dire que la présentation n'est pas à la hauteur de la prestation, franchement ...


Bel et bon dessert du jour, avec ces abricots rôtis qui achèvent le repas sur une savoureuse note de fraîcheur.
Bel et bon, là aussi.










Le repas état tip top, le service des plus agréable et l'addition très raisonnable au vu de l'ensemble : 18.25 € pour l'ensemble entrée / plat / dessert et café, avec en sus 3.5 €
pour un verre de (joli) blanc sec .

Pour finir, je parlerais bien du "Botrytis sans problème de filtration" de JC Villetaz qui trône dans une vitrine locale (et que je braquerais bien volontiers !).

Mais il y a plus intéressant, plus utile aussi : le projet de Pierre Contant (et Charlène). Ils ont un joli projet à Nantes, un projet qui tourne autour du vin mais aussi (mais surtout ?) des alcools. C'est quasiment finalisé là, ils ouvriront bientôt, très bientôt. Et je suis convaincu, après en avoir parlé avec Pierre use avant le repas que je viens d'évoquer, que ce sera vachement bien leur lieu !

C'est quasiment finalisé, et ils vont ouvrir. C'est sur. Mais il leur manque encore quelques ronds pour que le lieu soit encore plus sympa.
Quelques ronds qu'ils sont en train de rassembler par crowdfunding, et çà se passe très exactement là.

Il manque quoi ?
à peine plus de 300 € !
Les contributions commencent a minima : seulement 5 €, et il ne reste plus que 5 jours pour boucler la chose.
Vous savez ce qu'il vous reste à faire ...







vendredi 23 juin 2017

Zugzwang





 Aux échecs, un joueur est dit en zugzwang lorsque la position dans laquelle il se trouve va se dégrader, et ce quel que soit le coup qu'il jouera.
C'est très désagréable d'être en zugzwang, et cela survient en particulier dans les finales de pions, quand les deux Rois sont en opposition.
Un truc sans espoir, le zugzwang puisque la meilleure solution serait de ne pas jouer, or il le faut.

Laurent Baraou
le sait aussi bien que moi, sans doute mieux. Car nous avons l'un et l'autre beaucoup joué aux échecs. Avec des fortunes variables ... et pour ce qui me concerne,  c'étaient plutôt des infortunes.
Des infortunes qu'une réjouissante et très récente victoire, au pied de la Chapelle du Condat, est venue compenser. Au moins en partie, car il n'est sans doute pas si glorieux de planter un joueur de club qui avait probablement passé la journée en désespérantes démonstrations. Mais si je l'ai sans doute un peu pris par surprise, en contre partie je lui avais laissé les blancs et l'ai battu à la loyale, dans la variante classique de la défense française que j'ai tant joué - et si mal - il y a si longtemps.

Quoiqu'il en soit, si avec Laurent Baraou nous ne nous sommes jamais affrontés de part et d'autre d'un échiquier, nous nous sommes trouvés en opposition il y a quelques années de cela, c'était à l'occasion de la sortie de son bouquin : "La face cachée du vin". Et je ne jugerai pas
ici de qui de nous deux s'est le premier, et dans cette opposition là, retrouvé en zugzwang.
Ce livre a en effet marqué mon début de commentateur énervé (et pour certains énervant) sur les réseaux sociaux.
Y avait de quoi commenter faut dire ... et sur ce terrain de l’œnologie (un terrain que je crois mieux connaître que la théorie des ouvertures, ou même des finales) il y a eu de quoi s'entre écharper.


Aussi, après tout ce temps et bien des échanges autrement plus cordiaux, répondre à son invitation à participer à une alter dégustation, en OFF de Vinexpo, avait quand même comme un petit air annonciateur de zugzwang.

J'y suis allé, et c'était à "La Robe".

L'idée, amusante, était de confronter des vins à l'aveugle.
Ces vins allaient par paires revendiquant une couleur et un "style", et étaient associés à un truc à grignoter pour jouer sur tel ou tel accord.
Ensuite, au premier étage du lieu, il était possible de découvrir les vins et - pour la plupart d'entre eux - de rencontrer leurs producteurs.



J'ai fait mon chieur en commençant par les bulles et non pas en finissant par elles, ainsi que le programme le prévoyait.

Duo de bulles servi sur une bouchée de manchego"


Servi en carafe (y a baleine sous caillou) c'est annoncé Champagne et c'est donc déroutant : y a zéro bulle, et on est plutôt sur un joli Chardonnay qui aurait quelques années de bouteille mais en gardant une agréable finale fraîche.
Blanc de blanc Brut Nature (2010). Champagne Charlot.


En contre coup on a l'impression (peut-être n'est ce pas qu'une impression ?) de se prendre des palanquées de bulles !
Notes toastées, sur du fruit. Bulle abondante (mais sans doute est ce en partie dû au contraste avec le précédent ?). En bouche, beaux arômes avec un côté mi miel / mi pomme. Pour amateurs de Champagnes vineux.
Cuvée Louis. Champagne Tarlant.


PS :
c'était l'occasion de croiser à nouveau Pierre Charlot, agréablement rencontré (en vrai) lors du dernier Vinitech.

PPS :
çà tombe bien que son Champagne ait un côté Chardonnay : du Chardonnay y en a.


J'ai, ensuite, repris l'itinéraire balisé
dans le sens prévu :

"Duo de blancs fruités servi sur une bouchée de radis noir"




Joli Sauvignon qui évite la caricature. L'aromatique est plaisante, mais le milieu de bouche un peu plat. Finale agréable par son aromatique.
Au final il s'avère que c'est un Entre 2 mers en 2016. C'est donc une belle réussite sur ce millésime.
Pey Vergès (2016)



Bon, là, çà sent le Riesling de chez Riesling, version hydrocarbure. Mais pas que. Aromatique exemplaire, belle fraîcheur, longue et belle finale. Du gras sans être sucraillon.
Superbe vin.
Ginglinger GC Ollwiller (2013)






"Duo de blancs puissants servi sur une bouchée de crevettes grises"



Belle quille par son aromatique fruitée (fruits à noyaux / exo), florale. Un petit côté confiserie légère. C'est ample, bien équilibré, et s'achève sur une agréable finale dont le léger amer redynamise le tout.
Le Blanc (2016). Turner Pageot.


Exo, floral, léger brioché / épicé. L'attaque est ronde, ample (mais manque peut être un rien de nervosité avec ce milieu de bouche un peu plat ?). La bouche offre elle aussi une belle palette aromatique. La finale est dynamique et permet d'agréablement prolonger le vin aussi bien d'un point de vue aromatique que structurel.
Hocus Pocus (2015). Microcosmos Chai urbain.

PS : c'était l'occasion de croiser Fabienne LV en vrai, et non pas seulement via les réseaux sociaux.


"Duo de rosés servi sur une bouchée de tapenade noire olives & pignons"




Nez de petits fruits, un chouia amylique peut-être, avec ce côté bonbon.
Bouche d'un bon volume, soutenue par une belle acidité. On aimerait que çà dure un peu plus longtemps, avant de s'achever sur le léger amer final qui ne dénote pas.
Gris de Toul. Lelièvre.





Ah, ah, ah : ben vas y, prends moi pour un lapin de garenne de 6 semaines ! Si ce truc est un rosé, alors moi je suis le fils caché de Rudolf Steiner et Johann Wolfgang von Goethe !
Bon, je suis face à un vin orange avec tout ce que j'aime pas dans ce genre d'exercice, depuis les notes d'oxydation profonde jusqu'à cette forte amertume. Je zappe.
Vin orange de Carignan blanc. Le Conte des Floris.





"Duo de rouges fins et fruités servi sur une bouchée de pain aux lardons"


Ça démarrait bien la plaisanterie, malgré un nez un rien animal ... mais çà s'achève sur cette vilaine finale sèche, amère, métallique. Phénols volatils, je le crains.
Je zappe.

Clos de l'Amandaie (2014)




Joli fruité / floral au nez.
Bouche ronde, à la matière agréable. Tanins doux et ronds.
Finale agréable et qui prête à la picole.
Le Marmot (2016). La Brande.
PS : vu que je passe quand même assez souvent chez les Todeschini et qu'ils sont globalement beaucoup plus costauds que moi, je suis relativement soulagé de me rendre compte que cette jolie quille vient de chez eux ...




"Duo de rouges natures servi sur une bouchée de jambon cru ibérico"


Plutôt sympa le pinard. Avec un petit côté étrange et venu d'ailleurs au nez, mais rien de décourageant. Peut-être aussi un poil de menthol, sur un joli fruit.
Bouche bien construite, tanins de qualité. Joli retour aromatique. Dommage qu'il y ait cette finale qui s'achève sur un côté vieux bois.
Ca reste une quille tout ce qu'il y a d'honorable.
Castel Vieilh La Salle (2007)
PS : une fois le vin révélé, je vais ajouter que c'est une quille tout ce qu'il y a d'honorable ... et qui montre une fois de plus qu'en 2007 il y a des jus qu'on boit bien, en moment !

Le nez est un rien douteux mais en bouche çà attaque plutôt bien, sur une jolie matière. Puis rapidement la volatile me gène tant du point de vue aromatique qu'avec cette finale qu'elle contribue à assécher.
Autrement (2014) de Lamery.

Même motif (peut-être un peu moins prononcé) sur la quille du haut.


"Duo de rouges structurés servi sur une bouchée du boudin"


Très beau nez de fruits et d'épices, où le bois est d'ores et déjà intégré malgré la jeunesse affichée dans le verre.
C'est rond, c'est puissant et c'est fort bon. Finale encore austère. Il faut attendre, et çà en vaut la peine.
1901 (2010) du Château Beauséjour
PS : une fois au premier étage j'ai reconnu Pierre, dont j'ignorais la présence ... et donc compris que l'un de ses vins était là. Mais je n'avais pas reconnu ce vin.
PPS : la mauvaise nouvelle c'est que je n'ai pas reconnu ce vin, alors qu'il y en a dans ma cave.
PPPS : ben la bonne nouvelle c'est, justement, qu'il y en a dans ma cave et que je vais donc continuer à l'attendre (surtout les magnums).

Sur la première quille, celle du bas, çà attaque bien puis viennent des notes d'acescence qui me gênent considérablement.
Ensuite, sur la deuxième bouteille - celle du premier étage - il en va tout autrement et le vin se révèle au mieux.
Belle matière, qui donne une bouche dense, ronde, a l'agréable aromatique. C'est rond, déjà accessible, agréablement expressif et j'aime beaucoup (peut être en contre coup de la déception causée par la première bouteille ?).
Pavillon de Taillefer (2014)

PPPS : le mec qui me fera manger du boudin n'est pas encore né.
PPPPS : après vérification c'est bien un 2014 et non pas un 2015 comme je l'avais d'abord écrit (car cela avait été annoncé ainsi)... ne remarquant pas que l'étiquette que j'ai photographiée annonçait 2014 ! ce qui n'a pas échappé à l’œil acéré de Daniel Sériot (merci Daniel).





A la toute fin, au premier étage et étiquette découverte, Jacques Broustet (Lamery) fait goûter ce qu'il annonce être un liquoreux :


Bon, ce truc c'est pas un liquoreux, c'est un OVNI ! ou, à la rigueur, un genre d'exercice de style : 2 millésimes (2001 et 2012) dont le suivant est assemblé à celui qui précède, encore en cours d'élaboration.
2 millésimes, dont chacun - ensemble et séparément - a fermenté comme il a pu jusqu'où il l'a pu, en laissant forcément des sucres vu la richesse initiale. Ici le taux de volatile atteint très probablement des sommets rarement égalés, sans que je trouve çà gênant vu la richesse de l'ensemble.
Autrement dit : je serais bien en peine de définir ce "vin" de quelque façon que ce soit.
Alors juste dire qu'il a un amusant et intéressant côté "écorce d'orange confite" et un équilibre sucre / acide qui tient plutôt bien la route. Même si le nez est assez strange.
Oui : c'est étrange et un rien perturbant - et pas qu'au nez -, mais c'est rigolo à goûter.

En fait, j'aime bien cet Oxymore.
Photo : I Albucher

Et pas seulement parce que c'est le genre de quille qui fait causer avec les yeux qui brillent, quand s'achève une très agréable soirée.








dimanche 21 mai 2017

"La nature apprend à l'homme à nager lorsqu'elle fait couler son bateau"


Il y a quelque temps déjà, un article des Inrocks avait été le support d'un de mes billets. Bien sur l'article en question, signé par Serge Kaganski, traitait de vin.
Enfin, de vin ... il faisait l'éloge du Vinobusiness d'I. Saporta dont j'ai déjà dit par ailleurs tout le mal que j'en pensais (le docu, pas son auteur).
Fatalement, il faisait cet éloge à grand renfort de tout ce que j'aime, genre : les "
gestes artisanaux et anciens de la biodynamie".
Soupir
...

Ben là, rebelote avec le dernier opus d'Alice Feiring, cette fois sous la plume d'Olivier Joyard.

Florilège : 
"Au début des années 2010, parler de vin naturel comme d’une manière nouvelle d’appréhender le goût de nos repas et de nos soirées arrosées suscitait les moqueries condescendantes des gardiens du temple et des amateurs de la barre au front le lendemain matin."

Ben ouais, c'est bien connu : les vins "naturels" ne font pas mal à la tronche. J-a-m-a-i-s.
Et si tu t'enivres c'est sans jamais devenir saoul, dixit Amunategui et Nossiter, les Heckel et Jeckel de la révolution pinardière (sans mal de tronche le lendemain du jour qui chante).
Par contre les méchants Bordeaux de la mort qui tue çà fait très très mal à la tronche, c'est d'une évidence criante.


Ainsi, nous apprenons que :

"Journaliste à la plume acérée, proche d’une tradition américaine du récit ultra documenté, la new-yorkaise se bat pour que soient prises aux sérieux les bouteilles plus punks que les autres, les goûts bizarres et les expressions singulières de vigneron.ne.s engagé.e.s."
"Ultra documenté" ?
La suite de l'article s'annonce donc sous les meilleurs auspices !
Oui, malgré ceci :

"la new-yorkaise se bat pour que soient prises aux sérieux les bouteilles plus punks que les autres, les goûts bizarres et les expressions singulières de vigneron.ne.s engagé.e.s."
Prendre au sérieux les goûts bizarres ?
Comme le disait un ami, sérieux dégustateur, un soir de picole à une buveuse qui chantait les mérites d'un vin fleurant bon la Brett : "t'as le droit d'aimer la merde".
En outre cette bien pensance, ce politiquement correct de l'écrit qui nous inflige de façon
bien lourdingue un vigneron.ne.s en réinventant les règles du français, je ne sais trop si c'est seulement ridicule ou si c'est, en plus, franchement casse couilles.
Ceci dit, chaque vigneron a bien le droit de faire les vins qu'il veut, voire qu'il peut.
De là à se sentir autorisé à nous servir un long pensum traitant de ses raisons et motivations qui seraient, à elles seules, à même de tout justifier ...

Bref, ensuite vient :

"Cela date du début des années 2000."
.../...
"
Et j’ai détesté la majorité de ce que j’ai goûté."

.../...
"Je me suis rendu compte que mon palais sélectionnait d’instinct le vin naturel, sans savoir que c’en était. D’ailleurs, il n’y avait pas de nom pour ça à l’époque."
Et là, avec "détesté", "instinctivement sélectionné", etc ... il devient évident qu'on veut faire dans la nuance ...

Pourtant :

"Mais je me défendais avec des arguments"
Ah ben c'est dommage d'avoir arrêté d'argumenter et, aujourd'hui, de se contenter de dire qu'au début des années 2000 il y eut des arguments.
Un peu la flemme de chercher les arguments de 2000, là ...
Bref y a eu des arguments.
En 2000.
Il y en a semble-t'il tellement eu qu'aujourd'hui on ne perd plus de temps à les énoncer.

 Puis :

"Dans le bordelais aussi, mes interventions n’ont pas été très appréciées. Même si j’ai eu une influence assez importante, je m’exprimais en majorité sur mon blog. Des remarques sexistes ont été faites"
"Des remarques sexistes ont été faites" ?
Diantre.
Bon, nous serons d'accord sur le fait qu'émettre des "remarques sexistes" n'est pas ce qui se fait de mieux en matière de contre argumentation, c'est même plutôt naze.
Il n'en reste pas moins que, franchement, on s'en bat les couilles qu'il y ait eu des remarques sexistes en 2000 !
Ça amène quoi aujourd'hui ? Enfin, à part cette délicieuse - et indispensable - note de victimisation, bien sur !?
Y a pas mieux pour légitimer le discours que de jouer ainsi les Jeanne d'Arc ?
Franchement ...

L'essentiel est visiblement que l'on retienne ce message : le bordelais trafique les vins pour les standardiser et, en plus, il est sexiste.
Le bordelais n'est pas un parangon de vertu. Il parait même que le vase de Soissons a, en fait, été brisé à Bordeaux et que le Titanic a coulé dans le bassin d'Arcachon (ou qu'il s'est éventré sur le ban d'Arguin, va savoir ...).
C'est dire si le bordelais est méprisable (m'en fous : je suis né à Carcassonne et j'ai eu mon diplôme d’œnologue à Toulouse).

Mais vient enfin la question cruciale, celle dont les Heckel et Jeckel évoqués plus haut ont fait leur fonds de commerce :
"Le vin naturel est-il politique ?"
La réponse d'Alice Feiring est magique :

"C’est une question de savoir si le vin naturel est de gauche. Il y a une forme de radicalité dans son approche et ses racines. Certains vont très loin, trop loin peut-être. Mais d’une manière générale, parmi ceux qui aiment ce type de vin, on trouve des personnes qui incarnent la liberté d’une manière très belle. Leur sensibilité penche vers la gauche et c’est assez fascinant. Je ne connais personne avec des opinions politiques progressistes qui aime le vin de Bordeaux ultra manipulé chimiquement."
"c’est assez fascinant"
Voilà, c'est le mot que je cherchais : fascinant.
Fascinant de connerie.
On s'en branle (non c'est pas une remarque sexiste) de ces questions à la con.

Résumons tout de même :
les amateurs de vins de Bordeaux sont donc de vieux réacs sexistes qui se shootent à la chimie lourde.
En revanche les buveurs de vin "nature" sont des êtres sensibles (car de gauche) et progressistes, qui incarnent la liberté de la plus belle des façons.
De toute évidence il s'agit, pour commencer, de leur liberté de débiter une incroyable quantité de conneries à la minute.
Car tout ceci est d'une bêtise abyssale.

Aussi me dispenserai je de commenter la suite de cette compilation absurde.



"La nature apprend à l'homme à nager lorsqu'elle fait couler son bateau."

Un point sur la carte  - Sait Faik Abasiyanik

 


(Avec mes excuses à Olivier Joyard qui m'a fort justement fait remarquer que je lui attribuais le papier de Serge Kaganski qui ouvre ce billet.
J'ai donc rendu à César ce qui est à Jules en corrigeant ce point (sans bien comprendre comment j'ai pu faire cette cagade. Mais je l'ai faite et en suis désolé).

samedi 8 avril 2017

Le poids des mots



Comme à chaque fois j'ai acheté En Magnum avec plaisir : c'est une belle revue.

Une belle revue que je lis avec intérêt, même si je n'en partage pas toutes les positions ce qui, de mon point de vue, participe de son intérêt.
J
e m'en suis parfois fait l'écho, ici par exemple.


Ce matin, je me suis précipité pour acheter le septième opus d'En Magnum ; c'est qu'un billet de Nicolas Lesaint y est annoncé.
Or Nicolas est un vieux pote, un copain de promo en DNO, et surtout un type souvent pertinent.
De surcroit, son papier fait suite à un truc que j'ai initié dans En Magnum 4.






A la lecture, il me semble que ce doux rêve de Nicolas appelle quelques commentaires, quelques rappels aussi.

Des commentaires ? pas seulement par son accroche !
Son accroche ?
Oui : on y lit que "Pierre Guigui s'est élevé".



Or je crois, pour ma part, que Pierre Guigui s'est abaissé.

Décodage
.




Il y a pile poil un an, lorsque Nicolas de Rouyn m'a proposé d'écrire
"Le cosmique de répétition" (mon papier pour En Magnum 4),  le but était de mettre le pied dans la porte et, donc, de faire réagir.

Et des réactions, il y en eut ... jusque dans En Magnum 6 avec ce "Une réponse à André Fuster", signé de Pierre Guigui.


Cette "réponse" me décrit comme celui qui fait : "la description idyllique d'un produit de synthèse". 

En Magnum 6 - Pierre Guigui
A l'en croire je serais : "le porte parole d'un discours" voulant que : "Nous traitons nos vignes le moins possible, avec parcimonie et avec des produits souvent moins dangereux que ceux employés par les bios et biodynamistes".

N'en déplaise à Pierre Guigui, à aucun moment je ne dis ni ne sous entends cela. Comment pourrais je décemment affirmer que les préparations biodynamiques sont dangereuses alors que je m'évertue à dire qu'elles sont sans effet !?

Pas plus que, malgré ce qu'il prétend, je ne dis qu'il faut préférer tel ou tel produit de synthèse au cuivre. 




En Magnum 4 - André Fuster
Je me borne, en effet, à constater que passer d'un produit de synthèse (combiné au cuivre) à l'usage du seul cuivre peut mener à augmenter significativement les tonnages utilisés.
Et que ceci me semble contradictoire avec le "Grenelle" et son objectif de diminution de 50 % de l'utilisation quantitative de produits phytosanitaires. 


Dans mon article, je regrette en effet que cette question soit abordée sous le seul angle quantitatif et dogmatique et non pas qualitatif. Ce qui me faisait écrire :

"Je ne dis pas que c'est bien ou mal de passer au bio et au cuivre, je dis juste que le faire sur des bases seulement quantitatives avec pour corollaire la réduction des tonnages relève de la schizophrénie".

Je trouve en outre extrêmement fâcheux que, lorsqu'il me "cite", Pierre Guigui se permette de "corriger" mes phrases pour les faire coller à ses dires. 



En Magnum 6 - Pierre Guigui
Il m'attribue en effet :
(Passer de) "300 grammes par litre d'améctotradine + 225 grammes par litre de dimétomorphe par hectare et par an à l'utilisation exclusive de cuivre qui exige d'épandre 6 kilos de cuivre par hectare et par an".
Or ce n'est pas ce que j'ai écrit ! (on le constate plus haut, à la simple lecture de la reproduction photographique de cette partie de mon texte).

Non content de sortir cette phrase de son contexte, Pierre Guigui y transforme le co-texte.
En effet, chez Pierre Guigui, mon très modéré "jusqu'à" de "[passer] à l'utilisation exclusive de cuivre exige d'épandre jusqu'à 6 kilos" a disparu.
En revanche un "qui" est apparu.
Ce qui lui permet de me faire un procès d'intention.


Le procédé est indigne.

D'autant plus indigne que je trouve éminemment regrettable sa fidélité à l'adage qui affirme que "qui veut tuer son chien l'accuse d'avoir la rage".

En effet, dans son article à charge Pierre Guigui n'évoque à aucun moment ma conclusion sur le sujet :

"le bio me semble reposer sur une démarche compréhensible, argumentée et, pour tout dire, techniquement et scientifiquement fondée".

Au deà de la publication de ce tissu de mensonges, je trouve d'ailleurs tant décevant qu'inquiétant que, lors des débats qui s'en sont suivis, personne n'ait fait état ni des manipulation linguistiques de Pierre Guigui, ni de la teneur réelle de mon article, en particulier dans ce passage.

Non, restons en donc à Fuster est un anti bio / biodynamie primaire.
Un primate chimiste.
C'est tellement plus simple !



Cette caricature se poursuit quand Pierre Guigui en vient à la partie de mon article consacrée à la biodynamie.

Mon "Le cosmique de répétition" revendique en effet une approche pragmatique en abordant le bio et la biodynamie au travers de leurs pratiques de terrain, donc des produits et préparations utilisés.

Or de cela pas un mot dans la "réponse" de Pierre Guigui ! Car non, ce qui me dérange n'est pas, ainsi qu'il l'écrit, que : "la biodynamie "semble en outre s'attirer la sympathie du grand public"".
Ce qui me dérange c'est plutôt que :
"je trouve détestable toute théorie qui tendrait à valider l'astrologie" lorsque la biodynamie en vient par exemple "aux effet différenciés de la Lune selon qu'elle est en Scorpion plutôt qu'en Verseau". Ce qui me dérange c'est aussi, c'est surtout, que : "au vu de ses pratiques concrètes, j'ai quelques difficultés avec la biodynamie, quand bien même on trouve de forts beaux vins s'en réclamant".

Et ce n'est pas
Pierre Guigui qui me fera changer d'avis quand, tel un évêque qui me dirait que la plupart des prêtres n'ont jamais lu une ligne de la Bible, il écrit : "Il faut savoir que la plupart des biodynamistes n'ont jamais lu une ligne des textes de Steiner".

Car pour évoquer la biodynamie j'ai, pour ma part, lu de nombreuses lignes tant de
Rudolf Steiner, que de Pierre Guigui. Et ce que j'ai lu ne m'a ni plu ni convaincu.


Dans un tout autre registre je viens donc de lire la contribution de mon vieux pote
Nicolas Lesaint.
Cette contribution est comme
Nicolas : sensée, posée et pertinente.
Ce texte, il va de soi que j'en partage l'entame :

"Il est aujourd’hui de bon ton de chercher en permanence à critiquer un avis, une technique de travail, une conviction personnelle ou philosophique en agressant ou caricaturant le propos de l’autre".
Tout comme j'en partage la plupart des développements. Je ne l'es évoquerai pas plus ici : le numéro est en vente depuis peu et se trouve donc dans bien des librairies.

Seulement redire que
Nicolas
est un garçon sensé, réfléchi. Une bonne pâte.
Pas comme moi, quoi (nous en rions assez, parfois, en aparté).

Du texte de Nicolas, je citerai seulement cet extrait :
"Même si pour beaucoup nous ne sommes que des Mad Max de la viticulture, nous savons tous qu’un produit phytosanitaire reste un produit dangereux qu’il soit d’origine naturelle ou pas, et ce même si 50% des français pensent qu’en lutte biologique on ne traite pas son vignoble..."
.../...
"L’information est une fois de plus étirée, déformée pour la montrer comme on veut la voir."


Autrement dit : quand, comme Nicolas, on est un gentil garçon pétri de bonnes intentions on dit qu'il s'agit de désinformation.
Pour ma part je parle au mieux de propagande
et / ou d'ignorance totale des fondements scientifiques et techniques du sujet, le tout se cachant mal sous des mensonges éhontés et un globiboulga consternant.


Il n'y a, finalement, que sur sa conclusion que je ne rejoins pas Nicolas. Quand il écrit :
"Un jour vous vous rencontrerez Pierre et André et j’espère qu’alors vous comprendrez que vous avez à vous deux une partie des solutions qu’il nous faudra développer. Il suffit pour cela d’arriver à s’écouter."

Nicolas, comment peux tu croire que je puisse avoir envie de rencontrer un type qui est capable de mentir avec autant d'aplomb, de déformer à ce point mon propos, de se permettre de me juger avec une telle indécence ?!
En d'autres termes, rencontrer un type qui a tant de fois fait la preuve de son incapacité à participer à un débat un tant soit peu fondé et argumenté ?

Je ne prétends pas avoir de solution, mais j'affirme que lui n'en a pas, tant ses interventions témoignent d'un vide abyssal.

En vertu de quoi je suggère à
Pierre Guigui de s'appliquer à lui même la conclusion de son article dans En Magnum 6 :

En Magnum 6 - Pierre Guigui

et, donc, de se taire.