mercredi 22 mars 2017

Pourquoi il faut arrêter de dire n'importe quoi sur la Nature et sur le vin


Dans un récent billet, je m'étonnais de ce qu'une Master of Wine ait pu dire que le vin peut être "mélangé à des levures chimiques".

C'était le grand retour de la marmotte.



Or le printemps est là : sur son magazine en ligne, "la Ruche qui dit Oui" annonce la fin de l'hibernation de mon mammifère préféré.

Oui, il s'agit d'un papier d'Antonin Iommi-Amunategui.
AIA ?
Un bon client de mon blog puisque je l'évoquais par exemple à propos d'une sombre histoire de zombis ou bien encore après son interview dans Télérama.
Interview
au cours de laquelle il nous apprenait que le "vin naturel" ne file pas mal à la tronche.
Ben tiens ...



Dans ce nouvel opus, que nous dit il ?


"Pourquoi il faut se mettre au vin nature"

"Le vin naturel n’existe pas… Il n’existe pas depuis 8 000 ans environ ! En clair, il n’a pas d’existence officielle à ce jour, pourtant on en fait et on en boit depuis toujours. Et aujourd’hui, c’est surtout le produit qui secoue le mieux le grand cocotier malade de l’agriculture."
En effet : les 8000 ans d'histoire (et probablement plus si l'on regarde non pas vers la Géorgie mais plutôt vers l'Iran, voire la Chine) montrent bien que le vin a de tous temps été un produit culturel.
Un produit culturel car lié tant à la main de l'Homme et ses pratiques opérationnelles, qu'à ses croyances et ses cultes.
Un produit culturel, en aucun cas un produit naturel.
Oui : le "vin naturel" n'existe pas, sauf dans les fantasmes d'une vision rousseauiste caricaturale autant que simpliste.




"En effet, aucun autre produit issu de l’agriculture n’avait jusqu’à présent attiré à lui autant de lumière et de bruit médiatique : internet, journaux, radios, livres, télévision ou même cinéma… Le vin naturel est omniprésent depuis 5-6 ans. C’est plutôt cocasse si on considère qu’il ne représente guère plus de 1 % de la production de vin (en termes de volume)."

Cocasse
?

J'ai, 
pour ma part, plutôt tendance à trouver çà cocasse couilles.
Car que quelques officines, quelques blogs et ceux qui en font leur fonds de commerce tâchent de faire le buzz avec ce "vin naturel" - je l'évoque dans les billets signalés plus haut - par des moyens trop souvent contestables ne suffit pas à établir cette omniprésence.
Et quand bien même cette omniprésence existerait, que démontrerait elle ?
En quoi rendrait elle acceptable cette tentative de confiscation de la Nature au nom d'intérêts commerciaux d'une immense banalité ? (et d'une vulgarité abyssale).


C’est aussi une responsabilité pour les vigneron-ne-s qui travaillent ainsi, avec des raisins sains (bio, c’est la base) et sans filet (pas de trituration chimico-oenologique). Ils ne sont plus du tout ignorés ou méprisés, comme ils ont pu l’être longtemps ; désormais, on les observe, on les scrute, avec sympathie, méfiance ou comme des bêtes curieuses, parce qu’ils sont devenus, à certains égards, un véritable modèle de résistance agricole. Une voie alternative viable à l’autoroute agro-industrielle. Un choix de consommation quasi-révolutionnaire.
Voilà, c'est çà : avant on faisait la Révolution avec des soulèvements populaires et autres actions plus ou moins conspirationnelles.
Aujourd'hui c'est en picolant.
Des résistants.
Jean Moulin
en plus héroïque et, surtout, en beaucoup plus vivant.
J'imagine que c'est un progrès. Au même titre que les chaines de soutien sur Facebook ou les pétitions en ligne.

Il n'empêche que cette dialectique est parfaitement odieuse, et pas seulement par l'évocation, le mantra, de la "trituration chimico-œnologique" et l'autojustification par une prétendue cause révolutionnaire.
Trotsky à deux grammes, accoudé au comptoir du Café du Commerce (équitable).
Les joies de la rhétorique à la petite semaine ..
.



Concrètement, tout est différent, de manière subtile ou plus radicale, avec ces vins-là : leur conception, d’abord, artisanale et paysanne, qui fait l’impasse sur 99 % des méthodes et potions industrielles (toxiques, pour l’essentiel, faut-il le rappeler) ; leur commercialisation, ensuite, qui contourne royalement les réseaux de grande distribution, en privilégiant les petits cavistes indé et autres épiceries de quartier (ce qui contribue à préserver le maillage commercial de proximité des centres-villes, ravagé par cette même GD) ; leur goût, enfin, déstabilisant au départ, car souvent à mille années-lumière de l’aromatique standardisée des produits agro-industriels, dont on a toutes et tous – sauf heureuses exceptions – été gavés depuis notre enfance…
Je la refais :
"l’impasse sur 99 % des méthodes et potions industrielles (toxiques, pour l’essentiel, faut-il le rappeler)".

Pourquoi se limiter à 99 % ?
Allons y gaiment : 100 ou même 150 % !!
Au point où on en est rendus, ce genre de pudeur est étonnant.

Et cette affirmation est d'une bêtise abyssale.
Ainsi qu'un mensonge éhonté.
Je mets donc notre "révolutionnaire" au défi de prouver ses dires en donnant une liste exhaustive des "
triturations chimico-oenologiques", puis en indiquant lesquelles sont toxiques et pourquoi (et pour qui) elles le sont.
D'ici là ma position est simple : affirmer ce genre d'ineptie est très hautement toxique à un réel débat ainsi qu'au début du commencement d'un embryon de réflexion.


Pour le reste, je me contenterai de relever cette phrase :

"leur conception, d’abord, artisanale et paysanne".
LEUR CONCEPTION ?
ARTISANALE ET PAYSANNE !?


"Conception artisanale et paysanne" ...
Moi qui avais failli croire que le vin était naturel !
Mais non, voilà que l'on nous dit qu'il est conçu, certes de façon artisanale et paysanne. Mais conçu tout de même.
Oui : on se sert de la Nature.
Et pas que pour auto justifier un discours vide de sens mais, aussi, pour faire du vin.
Du business, aussi.


Le vin naturel, en bref, est révolutionnaire, depuis sa production jusqu’à sa consommation. Choisir une bouteille de vin naturel, plutôt qu’une bouteille conventionnelle, c’est donc bien glisser ses euros dans l’urne d’une – très concrète et immédiate – alternative agricole. C’est rien moins qu’un vote sonnant et trébuchant… Et c’est bien pourquoi il est plus que temps de se mettre au vin naturel (en plus, spoiler, c’est souvent délicieux).
Voilà.
"Révolutionnaire"
Selon ce que tu bois t'es révolutionnaire ou contre révolutionnaire.
Le zéro et l'infini
pour les nuls et les alcooliques.

R-é-v-o-l-u-t-i-o-n-n-a-i-r-e.
Est ce une raison suffisante pour reprendre les méthodes éculées, et indignes, des pires propagandistes ?
(et par la même occasion nous prendre pour des lapins de garenne de 6 semaines)



6 commentaires:

  1. Bien envoyé. Bravo et merci pour cette mise au point.
    Cela dit, jamais il te la donnera la "liste exhaustive".

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    1. Trop aimable
      ;-)

      Et la liste exhaustive c'est juste pour meubler, hein ?
      Parce que, bon, les produits œnologiques toxiques comment dire ...

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  2. Tounin ne ferait il pas allusion aux produits de traitements de la vigne plutôt qu'à ceux de la cave ?

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    1. À partir du moment où il évoque les triturations œnologiques j'en conclus qu'il parle oenologue et non pas viticulture

      Mais je ne suis pas expert en révolution hein ?

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    2. quoique...

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    3. Non, non : je ne suis qu' amour (avec un peu de gomme arabique autour).

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