lundi 9 octobre 2017

Le pain, le vin, la levure et la santé publique.


Mes deux derniers billets sur ce blog sont consacrés au truc qui a fait le buzz vinique de ces derniers jours : une vidéo qui, sous prétexte de défense des vins (dits) naturels s'en prend directement à tout le reste de la production viti vinicole.

Dans ce genre d'exercice, il y a quelques figures imposées dont la revendication de la défense du consommateur contre ces trucs inimaginables 
(en particulier les levures) que les vignerons autres ajoutent à leurs vins au mépris de la santé des dits consommateurs, et son corollaire : l'obligation d'indiquer l'utilisation de ces auxiliaires de vinification.
Certains ont, comme argument ultime, indiqué que lorsque l'on achète du pain on a immédiatement connaissance de la composition du pain en consultant l'étiquette.
Je n'ai, pour ma part, jamais vu l'ombre du soupçon d'une étiquette chez l'un ou l'autre des boulangers me vendant leur production. Des malfaisants ayant des choses à cacher, ça ne fait aucun doute.

Mais cette histoire du pain et des levures est intéressante.
Doublement intéressante !

Elle l'est d'une part du fait de l'aspect culturel et religieux que pain et vin partagent et, d'autre part, grâce à l'écho historique qui est venu me chatouiller les neurones.


XVème siècle
Car pain et de levures, mêlés d'un rien de soupçon, je les ai d'abord croisés chez Olivier de Serres, dans son "Le théâtre de l'agriculture et mesnage des champs", paru en 1600.
C'est au livre VIII ("De l'usage des aliments") que l'on trouve :

"On se sert à Paris de plusieurs sortes de pains, certains faits dans la ville pas les boulangers jurés, d'autres dans les villages d'alentour, d'où il est apporté pour être vendu à chaque marché. Le plain le plus délicat est celui qu'on appelle mollet, et que les boulangers font par tolérance, n'étant pas permis par la police, comme étant de mauvais ménage parce qu'on y dépense trop. Il est communément petit et rond, est fort léger, spongieux et savoureux à cause du sel qu'on y met, qui le rend moins blanc qu'il ne serait sans cela, aucun des autres pains ni de la ville ni des champs n'étant salé.
On apporte des villages voisins diverses sortes de pains en cette ville, dont le plus remarquable est celui de Gonesse. Il est fort blanc et délicat, ne le cédant en rien au mollet s'il est mangé frais, car après un jour il n'est plus agréable.
On apporte des villages voisins diverses sortes de pains en cette ville, dont le plus remarquable est celui de Gonesse. Il est fort blanc et délicat, ne le cédant en rien au mollet s'il est mangé frais, car après un jour il n'est plus agréable."


Du fait de sa blancheur, ce pain blanc, ce petit pain de luxe (que l'on peut considérer comme l'ancêtre de notre baguette)  sera aussi nommé "pain à la Reine" (comme bien d'autres aliments dont la blancheur est censée témoigner de leurs qualités gustative et sanitaire). Il est élaboré à l'aide de levure de bière (on parle alors de "l'écume de bière").

Cet aspect du process sera l'angle d'attaque choisi par les 
boulangers de Gonesse qui, eux, fournissaient un pain blanc à pâte ferme, un pain au levain.
Le point de départ du litige est commercial et ne concerne pas la vente des pains sur les marchés (le domaine réservé des boulangers de Gonesse), mais la vente aux cabaretiers !

Et c'est des cabarets (le Facebook / Tweeter de l'époque) que part la rumeur : le pain blanc à la levure est, du fait même de l'utilisation de levure, un poison lent.

C'est que Gonesse est en concurrence commerciale avec Paris, il importe donc de persuader les parisiens du côté malsain du produit concurrent, et de le faire grâce à la rumeur ... qui naît chez ceux qui sont le plus à même de la propager et qui en seront les premiers bénéficiaires.
Selon PJ Malouin :
«… on attribuait au pain préparé avec de la levure les mauvaises qualités qu’on attribue à la bière, qui sont d’être nuisible aux nerfs et à la tête en général, d’être contraire aux voies urinaires en particulier et même de rendre sujet aux maladies de la peau».


On est alors en 1668, au tout début du règne effectif de Louis XIV.
Et de La Reynie, le Lieutenant de Police de Paris, se saisit de l'affaire.
Selon de La Reynie
la levure : 
«est plus aisée à travailler et à pétrir», mais «peut produire de très mauvais effets lorsqu’elle est un peu défraîchie».
 
Il convoque, chez lui, les représentants de la faculté de Médecine de Paris. Il souhaite obtenir leur avis éclairé à propos de l'effet sur la santé publique de la levure de bière et du "pain à la Reine"
Cet avis est rendu au début de 1668 : 
45 médecins se prononcent contre l'utilisation de l'écume de bière, alors que 30 sont pour.
Dans la bouche de Guy Patin, doyen des médecins et anti levure véhément : 
«La mort volait sur les ailes du pain mollet»

A propos de l'avis des médecins, on trouve chez PJ Malouin :
«Mais cette décision ne fut pas regardée comme un jugement authentique de la Faculté, parce qu’il ne fut pas porté et confirmé suivant l’usage de cette Compagnie, dans trois de ces assemblées convoquées pour cela. La seule assemblée où il en fut question et où l’usage de la levure fut condamné, n’avait pas même été convoquée pour cette affaire»


Le Parlement se saisit alors de l'affaire et demande l'avis d'un comité composé pour moitié de spécialistes (donc médecins) et pour l'autre moitié de notables non spécialistes, mais associant âge avancé et expérience (vu d'aujourd'hui on peut s'interroger sur les connaissances réelles des médecins "spécialistes").
Lors de ces assises du pain (le 3 janvier 1669), si quatre des 6 médecins s'opposent à la levure en confirmant l'avis de la Faculté, les notables voient la chose d'un autre œil, en quelque sorte : laissez faire, le consommateur choisira.
Primauté aux scientifiques menés par G Patin : l'avis rendu dit encore une fois 
non à la levure et à son pain.
Il faut dire que Patin ne fait pas dans la nuance :

"notre sentiment touchant la levure ou écume de bière que les  boulangers de Paris mettent dans leur pain depuis le commencement du siècle courant, estimons que non seulement elle n'est ni utile ni nécessaire pour faire du pain, mais même si on la considère tant en soi que pour ses effets, elle blesse la santé et est préjudiciable au corps humain"
ou bien encore :
"dire, comme ceux qui la défendent, qu'on n'a vu aucune personne qui soit morte ou tombée sur le champ malade pour avoir mangé de ce pain n'est pas un bon moyen pour l'affranchir des blâmes dont on le charge. Il en est comme du sucre affiné avec la chaux et de l'alun, des viandes dures salées, poivrées et épicées, et des vins où l'on jette de la chaux, de la colle de poisson ou d'autres choses de soi-même mauvaises, que les hommes qui ont soin de leur santé évitent, quoiqu'aucune de ces choses ne fasse perdre la vie, ni la santé le jour même où on la prend"
Chez Patin on trouve déjà (dès le 17ème siècle !), cette méfiance envers la colle de poisson cet additif suspect dénoncé par A. Iommi Amunategui dans sa vidéo caricaturale.
En outre, pour Patin la levure est également un additif suspect. Un additif dont la dangerosité ne peut être prouvée mais contre ce danger, même hypothétique, il faut se protéger !
Patin est un lanceur d'alerte et un défenseur des produits naturels, traditionnels, non additionnés d'éléments modernes autant que suspects.
Dans la foulée La Reynie interdit le pain à la levure.
 

Cependant, en 1670 le Parlement rend un  arrêt contraire en permettant, sous conditions, l'utilisation de la levure :
«faisant défense d'en employer d'autres que celle qui se fait dans cette ville de Paris, fraîche et non corrompue». 

Les défenseurs de la levure l'ont emporté avec quelques solides arguments de bon sens. Des arguments dont on trouve trace dans les limites imposées par les juges : la levure n'est pas dangereuse par elle même, tout dépend de la façon dont elle est fabriquée et transportée.
On aura donc désormais obligatoirement recours à de la levure parisienne, locale et fraîche, et non pas à de la levure importée on ne sait trop comment de Flandre.

Il y a dans cette histoire quelques enseignements et quelques échos que je trouve particulièrement réjouissants.
Chacun en fera ce qu'il voudra ou pourra selon ce que sont ses convictions. Mais, quelles que soient ces convictions, sur ce sujet de l'affaire des "pains à la Reine", et sur bien d'autres : il faut lire le passionnant livre de Madeleine Ferrières : "Histoire des peurs alimentaires. Du Moyen-Age à l'aube du XXème siècle".





vendredi 6 octobre 2017

Un verre de pesticides ? non, juste un doigt.


Rappel des épisodes précédents :


1. une vidéo est postée par L'Obs, on y voit et - surtout - on y entend A. Iommi-Amunategui nous expliquer sa vision du vin.
Le titre du truc c'est : 
"Le vin normal contient 12 pesticides. Le vin naturel aucun"
ensuite vient le pitch
"votre bouteille de vin renferme un cocktail de pesticides. Mais aussi jusqu'à 70 additifs chimiques. La solution pour boire un vin encore meilleur et sain ? Le vin naturel, nous explique Antonin Iommi-Amunategui dans cette tribune vidéo."
Bien formaté pour générer du clic.
Et ça en génère.
Normal.
La routine.


2. Ça fait du clic, donc ça fait réagir.
Diversement.
De nombreuses réaction positives, d'autres - nombreuses aussi - de désapprobation plus ou moins marquée.
Si vous êtes là vous avez dû lire la mienne, sinon elle est là.
Dans un genre différent on pourra (on devra) lire celle de Nicolas Lesaint. Ça se passe sur son blog, juste là.
Y en a d'autres qui s'expriment diversement (et de façon souvent discutable). Passons.


3. AIA choisit de répondre, sur son compte Facebook.
Avec une grande élégance.
Que nous dit il ?
Que puis je en dire ?

"Donc, comme je suis malhonnête, confus, intéressé, j'en passe et des bien pires, je vais revenir sur 2-3 points/chiffres qui apparaissent dans [la] video"
et il achève par ceci :
"Merci à tous les défenseurs, actifs ou passifs, de ce modèle mortifère de venir m'expliquer en quoi il faudrait une seconde de plus poursuivre dans cette direction. Et ne pas plutôt, tou-te-s ensemble, gueuler vive le vin bio et naturel. Allez, j'attends. (Et je dégaine immédiatement un doigt, en guise de réponse à toute insulte ou assimilée.)"

J'imagine que ce qui suit sera interprété comme la tentative de défense d'un système mortifère.
Si demander un débat qui ait un minimum de tenue, sur des bases raisonnables et sans effet de manche (ni vidéo consternante) est défendre un système mortifère, alors sans doute suis je le défenseur d'un système mortifère.


Qu'y a-t'il dans cette réponse en forme de provoc puérile ?
"*70 additifs œnologiques* ; oui c'est l'arsenal dans lequel le viticulteur conventionnel peut puiser pour fabriquer son produit"

Ça tombe bien : dans mon précédent billet je le mettais au défi de citer le détail de ce qu'il annonçait : les "70 produits œnologiques additifs chimiques".
Là il commence par nous mettre un lien vers le site de l'IFV et son outil d'évaluation des pratiques œnologiques bio.

Bon, le mec qui affirme un truc et qui, en substance, te dit ensuite : "vas y gars je te mets un lien démerdes toi", perso je trouve ça magique.
Pour enfoncer le clou il ajoute :
"Certaines sources évoquent 300 pratiques et traitements œnologiques autorisés ; avec mes 70 je suis en fait très gentil."
Forcément on a un lien pour appuyer tout çà (qui n'est plus  : "70 produits œnologiques additifs chimiques" mais est devenu "des pratiques et traitements œnologiques autorisés".
Ah, les joies de la sémantique ...

Bon, allez, le lien c'est le dico du vin et ça fait envie non ?
Donc, selon le "dico du vin", quels sont les 300 (ou les 70 ?) produits œnologiques additifs chimiques ?

Ça commence très très fort :
"Produits chimiques (autorisés dans le vin) :
outre les levures exogènes chimiques à tous les arômes, de la framboise au cassis (il en existe plus de 200), quelque 300 pratiques et traitements œnologiques sont autorisés au niveau communautaire européen, chaque pays ayant également sa propre liste complémentaire.
"

Comment te dire ...
La levure fermentaire, Saccharomyces cerevisiae, est une levure. Un organisme vivant. Une bestiole. Ça bouge (pas trop en fait), ça fait des trucs, et puis aussi ça fermente les sucres. Ça fonctionne selon des principes super cool que j'explique dans les billets supra cools dont je donne les liens dans ma première réponse à AIA ... qui n'a donc pas dû me lire et qui a visiblement eu grand tort.
Parce que s'il m'avait lu il se serait (peut-être) pas ridiculisé avec son lien vers le dico du vin : Saccharomyces cerevisiae, depuis Pasteur (çà fait juste 1 siècle et demi) on sait que c'est pas de la chimie.
En outre aucune a-u-c-u-n-e Saccharomyces cerevisiae n'est jamais j-a-m-a-i-s aromatisée. Toutes (t-o-u-t-e-s puisque de ce point de vue là indigènes ou sélectionnées c'est pareil : les sélectionnées étaient des indigènes avant leur sélection !) peuvent, selon ce qu'elles sont et les conditions dans lesquelles elles se trouvent, être plus ou moins aromatiques. Aromatiques, pas aromatisées. Et ça n'a rien à voir : elles peuvent révéler ou produire certaines molécules aromatiques mais ne sont pas aromatisées (à ce stade pour en savoir plus il faut aller sur mes billets levures évoqués plus haut).
En revanche la levure chimique, ben en fait c'est pas une levure.
La levure chimique, là c'est bien de la vilaine chimie de la mort qui tue : du bicarbonate de sodium et un acide. Avec çà tu peux faire lever tes gâteaux parce que quand tu mets de l'eau il y a une réaction acide / base qui dégage du gaz carbonique (pardon : de l'anhydride carbonique. Bouge pas je reviens de suite sur l'anhydride carbonique).
Je déconseille de mettre de la levure chimique dans un moût. Mais tu fais comme tu sens hein ?
T'en veux un lien sur les levures ?
En voici un.
Là t'as les levures œnologiques commercialisées en France et ce qu'elles font.
Quelques limites au truc (pardon Marion), car y a toujours au moins une limite au truc mais on en parle quand vous voulez (en résumé : 1. c'est du déclaratif, et des marques commerciales. Il n'est donc pas impossible qu'il y ait des doublons. 2. la levure c'est pas un boulon de 12 : son comportement dépend des conditions dans lesquelles elle se trouve. Les arômes et plein d'autres trucs c'est jamais totalement garanti).
Renée Boisson (Sicarex Beaujolais) avait aussi, en son temps, sorti un gros machin velu sur le même sujet, je ne sais pas si c'est encore consultable.

Donc dans le lien dico du vin y a : anhydride carbonique
Gaz carbonique quoi.
OK : c'est chimique, le gaz carbonique (quand on dit anhydride carbonique c'est vachement plus anxiogène, alors moi je préfère dire gaz carbonique).
Cependant, la levure (la vraie, celle qui fermente) quand elle fermente les sucres elle produit essentiellement de l'alcool et ... du gaz carbonique. De l'anhydride carbonique.
Attends ... oui, ça me revient : AIA dans sa vidéo il nous dit :
"Le vin naturel c'est l'inverse, vous l'ouvrez : ah ça pétille un peu"
Le truc qui pétille, ce serait pas de l'anhydride carbonique, ce sale truc chimique !?
produit par des levures en plus ?
Selon AIA et le Dico du vin il y a de la chimie dans le vin nature !?
Ça craint salement je trouve. Sur les étiquettes faut mettre : "contient de l'anhydride carbonique".
Informer le consommateur, tout ça.

Bon, on va pas y passer la nuit : faut encore que je fasse rentrer les poules. Oui j'ai deux poules : Roule, ma poule et aussi la poule ovaire. C'est naturel : la poule étant un animal social, seule elle s'emmerderait gravement.
La nuit les poules ça s'abrite, moi j'écris sur mon blog. Des fois c'est incompatible.

Tir groupé pour gagner du temps :
"acétate de plomb, bromure mercurique, chlorure stanneux, iodure de potassium, acide nitrique, acide sulfurique, zinc platiné, zinc pur, acide borique, ..."
Magique.
Bon chimie hein ?
Du lourd.
Le seul petit problème est que ce ne sont pas des ... comment dit il ?
Ah oui : "produits œnologiques additifs chimiques".
Non, là, c'est plutôt du produit de nettoyage ou des réactifs chimiques pour les labos. Genre ceux qui permettent de savoir combien y a de soufre dans ton vin.
Bon remarque y a une certaine cohérence, y veut pas de soufre dans le vin, donc y veut pas non plus de thiosulfate de sodium, d'acide sulfurique ou d'iodure de potassium qui permettent de le doser, dans les labos.
Incidemment on notera que personne ne penserait à mettre ça dans le vin. C'est donc chimique mais ça n'a jamais été des additifs œnologiques.

Passons sur caséinealbumine d’œuf ou colle de poisson déjà évoquées dans mon précédent billet. Ce ne sont pas des additifs et ce n'est pas chimique
.

Je te sens couiner, oh lecteur pas convaincu : arrête de suite steuplait. Tu couines parce que tu penses que je pinaille ?
Que nenni, je ne pinaille pas : je m'intéresse au sens des mots.
Les mots ont un sens, et notre ami utilise sciemment des mots avec un sens qui n'est pas le leur.
Le repoussoir "chimique", ça sent le soufre.

Sans doute est ce pour cette odeur de soufre qu'il ose ceci :
"Et tiens, rien de tout ça n'a à paraître sur l'étiquette, sauf la mention "contient des sulfites" (sans préciser combien, sinon c'est pas drôle) et, depuis quelques années, une mention liée à certains allergènes (très peu respectée, cela dit, d'après ce que je peux en voir)."
Ça sort d'où ce "très peu respectée d'après ce que je peux voir" ?
Tu bosses aux fraudes garçon ?
Ou alors t'as un autre lien internet de la mort qui tue qui dit (et de préférence prouve) ce genre de chose ?
Une vidéo peut-être ?
Sans déconner ...
C'est quoi cette nouvelle insinuation à deux balles !?
Moi de ce que j'en ai vu (parait que j'ai un peu bossé dans un labo qui vérifiait ce genre de plaisanterie) c'est tout à fait respecté.
On fait quoi maintenant on la joue à Chifoumi ?

Sinon dans la liste y a aussi les bactéries qui ne sont pas chimiques et qui, elles non plus, n'aiment pas le soufre. Il les tue le soufre. Tu te souviens ? le soufre c'est un truc en -cide.
Puis la thiamine (ou le chlorhydrate de thiamine, c'est exactement la même chose donc ça ne fait pas 2 produits, mais 1 seul) : c'est la vitamine B1, un truc essentiel au développement de la levure (celle qui fermente). On doit pouvoir considérer que c'est chimique (mais c'est bouffé par la levure, donc de là à dire que c'est un additif au vin ...).
Trop drôle : la thiamine est un hétérocycle, relié par un pont méthyle ... qui est détruit par le soufre.
La thiamine aime pas le soufre ? alors c'est de la chimie, mais elle est plutôt gentille pour de la chimie
(J'arrive à faire simple, voire simpliste, alors je pense faire des vidéos, bientôt).

Bien sur, y a le soufre - un (vilain) produit œnologique additif chimique - dans la liste. Il y est sous une forme ou une autre : anhydride sulfureuxbisulfite d’ammoniumbisulfite de potassiummétabisulfite de potassium.
OK : additif chimique.
Je compte 1 additif, je suppose qu'il doit compter 4.
Au moins 4.
Passons sur le soufre, ça devient chiant, là.

Alors quoi : phosphatesulfate diammoniquesulfate d’ammoniumsels d’ammonium, ammoniaque ?
Tout ça c'est tout pareil : de l'azote ammoniacal. Minéral si tu préfère. Chimique, pour faire plaisir à notre ami.
Ce truc, pour les levures c'est comme les patates pour nous : ça la leur file, la patate.
Car si elles en manquent elles meurent et la fermentation s'arrête, et c'est toujours un peu gênant une fermentation qui s'arrête avant la fin.
Si t'es en bio t'as droit qu'au Phosphate.
A l'époque où j'étais un mec sérieux qui perdait pas son temps à traiter de causes perdues sur son blog je m'étais intéressé au truc. Une partie se passe juste là.
Retenons juste que les levures le consomment, et en profitent pour se multiplier (elle transforment le minéral en matière vivante, elles sont fortes les levures), et aussi pour faire divers trucs donc des arômes (selon ce qu'on file à bouffer aux levures on peut arriver à orienter leur métabolisme en général et aromatique en particulier. Mais ça ne les rend toujours pas aromatisées).

Bon, on va pas y passer la nuit ...
Donc quelques remarques avant d'aller au lit :

- le pinard, la vinification, les produits œnologiques, tout ça, je veux bien en causer. Pas de souci.
Mais faudrait juste être sérieux deux minutes et arrêter de balancer des chiffres à la con juste parce qu'on les a lus sur la liste à la con d'un site à la con.
Puis aussi se poser la question des additifs (ce que l'on ajoute au moût ou au vin et qui fera partie intégrante du vin) et des auxiliaires (ce qui intervient dans la vinification - les levures par exemple - mais ne se retrouve pas dans le vin).
Si on pouvait, alors, éviter les ridicules effets d'annonce juste pour faire du buzz, ce serait vraiment reposant.

- sur ces bases là, une fois qu'on saura à peu près de quoi on cause, on devrait pouvoir se poser la question de ce qui peut ou doit ou devrait être étiqueté.
Moi, sur le sujet : y a des trucs qui me chiffonnent, mais qui semblent normales à d'autres.
Ça aussi on peut en causer.
Exemple : il faudrait indiquer la présence des additifs sur l'étiquette ?
Parmi les additifs (pas forcément chimiques hein ?) il y en a qui sont naturellement présents dans le vin : tanins, acide tartrique, ... 
Ce sont des additifs car on peut en ajouter au vin. C'est pas obligatoire ni systématique mais on peut.
Mais ce sont aussi des constituants naturels du raisin et du vin.
Si je comprends bien : quand on en ajoute on devrait indiquer leur présence parmi les ingrédients à étiqueter. En revanche, si on n'en ajoute pas il n'est pas utile d'indiquer qu'il y en a dans le vin (pourtant il y en a).
Et on me dit que dans ces conditions on informe le consommateur ?
J'avoue ne pas comprendre cette logique d'information qui demanderait de donner une partie de la recette, mais pas la composition. Mais ni tout le temps, ni par tout le monde.

On pourrait aussi causer des pesticides.
"*99% des vins conventionnels contiennent des résidus de pesticides* ; oui, c'est un fait -- un fait -- prouvé notamment par une enquête du magazine "Que Choisir" en 2013, qui le démontre (le taux de contamination était même de 100% dans leur enquête)"
Comment te dire : c'est pas 100 % des vins, c'est 100 % des vins testés.
Faut voir comment l'échantillon 
a été choisi.
Je te dis pas que c'est normal que ces vins soient contaminés. Je te dis juste que comme tout résultat ce qui importe avant tout c'est le protocole qui a permis de l'obtenir. Puis je te dis aussi que l'on doit s'interroger sur les valeurs obtenues et leur signification.
Et je te dis enfin que balancer des trucs en vrac c'est naze.
Tiens si on allait voir à la source, de préférence en prenant du recul ?
Ça se passe là.

Sinon, les compsosés réellement toxiques on s'en tamponne le coquillard avec une patte d'alligator femelle ?Il est donc vital de signaler un levurage, mais l'ochratoxine A, le carbamate d'éthyle, l'éthanal ou les amines biogènes on s'en cogne ? Pas besoin d'informer qui que ce soit ?
Ben ouais : tout ça c'est naturel et naturellement présent dans le vin, je suis con (y a des additifs qui permettent de lutter contre ça, d'ailleurs).



Bon, allez, ça ira bien comme ça (le glyphosate on verra plus tard. Ou pas).
Non, juste un dernier truc :
tu sais où tu peux te le mettre, ton doigt ?




lundi 2 octobre 2017

12 pesticides


"le vin normal contient 12 pesticides.

Le vin naturel aucun"
C'est l'accroche de la vidéo que Nicolas m'a fait suivre.
Et il a bien fait, car c'est vrai que ça fait salement envie ce genre de pignolade.

La vidéo, on la trouvera en suivant ce lien.
La vidéo et, bien sur, son texte d'accroche.



Car au delà du titre, le texte introductif donne le ton :

"votre bouteille de vin renferme un cocktail de pesticides. Mais aussi jusqu'à 70 additifs chimiques. La solution pour boire un vin encore meilleur et sain ? Le vin naturel, nous explique Antonin Iommi-Amunategui dans cette tribune vidéo"

Déjà, commencer par le titre.
Donc :

"le vin normal contient 12 pesticides.
Le vin naturel aucun"
C'est très con, et probablement diffamatoire.
Très con et probablement diffamatoire car j'imagine qu'à la lecture, le lecteur lambda comprendra comme moi que soit on boit un vin (dit) naturel, donc exempt de cochonneries, soit on boit un vin qui n'est pas (dit) naturel et que de facto ce vin contient donc 12 pesticides.
Même avec la meilleure volonté du monde, je ne vois aucune autre façon de comprendre ces deux phrases catastrophiques.

Une fois la piteuse mise en bouche passée, quelles sont les explications d'Antonin Iommi-Amunategui que l'on nous annonce ?

Revue de détail :

"Quand vous ouvrez une bouteille de vin conventionnel, vous risquez de boire un cocktail de 12 pesticides. Vous ouvrez une bouteille de vin naturel, vous allez boire un vin sans camisole chimique qui va danser dans votre verre, qui va danser dans votre bouche, et qui va vous réjouir."



Je préfère en rire.
En rire jusqu'au "cocktail de 12 pesticides" sur lequel je reviendrai plus tard.

Reste la "camisole chimique".
Est ce à dire que la présence de pesticides - à supposer qu'il y en ait - est à même de transformer le goût du vin ? Que les pesticides transforment l'approche sensorielle ?
GE Séralini avait essayé de démontrer un truc du genre et c'était pitoyable.
J'en parlais dans un billet qui commence à dater un peu.
Il y eut aussi, dans la RVF, la mascarade des "Beaujolais au goût d'ananas conféré par le désherbage chimique", et j'en parlais dans un autre billet.

Bref, jusqu'à preuve du contraire ce truc relève du foutage de gueule.
Mais si quelqu'un a un travail digne de ce nom à m'opposer, je suis preneur.

Voilà pour la camisole chimique imposée par les pesticides.
Mais qu'en est il de la présence des pesticides dans le vin ?


"dans 100% des vins conventionnels, allez 99% parce qu'il y aura quelqu'un qui va trouver une exception, on trouve notamment des résidus de pesticides.
Les pesticides ce sont des poisons, c'est toxique. Pesticide, c'est pour tuer"

Je suis au regret de vous informer du fait qu'il y a des traces de pesticides dans 100% des vins, et ce quel que soit leur mode d'élaboration.
Ben oui : le cuivre est un pesticide. Un truc qui tue quoi (ouais : la dose on s'en branle, faut juste retenir que les pesticides ça tue).
Or du cuivre il y en a dans tous les vins.
A tel point que l'on peut à bon droit considérer que le vin contribue significativement à l'apport de cuivre dans l'alimentation humaine (besoins en cuivre de l'ordre de 1.5 à 2 mg par personne et par jour pour une teneur variant le plus souvent de 0.5 à 1 mg de cuivre par litre de vin).

Autrement dit : le mantra des pesticides ça va bien deux minutes, pas plus !
Cette question mérite d'être abordée, mais pas au moyen de ce globiboulga grotesque !

Car il est vrai qu'il y a plein de pesticides salement plus -cides que ce bon vieux cuivre.

Comment sont ils évoqués ?
"Un magazine comme "Que Choisir" a fait une enquête il y a 2 - 3 ans qui a révélé que, voilà, on pouvait trouver des cocktails de 10 - 11 - 12 pesticides dans une seule bouteille de vin, y compris des pesticides interdits en France."



Ouais : l'UFC a fait cette étude.
D'ailleurs j'en parlais aussi sur ce blog, ça se passait là et je répondais déjà à AIA (un bon client).

L'étude de l'UFC se penche en particulier sur le cas de Mouton Cadet, soit 14 millions de cols dans le monde en 2012.
Une paille.
Et les analyses y trouvent trace de pas moins de 14 pesticides différents.
Pas de jaloux : il y en avait 9 dans une bouteille d'un autre gros faiseur : Baron de Lestac.
J'avoue ne pas me souvenir avoir goûté à l'un ou l'autre de ces vins et ne me prononcerai donc pas sur leur qualité réelle ou supposée, ni sur leur rapport Qualité / Prix.
Ce n'est de toutes façons pas le sujet.

Respectivement 14 et 9 pesticides différents ?

A partir de ces chiffres deux options :
- hurler au scandale et à l'empoisonnement des consommateurs par ces vignerons qui arrosent leurs vignes de monstrueux cocktails de pesticides,
ou
- se demander pourquoi ?

Pour ma part, il me semble que l'on comprendra sans peine que, pour de tels volumes de vins, il y a forcément assemblage de la production d'un grand nombre de fournisseurs - de vignerons - qui sont implantés sur des secteurs différents et soit
y sont confrontés à des problématiques différentes, soit y répondent à une même problématique de diverses façons.
Dès lors, rien de plus normal à ce que l'assemblage des vins de cette foultitude de producteurs témoigne de la variabilité de leurs choix, avec pour résultat une forte variabilité de la nature des éventuels résidus.
Dont on trouve trace dans le produit final.

Restera bien sur à se poser la question de leurs doses respectives et, évidemment, de la façon de réguler et contrôler le bouzin, s'il s'avère qu'il a besoin de l'être.
Mais là dessus notre "informateur" est silencieux.
Faut dire que c'est pas vendeur.
Pourtant sans doute y a t il là une vraie question.

Mais, encre une fois, c'est beaucoup moins vendeur que l'évocation de : "
pesticides interdits en France".
Là aussi on n'informe ni ne nuance, on assène.
Bien sur çà fout les jetons de savoir qu'il y a, dans le vin, des "pesticides interdits".
De quoi s'agit il ?
De la carbendazime.

Pourquoi ce produit dans un vin ?
Deux options : soit il y a eu utilisation de carbendazime (et c'est pas cool), soit il y a eu utilisation de thiophanate-méthyl, un produit autorisé ... qui se dégrade en carbendazime.
Et bien malin qui sait expliquer la présence de carbendazime par l'une ou l'autre option.
Moi j'en suis incapable.
Je me garderai donc bien de hurler au scandale (qui existe peut-être ? ou pas).
Mais ça aussi c'est pas vendeur.

On enchaîne :
"ce sont des vins qui sont faits avec tout ce qu'on a le droit de mettre dans le vin. C'est à dire environ 70 produits œnologiques additifs intrants chimiques."
Vas y garçon, je suis prêt : tu nous les liste les 70 produits œnologiques additifs intrants chimiques.
Attention hein ?

Il m'en faut 70 !

Et ils faut que ce soient des PRODUITS ŒNOLOGIQUES ADDITIFS INTRANTS CHIMIQUES.

Prends ton temps je suis patient, d'autant que je crains que tu n'aie un peu de mal.

C'est le problème majeur quand on tient absolument à associer les mots clefs anxiogènes.

Mais il nous en cite quelques uns, autant s'y intéresser aussi :

"Il y a tout, il y en a pour coller, donc de la colle de poisson, de l’œuf. Tout ce qu'on trouve, en général, qui est interdit pour les allergènes on peut le trouver dans le vin. Sauf qu'on ne le sait pas parce que l'étiquette d'une bouteille de vin n'est pas obligée de mentionner tous ces produits utilisés.
La seule chose qui doit être mentionnée ce sont les sulfites. Sans dire combien. 10 mg/l ou 400 dans certains vins."

Plusieurs remarques :
- il n'échappera à personne qu’œuf et poisson ne sont pas chimiques mais biologiques. Et ce n'est pas qu'un détail de langage ou une approximation de plus.
- il faudra être un peu plus au point côté pinard pour savoir qu’œuf et poisson ne sont pas des additifs mais des auxiliaires. Donc pas des produits que l'on ajoute au vin mais plutôt des produits qui sont utilisés dans le cadre de la vinification ... puis qui sont éliminés au cours de cette élaboration. Ce ne sont donc pas des additifs puisqu'ils ne sont pas présents dans le produit final.
- le niveau ultime est réglementaire et notre ami, qui a librement choisi ses exemples (poisson et œuf), nous montre (au choix) son ignorance crasse ou sa profonde malhonnêteté.

"
Tout ce qu'on trouve, en général, qui est interdit" ?
Mais encore ?

Allez, je gagne du temps en faisant ce rappel des textes en vigueur :

"Les vins élaborés à partir de raisins de la récolte 2012 et étiquetés après le 30 juin 2012 doivent mentionner les produits à base de lait ou d’œuf utilisés en tant qu’agent de filtration/collage ou de conservation si des résidus de ces produits sont décelables à l’analyse dans les vins traités.
Ces mentions accompagnées éventuellement d’un pictogramme informatif européen, doivent figurer sous l’expression « contient, etc. » suivie du nom de la substance allergénique dans les termes suivants :

  •  pour l’œuf et les produits à base d’œuf : « œuf », « protéine de l’œuf », « produit de l’œuf », « lysozyme de l’œuf » ou « albumine de l’œuf » ;
  •  pour le lait et les produits à base de lait : « lait », « produit du lait », « caséine du lait » ou « protéine du lait »."
Oui : à l'inverse de ce qu'AIA prétend d'une part il n'y a pas interdiction et, d'autre part, il y a bien obligation légale de mentionner la présence de ces composés !

Deux produits de collage sont concernés par l'étiquetage obligatoire : albumine d’œuf (vins rouges) et caséine de lait (vins blancs).
Le fait de les utiliser oblige à l'indiquer sur l'étiquette, sauf à fournir un résultat analytique (méthode réglementée elle aussi) attestant de l'absence de résidu de ces produits de collage dans le vin fini
(le test Elisa a une limite de quantification à 0.5 mg/l et une limite de détection à 0.25 mg/l) .

Il est peut-être utile de faire de petits rappels à l'attention de ceux qui fulminent contre le méchant progrès qui fait utiliser des cochonneries qui n'ont rien à voir avec le vin :
- le collage (= clarification du vin) à la colle de poisson est attesté depuis, au bas mot, le tout début du XVIIème siècle.
- le collage des rouges à l'albumine d’œuf est indirectement à l'origine des canelés de Bordeaux. Un truc qui date du 18ème siècle.
Dans les deux cas il s'agit donc du bon vieux temps, des pratiques ancestrales, du retour à ce que faisaient nos grands parents. Tout çà.
Alors, encore une erreur de casting ?
Ça commence à faire beaucoup non ?

Revenons aux assertions de la vidéo :

"Les vins naturels, eux, ne s'autorisent aucun additif, il n'y a rien que du raisin, à l'exception possible, mais surtout pas encouragée, de doses minuscules de sulfites.
Donc c'est de l'ordre de 1 à 10 mg/l c'est vraiment rien, ça ne se sent pas"
Parce 20 ou 30 mg/l ça se sent ?
Bon, sinon, je confirme qu'1 mg/l c'est vraiment rien. En effet.
On se rassure : je vais éviter le cours de chimie sur le soufre dans le vin et ses formes combinées / libre / actif.
Mais, bon, 1 mg/l hein, franchement ...

Puis le meilleur est à venir :

"c'est à la mise en plus, donc on ne touche pas pendant la fermentation, çà n'a pas d'impact pendant la fermentation. C'est vraiment au dernier moment, on en met, on en injecte un tout petit peu pour stabiliser le vin, pour pas, s'il est transporté aux Etats-Unis ou au Japon, parce que le vin naturel marche très très fort dans le monde entier il faut le savoir, pas seulement en France, pas seulement à Paris dans le Xème arrondissement chez les bobos. C'est pas une mode, c'est un mouvement planétaire le vin naturel aujourd'hui"
Magique.
Bon tellement magique que je connais personne qui ajoute du SO2 pendant la fermentation (sauf en cas de déviation bactérienne).
Au vu des autres approximations c'est un péché véniel.
En outre, si t'envoies ton vin au Japon ou aux USA et que tu mets 1 mg/l de SO2 pour protéger ton vin, comment te dire ... t'as intérêt à avoir un putain de pH et une grosse structure tanique (avec un bouchage qui tient la route).



Puis on nous annonce cette question essentielle :



"C'EST QUOI LE VIN NATUREL ?"
Bon perso, ma conviction est que le vin est culturel et non pas naturel, et je m'en suis déjà amplement expliqué.
Par exemple dans ce billet.
Mais çà empêche pas d'être curieux :

"alors le vin naturel c'est d'abord un vin biologique, donc c'est fait à partir de raisins issus d'une viticulture biologique ou biodynamique. Donc des raisins sains, des raisins propres qui ne contiennent pas de pesticides de synthèse chimique, ni engrais chimique.
Donc à partir de ces raisins sains, on fait du vin naturel comment, en laissant le raisin s'exprimer.  Donc pas de levure de laboratoire, des levures indigènes, des levures qui sont présentes naturellement sur le raisin. Et surtout on n'utilise pas les 70 additifs possibles en viticulture traditionnelle."
Bon, d'un point de vue vitivinicole, un "raisin propre ... sain" ce n'est pas que un raisin exempt de pesticides hein ?
Ceci dit : si t'arrive à lancer une fermentation avec un raisin farci de fongicides tu me fais signe car çà m'intéresse vivement ...
La levure fermentaire est en effet particulièrement sensible aux fongicides, donc vaut mieux rentrer des raisins qui en sont exempts. Et ce quel que soit le label que l'on revendique.

A propos de levure : mais que c'est casse burnes ce "
levure de laboratoire" qui est sempiternellement ressassé.
C'est un non sens.
Ça vous intéresse ?
Plutôt que de regarder des vidéos absurdes allez faire un tour sur mon blog !
Oui je sais ... m'enfin bon là y a urgence.

Il s'agit de 4 billets consécutifs qui reprennent grosso merdo les interventions que je fais en DNO depuis 1999 (ça a un peu évolué depuis 1999, hein ?), et j'ai la faiblesse de croire qu'avec ça vous aurez une idée un peu plus précise de ce que sont et font les levures et pourquoi - et comment - elles le font ou pas.
Y a un moment ou il faut arrêter de déconner.
Donc on arrête de déconner avec mes copines les levures :

1. les débuts de l'étude de la fermentation alcoolique
2. premiers travaux sur les levures fermentaires
3. le développement industriel des levures œnologiques
4. des levures de terroir à la construction de souches



Enfin vient la clef de voute :

"ET LE GOUT ?"


"Le goût est différent. La viticulture conventionnelle standardise les goûts. C'est des goûts qui vont surprendre au départ, mais qui une fois qu'on est rentré dans le vin naturel, il n'y a plus de retour en arrière possible. Dès qu'on regoûte un vin conventionnel alors qu'on a commencé à aimer les vins naturels on s'ennuie."
La viticulture conventionnelle standardise le goût ?
Ben tiens.
Quels que soient climat, cépage, terroir, millésime, façons culturales, modes de vinif : tout à le même goût.
Standard quoi.
Non sérieux !?
Et la marmotte elle a quel goût ?
Quelle ineptie.

"C'est plat, c'est standard, ça s'écroule très vite. Les vins naturels peuvent rester ouvert 48h pour certains. Essayez ça avec un vin conventionnel, au bout d'une heure il s'écroule.
Tous les arômes qui sont fabuleux à l'ouverture, parce qu'ils sont artificiels, et vraiment vous avez de la vanille, vous avez du cassis, vous avez de la fraise. Oh, c'est formidable, c'est parfumé mais c'est comme le Coca Cola ça n'a aucun intérêt. Au bout d'une heure tout a disparu, parce que tout est faux."
Ce mec a jamais dégusté. C'est pas possible.
Ou alors c'est super menteur.
Note bien : les deux sont pas incompatibles.
C'est d'un ridicule ...


"Le vin naturel c'est l'inverse, vous l'ouvrez : ah çà pétille un peu, ah c'est un peu réduit. La réduction çà peut être des odeurs un peu désagréables au départ. Vous l'aérez un tout petit peu, çà s'ouvre, le fruit arrive. Et çà évolue, çà évolue, çà évolue au fur et à mesure de la bouteille. Le goût va changer du début à la fin de la bouteille. C'est pas merveilleux ? Ça n'arrivera jamais dans un vin conventionnel. Donc à la fois c'est plus sain et c'est meilleur."
Itae missa est.
Ça n'arrivera jamais avec un vin conventionnel.
J-a-m-a-i-s.
PUISQU'ON VOUS LE DIT !
Ouvrez une bouteille et vérifiez par vous même, je peux pas faire mieux pour vous montrer l'ineptie de cette affirmation.

Au fait, pour ouvrir une bouteille encore faut-il l'avoir achetée :

"COMMENT CHOISIR SA BOUTEILLE ?"


"N'allez pas au Super Marché pour le vin naturel. C'est grotesque. Un vin naturel de supermarché ce n'est pas un vin naturel, c'est un vin de supermarché. Les vins de supermarché sont des vins conventionnels. On va chez un caviste spécialisé. Donc j'insiste : un caviste spécialisé, c'est pas une chaine de cavistes. Une chaine de cavistes vend un catalogue de vins quelconques. Des vins en général qu'on retrouve au supermarché. Dans toutes les villes de France, et bien au delà, il y a des cavistes. Si vous êtes dans un village, une commune où il n'y a pas de caviste de quartier indépendant, vous avez internet.
Il y a de très bons cavistes sur internet.
Si vous êtes pas sûrs, vous avez une application formidable, gratuite, çà s'appelle RAISIN, au singulier, comme un grain de raisin, qui recense la plupart des cavistes, restaurateurs, bistros, caves à vins qui proposent du vin naturel.
Vous pouvez vous faire très plaisir à partir de 7 - 8 - 9 - 10 €. C'est pas les premiers prix on est d'accord.
Parce que c'est impossible de faire un vin naturel à moins de 6 - 7 €. Parce que encore une fois c'est des petites surfaces, 5 - 10 ha maximum, les rendements sont plus petits, il y a plus de risques, c'est du vin sans filet."

Bizarrement, chez RAISIN, ils ont l'air de bien le connaître AIA.

Sinon le concept de "vin sans filet" ça m'aurait intéressé que ce soit développé.
Parce qu'au bout d'un moment, à force de casser les autres, ceux qui sont différent, j'ai envie de savoir de quoi on me cause.
Or cette histoire de "sans filet", là, ben elle m'interpelle ...


"C'est un vin qui n'a pas cette camisole chimique qui est utilisée dans toute la viticulture mondiale. C'est un vin rebelle.
C'est même pas 1% de la production. Il faut encourager ces gens là, ils sont formidables."



"Même pas 1% de la prod" pour un truc qu'on nous annonçait comme : "un mouvement planétaire", y a que moi que çà fait marrer? ou c'est seulement que j'ai des prédispositions à la bonne humeur ?


Soyons clairs : qu'on trouve la démarche sympathique et qu'on souhaite aider ceux qui s'y risquent pourquoi pas ?
Est il, pour ce faire, indispensable de vomir sur tous les autres et d'accumuler autant de poncifs et de mensonges ? Est il à ce point indispensable de jouer les farandoleurs ? les bonimenteurs à la petite semaine ?

Franchement ...
Franchement ?
Franchement j'ai du mal à croire qu'une telle accumulation d'erreurs, de non sens, d'omissions et de mensonges éhontés soit le seul fruit du hasard, de la précipitation, du format de la vidéo ou de je ne sais quelle autre excuses foireuse.
Et ça fait braire.
 



dimanche 24 septembre 2017

Une offrande faite au néant



C'était hier, le 23 septembre 2017.

Pierre Bernault nous ouvrait les portes de sa demeure en nous conviant à une verticale de son 1901.
"1901", pour l'année de plantation de cette partie des vignes de son Château Beauséjour, à Montagne.
Pour l'occasion il nous proposait un voyage depuis 2015 jusqu'à 2005 (2013 mis à part), pour reprendre l'ordre de dégustation.





Beaucoup trop de vins pour tous les passer en revue, je ne retiens donc que mes 3 préférés, mon podium.

Au préalable, deux observations tout de même :
- nous ne goûtions pas à l'aveugle,
- il y a un ou deux ans, passant chez Pierre pour y acheter quelques vins, je faisais rapidement une dégustation verticale et achetais mes préférés parmi les vins encore à la vente : 2010 et 2007.
Dès lors on peut considérer que je partais avec un putain d'a priori.

Mon préféré ?
2010
La robe est profonde et dense, comme tous les vins de cette série "1901", je ne reviendrai donc pas sur cet aspect.



Et ce d'autant plus que la lumière, propice à une belle soirée, n'était pas à même de permettre de déceler des nuances de teinte et de profondeur !







Attaque ronde, suivie par une jolie matière : tanins denses et soyeux. Le vin est profond, équilibré, harmonieux, avec cette fraîcheur "2010" qui contribue à sa trame tout en l'équilibrant. Équilibre donc, et harmonie.
Aromatique riche, fraîche et jeune encore.
Belle finale structurelle grâce aux tanins puissants mais enrobés, longue finale aromatique avec cet élevage déjà intégré.
Très beau vin qu'il va me falloir attendre encore (en particulier les magnums !).


Ensuite ?
2005
Par dessus le nez encore fruité et fleuri, il y a ce beau voile truffé. Superbe aromatique.
L'attaque est ronde, les tanins polis occupent la bouche avec suavité. Là aussi équilibre et harmonie, avec ce bouquet truffé qui revient.
Finale qui ressort encore un rien serrée après un milieu de bouche très suave, presque en retrait. Longueur sur truffe et épices douces.

Très beau vin, en particulier par son aromatique.

Et pour compléter mon podium il y a :
2007

Agréable aromatique (fruits noirs, épices douces).
Attaque ronde, milieu de bouche sur la souplesse.
Suavité et harmonie pour un joli vin prêt à boire.
Je fais un blocage sur 2007. Trouvant régulièrement si plaisants ces vins d'un millésime pourtant tellement décrié.
En fin de soirée, nous avons fait un mini sondage en demandant à chaque convive (nous étions une grosse dizaine) quel était son trio de tête.
La glorieuse incertitude de la dégustation a fait que l'ordre d'arrivée n'est pas le mien :

- 2010 est cité 8 fois et prend 3 fois la première place
- 2011, que je ne retiens pas, est cité 5 fois dont 3 fois premier
- 2006, que je ne retiens pourtant pas, est cité 4 fois dont 2 fois premier
- 2005 est cité 4 fois dont 1 fois premier.

("mon" 2007 n'est, lui, cité que 2 fois - moi compris -, qui plus est à la 3ème place)

Pour mémoire notons que je suis solidaire de mon voisin, Daniel Sériot, avec qui je partage les deux premiers mais qui met 2012 à la 3ème place (il est le seul à citer ce millésime qui me plait bien mais qui ne figure pas dans mon trio de tête pour sa finale encore serrée, ce qui est parfaitement normal à ce stade de sa vie ! alors que 2007 est si joliment accessible).


A propos de Daniel (et Isabelle) Sériot : je m'échine, souvent en vain, à leur sortir - à l'aveugle - des vins dont j'espère qu'ils auront le double mérite de leur plaire et de les faire sécher.

Ce soir là mon complice était "Le Retout Blanc" (2015), donc le blanc du Château du Retout.

A ma grande surprise tant Isabelle que Daniel (ni d'ailleurs aucun des autres convives) n'ont su retracer ce vin.

C'était pourtant d'une facilité déconcertante puisque ce Vin de France blanc, produit dans le Médoc, est issu d'un assemblage d'une folle évidence :
36% Sauvignon gris,
35% Gros manseng,
16% Savagnin,
et enfin 13% Mondeuse blanche.
Facilité déconcertante.
C'est surtout un joli vin.

J'avais aussi amené un petit Savennières dont j'aurai bien l'occasion de reparler.
Le Chenin des Dames.
J'avais aussi amené, en deux fois (un de mes oublis ...) un caviar d'aubergines et un caviar de courgettes (que je prépare en suivant plus ou moins ce que je décrivais dans ce billet. "Plus ou moins" car, hier, j'ai grillé les légumes à la plancha, à l'aide d'huile d'olives).

Je zappe donc le Savennières, car il n'est rien à côté d'un joli cadeau (un joli cadeau de plus) que nous fit Pierre.

Pierre a, sous sa demeure, une cave qui n'est pas antédiluvienne mais qui date un peu quand même ! et qui, surtout, n'a pas été vidée avant qu'il en fasse l'acquisition.
On y trouve donc quelques vieilleries ... dont ce Château Fonroque (1917).




Il faudra qu'un jour j'évoque cette dégustation chez moi, avec les Sériot et mon fils. Une dégustation centrée sur quelques vins que mon fils ramena des tréfonds de la cave de son grand-père maternel.
Dans le lot il y avait un (soit disant) Brane-Cantenac (1942) qui était moins qu'un fantôme de vin.

Alors qu'en serait-il de cet autre vin de guerre, ce vin de l'époque du Général Pinard !?
mais qui n'était sans doute pas de ces vins que l'on buvait dans les tranchées.

Pas facile, lorsque l'on met le nez dans ce genre de millésime de faire abstraction de l'Histoire.
De ce qui prévalait lorsque le vin vit le jour.



Il y a un siècle, Septembre / Octobre 1917, temps des vendanges, était aussi le temps de sanglantes moissons au Chemin des Dames et ailleurs sur le front.
Le chemin des Dames, cette bataille mortifère, dura depuis le 16 avril 1917 jusqu'au 24 octobre de la même année.

Au delà de l'indispensable "Les croix de bois", on pourra lire
"Le réveil des morts", de Roland Dorgelès.
Il y évoque le chemin des Dames :


«on se l’est disputé, on s’y est égorgé et le monde anxieux attendait de savoir si le petit sentier était enfin franchi. Ce n’était que cela, ce chemin légendaire : on le passe d'une enjambée... Si l’on y creusait, de la Malmaison à Craonne, une fosse commune, il la faudrait deux fois plus large pour contenir tous les morts qu'il a coûtés. Ils sont là, trois cents mille, Allemands et Français, leurs bataillons mêlés dans une suprême étreinte qu’on ne dénouera plus, trois cent mille sur qui des mamans s’étaient penchés quand ils étaient petits, trois cent mille dont de jeunes mains caressèrent le visage. Trois cent mille morts, cela fait combien de larmes ? »
1917 - Salvador Fuster


Je ne sais si tel ou tel de mes ancêtres était au "chemin des Dames".

Je sais juste que du côté paternel, en 1917 Salvador Fuster était sauvé.
Il échappait enfin à l'enfer.
Certes au prix d'une jambe.

Mais je me dis parfois, sans en être sûr, que ce prix lui a peut-être paru bien doux !?


1900 - René Branchu

Je sais aussi que, côté maternel, c'est René Branchu qui fut rappelé et fit toute la guerre.

Il y contracta la fièvre typhoïde mais n'en fut pas pour autant libéré avant la fin de la guerre, guerre dont il revint vivant mais les poumons en lambeaux.






Sur la fièvre typhoïde, ses ravages et sa perception dans les tranchées, c'est Maurice Genevoix qu'il faut lire. Et pas que pour la fièvre typhoïde, car "Ceux de 14" est un livre magistral.
Sur la fièvre cependant :

"Je me suis trompé : non que la pluie nous ait épargnés, mais nous sommes restés aux Éparges. On nous a dit pourquoi : les toubibs, à Belrupt, vaccinent le 3e bataillon contre la fièvre typhoïde. Dans deux jours, ce sera notre tour. Les hommes ne parlent que de cette perspective. Diable ! il paraît que ça rend très malade, ce vaccin anti... prononceront-ils jamais pareil mot ? ce vaccin antityphoïdique. Troubat, le rouquin, renverse sur sa poitrine la moitié d’un bidon d’eau pour montrer comment il procédera : « Dans mon gilet, je l’avale, leur choléra ! - Mais ça s’ boit pas ! proteste la Fouine. - Je m’en fous, je l’avale dans mon gilet. » Alors Durozier, une fois de plus, ricane et ronronne son mépris : « Tu l’entends, Du Chnock ? Il l’avale dans son gilet !... Attends pour voir, mon mignon... Quante t’auras leur seringue dans la chair... - Oh ! fait Troubat, impressionné. Leur seringue, sans blague... - Oui, leur seringue. I’s t’ l’enfoncent au milieu du dos ; i’s t’ jettent des saloperies dans l’ sang. Et tu enfles ; et tu t’engourdis ; et y a des bon’hommes qu’en clabotent. - Vingt dieux ! dit le rouquin. Mourir comme ça... - D’une façon, d’une autre... conclut Durozier. Puisqu’il faut toujours qu’on soye leur proie. »"


Allez, revenons au vin.
Revenons y tout d'abord en restant de 14 à 18 avec "les carnets de guerre de Louis Barthas, tonnelier".
Louis Barthas fit toute la guerre de 14-18.
Toute la guerre.
Dans les tranchées.
Il n'y dépassa pas le grade de caporal (et encore fut-il cassé de ce grade), il n'y fit rien d’héroïque et ne fût donc ni cité ni décoré.
Il ne fit rien d’héroïque.
Il fit seulement toute la guerre.
Et il retranscrit sa guerre, cette guerre qui n'était pas que la sienne, dans ses carnets.
Il faut les lire, ces carnets de guerre du tonnelier de Peyriac-Minervois.

On n'y parle pas de Fonroque (1917) dans les carnets de Louis Barthas.
D'ailleurs va donc savoir s'ils avaient encore un tonnelier, à Fonroque, à cette date là ?
Cela, la cave de Pierre ne le dit pas.
Tout au plus sait on qu'ils avaient un bouchonnier pas trop déconnant : compte tenu de l'âge de ce vin, à mi épaule le niveau est tout à fait acceptable.
C'est devenu un bouchon d'archéologue, un bouchon à ôter avec des douceurs infinies.

Pour ce faire il n'est pas nécessaire d'être un Poilu, mais nous avons pourtant confié cette délicate mission de reconnaissance aux deux plus poilus de la soirée.



Imbibé jusqu'à la moelle le bouchon a donné un léger côté liégeux / champignoné au vin. Mais il reste du vin.
Un vin à bout de course, essoufflé, un fantôme de vin.
Mais du vin tout de même.
Tiens, plutôt que de m'essayer - en vain - à retranscrire des trucs qui ne sont pas du seul domaine du vin, de la dégustation et de la tentative d'objectivité, allez donc lire un dernier livre.
Une nouvelle en fait :
"Romanée-Conti 1935", de KAIKO Takeshi.

"C'est un vin à boire en dégustant l'Histoire.
- Mais il est mort.
- C'est un vin qui est au-delà de toute critique.
- Peut-être.
- On ne peut pas le critiquer.
- Quelqu'un a dit : une offrande faite au néant.
"
Lune depuis Beauséjour