jeudi 27 juillet 2017

When I am laid


Ici, théoriquement, c'est un blog pinard
Théoriquement car il m'arrive régulièrement de parler d'autre chose.
Par exemple de musique.
Musicalement j'ai des goûts qu'on peut ne pas partager, mais ce serait dommage. D'autant plus dommage que, parfois, ils rejoignent le vin de façon plus ou moins directe.

Je l'évoquais il y a quelque temps avec un billet qui effleurait la musicologie et annonçait une rencontre pinardière.
Côté musique je parlais alors beaucoup d'Henry Purcell qui fut mon introduction à la musique baroque et qui, depuis, ne m'a jamais quitté.


Stéphany Lesaint le sait bien, elle qui m'a a plusieurs reprises proposé d'aller à des concerts directement inspirés par l’œuvre de Purcell.

La dernière fois c'était le 29 juin, en la (belle) Église Sainte-Croix de Bordeaux ... et cette fois j'étais disponible !


Au premier abord çà fait un peu bizarre ces extraits de Purcell, voix presque seule sur fond de contrebasse ou de basse électrique.
Puis mes vagues velléités de vieux conisme disparaissent quand la voix se pose et s'impose (y a quelques fichus octaves, on dirait !?) et que vient le souvenir de la ligne de basse de ce cher vieux Riton !

Ben ouais (et c'est la minute pédante) Henry Purcell est un grand utilisateur de la basse obstinée.
En clair : il répète en boucle le même motif, comme - par exemple - pour la mort de Didon (Didon & Enée) dont voici une interprétation :





Bref, pour le bizuth que je suis, le parti pris ne semble pas déconnant.
En outre, çà fonctionne plutôt bien, le truc.
Ce qui ne gâche rien.

Tiens, pour qui veut jouer ou tout simplement se faire une idée plus précise de la question, voici "an evening hymn" du même Henry Purcell.
Tout d'abord une version qui tient la route. Qu'on va qualifier de référence, et y a du niveau (voui, forcément : çà monte un peu haut les contre ténors ...) :




Puis, en suivant ce lien, on pourra écouter la version d'Ambre Oz et Christophe Jodet (c'est la fin. Ouais : quand on se met à répéter Alleluiah, généralement ça sent la fin).
Je n'ai malheureusement pas trouvé leur vision de "when I am laid" (la mort de Didon, qui est interprétée plus haut par Patricia Petitbon et, à la toute fin de ce billet, par Andreas Scholl).
C'est ballot : c'était (très) bien et nous y avons eu droit deux fois puisque c'était le rappel.

Bref c'était cool d'être présent, ce soir là.

Après on s'est finis dans une toute autre ambiance musicale et c'était rigolo (mais çà faisait un peu mal à la tronche, des fois).

Je ne sais plus bien ce que nous avons bu.
Je me souviens juste que c'était plutôt bien ... et que dans la foulée de ma première au concert j'ai bien dû avouer à Stephany que ben oui : la première avec Mazeyres n'avait jamais eu lieu.
Je n'avais jamais goûté, mais que j'allais m'employer à réparer çà !




L'occasion s'est présentée il y a quelques jours, à l'occasion d'un rapide retour à Pauillac, ses vignes, ses chais.

Ouais : je suis un rebelle, et je bois du Pomerol à Pauillac.






Bon, ce n'était pas le Château Mazeyres, mais son second : "Le Seuil de Mazeyres" (2011).
80% Merlot, 20% Cabernet selon la contre étiquette.

Robe d'un rubis dense et brillant. Beau fruit frais et mûr, un chouïa de notes épicées.
Tanins de qualité, tout en rondeur et en souplesse, sans renoncer à être structurants.
On est dans un style accessible, friand, c'est très réussi et çà appelle à la picole. Finale aromatique (fruits noirs, épices douces, toast), légère et d'une belle longueur. Bel équilibre, harmonie. Très joli en ce moment, doit pouvoir attendre quelques années encore.
Faut que je passe au premier vin, moi ...
Après il y a eu un ardéchois très plaisant, dans un registre plus mûr, presque chaud, et farci de fleurs et d'épices. Lui même suivi d'un Côtes du Frontonnais moins exaltant.
Puis je suis allé me coucher.
Fort heureusement sans avoir à chanter "When I am laid".


J'ai le même prénom que Dédé Scholl, c'est un début mais je crains qu'il ne soit insuffisant.
La preuve :





mardi 25 juillet 2017

Primeurs 2016 : Crus Artisans


Parmi mes billets en retard il y a ceux consacrés aux primeurs 2016 ... depuis avril, il est plus que temps de commencer à me mettre en ordre !

J'ai déjà évoqué, ici, quelques satellites de St Emilion ainsi que les Crus Bourgeois.
Il en reste bien d'autres, dont les Crus Artisans.

Les Crus Artisans, c'était à Arsac, et il y avait une petite vingtaine de vins.
En voici quelques uns :




Château Béjac-Romélys
S & P Berrouet - St Yzans de Médoc


Nez expressif, sur un joli fruit.
Belle matière, tanins de qualité sur une fraîcheur de bon aloi.
Équilibré, friand, s'achève sur un longue finale qui se raffermit.
Joli vin.





















Château Cantegric
F & S Dief - St Christoly Médoc


Belle matière. Y a du vin !
Mais à ce stade c'est l'élevage qui domine avec un empyreumatique envahissant tant au nez qu'en bouche.
Finale sévère.
Ce type d'élevage ne correspond pas au style habituel des Dief, que ce soit sur Cantegric ou le Clos Manou. A revoir quand ça se sera calmé et fondu.







Château Moutte Blanc
P de Bortoli - Macau


La très belle rencontre du jour !

Ce Margaux 100 % Merlot s'offre avec un très beau nez de fruits noirs mûrs et de notes florales. L'attaque en bouche est ronde et suave. Bouche charpentée, aux tanins sans aspérité. Déjà très élégant et harmonieux. Longue finale sur un boisé épicé qui indique un élevage bien géré. J'aime beaucoup.
Le Haut-Médoc est aussi un très beau vin, sans prétendre à la complexité et l'élégance du Margaux.


Château La Peyre
R Rabiller - Saint Estèphe


Dans mon passé d’œnologue conseil il m'est arrivé de travailler avec René Rabiller ... raison de plus pour goûter son vin.
"Raison de plus" car ce 2016 est son dernier vin et donc un genre de collector : le Château La Peyre a en effet récemment été vendu à B Magrez pour son Clos Sanctus Perfectus.
Joli nez sur le fruit noir, malgré un élevage à ce stade pas encore bien intégré.
La matière est belle. Joli retour aromatique sur le cassis, les notes épicées et un élevage encore marqué qui, associée à la fraîcheur du vin, mène à une finale sèche.
A revoir. Prévoir de laisser le temps à l'élevage et au vin de se mettre en place et se fondre.














lundi 24 juillet 2017

Il faut sauver le soldat Reignac


Dans mon précédent billet j'annonçais la couleur à qui sait ne serait ce qu'un peu lire entre les lignes :  


"Ça piquait tellement que depuis l'exercice est régulièrement reproduit - toujours sur 2001, c'est à la fois son intérêt (prendre du recul) et sa limite (2001 et nul autre) - avec des résultats probants.
On objectera que ce n'est que sur 2001, et que cette année là, sans être une haridelle, Cheval Blanc n'est pas un pur sang au mieux de sa forme : si l'on en croit le Grand Bob, Cheval (2001) est à 93 (tout comme Angelus ou Vieux Château Certan) alors que Petrus est a 95+, Pavie à 96, et Ausone à 98 (ainsi que Le Pin)."

et, plus loin :

"Il y a quelques semaines je devais organiser une verticale du Grand Vin de Reignac sur quelques millésimes.
Elle n'a pas pu se faire faute de participants.
Peut-être va t il falloir y songer à nouveau, en étant plus persuasif.
Gageons que l'actualité facilitera les choses."

Donc voilà :
une verticale du Grand Vin de Reignac avec en face, millésime par millésime, tel ou tel Cru Classé.
B
ien sûr à l'aveugle.

C'était vendredi dernier (le 21 juillet) et nous étions 10 dont 8 seulement ont noté les vins.
Pourquoi 8 sur 10 ?
(oui un précédent billet ... lui aussi consacré à Reignac m'a appris qu'il valait mieux éliminer d'entrée tous les risques d'incompréhension et/ou d'interprétation biaisée).
Donc 8/10 car l'un des deux était mon fils (16 ans) qui goûte souvent mais sature vite et, au delà de quelques remarques que j'évoquerai peut-être dans la suite de ce billet, ne commente pas (encore ?) et l'autre était Isabelle Sériot qui a préparé le terrain et ne pouvait donc commenter ou noter vu qu'elle ne l'aurait pas fait à l'aveugle.
Pour en finir avec ce genre de formalité : comment avons nous opéré ? ceux avec lesquels j'ai échangé - parfois de façon énergique - à propos de tel ou tel essai ou manip connaissent ma phase fétiche : 

"le résultat on s'en cogne, ce qui compte c'est le protocole qui a permis de l'obtenir"


Il s'agit donc d'une verticale de 6 millésimes du Grand Vin de Reignac : de 2009 à 2014 inclus (cette même verticale que le château propose sur les réseaux sociaux et sa boutique en ligne à qui veut en faire l'expérience).


En face ?

Des Crus Classés.
Lesquels ?
C'est là qu'Isabelle entre en jeu et en conséquence entre, aussi, dans ma cave.
Isabelle fait en effet une visite préparatoire et en solo dans ma cave (il n'était pas impossible d'en déduire qu'elle en remonterait a priori plutôt des crus du Médoc), ainsi que dans celle de Daniel (d'où on peut envisager qu'elle ramènera plutôt des vins de la rive droite, que l'on peut espérer passionnants).

Ces vins, Isabelle va les carafer préalablement à la dégustation - de l'ordre de 2 h avant le début de la session - en utilisant des carafes identiques pour chaque paire.
Ensuite elle assurera l'opérationnel.
Les vins seront dégustés par paires d'un même millésime, en commençant par 2014, pour finir avec 2009.

Chaque participant prend ses notes (sans commentaire oral !) puis, quand un millésime est dégusté, les 2 carafes repartent à la cave et les 2 suivantes arrivent. Une fois que les 12 vins ont été dégustés Isabelle ramène les 12 carafes que nous sommes alors libres de déguster comme nous le souhaitons afin de confirmer ou infirmer nos premières appréciations.

Ce n'est qu'après que nous donnons nos notes et qu'Isabelle calcule les moyennes ... et nous dit à quoi correspondait chacun des vins dégustés.

Ce soir là nous en avons tous conscience, mais il n'est pas inutile de le répéter : la dégustation vaut pour le jour où elle est faite, avec le groupe de dégustateurs du moment ... et porte sur les bouteilles sacrifiées. Son résultat ne prétend en aucun cas être une vérité absolue, immuable et qu'il convient de graver dans quelque marbre que ce soit.

Ceci étant précisé, voici les paires de vins de la session, avec les informations suivantes :
* résultat du duel avec :
- la note moyenne /20 de chaque vin (8 dégustateurs),
- le gagnant du duel selon le nombre de fois ou le vin a été préféré,
* mon commentaire sur les vins (qui n'est pas forcement raccord avec la moyenne des notes).


2014
Le Grand Vin de Reignac (vin A) perd avec 13.25/20 contre Clerc Milon (5ème Cru Classé (Pauillac)) (vin B) à 15.18/20.
En outre 7 dégustateurs mettent le Cru Classé de Pauillac en tête, le Grand Vin de Reignac recueille 1 suffrage.



Le Clerc Milon (2014) qui gît au fond de ma cave est parti pour un long sommeil tant ce vin se distingue par sa superbe matière et son gros potentiel. La couleur est d'une remarquable densité, le nez est splendide (fruits noirs, fruits mûrs, violette, bois précieux, épices douces) et aide à rendre le vin accessible dès aujourd'hui. Pour autant il faut l'attendre : la bouche est immense, avec cet équilibre entre la puissance et l'élégance des tanins. Tout cela est très harmonieux, déjà en place, avec une grande classe renforcée par la parfaite gestion de l'élevage.
Ça ne peut que grandir encore avec le temps et c'est l'un de mes 3 vins préférés (il faut dire que j'ai fait l’œnologue conseil dans le Médoc, ce qui a peut être laissé des traces quand on en vient à la dégustation des rouges !?).
Le Grand Vin de Reignac ne me semble pas supporter la comparaison. Lui aussi a un élevage marqué, mais les Merlots de Reignac n'ont pas la carrure des Cabernets de Clerc Milon, et la fraîcheur sous-jacente mène à une finale qui - bien qu'intéressante du point de vue aromatique (fruits noirs / épices douces / empyreumatique) - s'avère, d'un point de vue structurel, encore trop dure. Voire sèche.


2013
Match nul entre le Grand Vin de Reignac (vin A) à 12.75/20 (4 fois premier) et Pavie Macquin (1er Grand Cru Classé B (Saint Emilion)) à 13.18/20 (4 fois premier).

Reignac
a un joli nez, quasiment bouqueté, avec un côté fleur séchée : c'est ouvert, flatteur et accessible. Jolie matière, bel équilibre, agréable fraîcheur qui même à la finale là aussi plutôt rustique.
Pavie Macquin est sur un fruité plus sensible, qui donne également l'impression de plus de maturité, qui s'appuie sur un joli boisé. La bouche est fraîche, avec des tanins présents sans être saillants même si ce vin est monté relativement léger. Il est toutefois raisonnablement long et plutôt bien réussi au vu des conditions du millésime.

2012
Le vin A : Grand Vin de Reignac, est préféré par 3 dégustateurs avec une moyenne de 14.06/20, il est donc derrière Lynsolence (Saint Emilion Grand Cru) qui est préféré par 5 dégustateurs (moyenne de 15.87/20).


Comme pour 2014, je trouve Reignac encore bien trop marqué par son élevage, que ce soit au nez ou sur la finale qui s'accommode mal de l'association de cet élevage à la fraîcheur du vin. Au bout du 3ème vin on peut commencer à parler d'un "style Reignac", et peut-être aussi à relancer cette vieille question de l'élaboration des vins de garde - au moins certains d'entre eux - et de l'opportunité de leur consommation durant leurs jeunes années.
Les beaux Merlots de Lynsolence font merveille, et ce dans tous les secteurs du jeu ! Robe profonde, nez riche et expressif, bouche splendide ... car la bouche est à la fois puissante, veloutée et élégante.
Isabelle a triché : ce n'est pas un Grand Cru Classé. Mais c'est un très grand vin.
PS : sur ce vin j'ai clairement entendu les grognements favorables émis par mon fils.



2011
Préféré par 5 dégustateurs, et une moyenne de 15/20, le Grand Vin de Reignac (vin A) est devant Marquis de Terme (4ème Cru Classé (Margaux)) et sa moyenne de 14.31 (préféré par 1 dégustateur). A noter que 2 dégustateurs mettent ces vins ex æquo (pour ma part je leur mets des notes très proches).

J'ai une relative déception avec Marquis de Terme dont j'avais sacrifié une première quille l'année dernière, une quille qui m'avait largement séduit par sa qualité et son potentiel. Aujourd'hui ce n'est pas l'extase. Mais comme j'en ai plein la cave j'ai largement le temps d'y revenir plus tard pour revoir ce jugement ... ou pour continuer de me lamenter.

Les deux vins me semblent très proches dans leur style, leur expression et leur potentiel probable.
Tous deux sont dotés de beaux tanins, et d'une fraîcheur d'abord plaisante puis qui finit par excessivement marquer la finale en faisant ressortir l'élevage qui n'est pas encore intégré. Abstraction faite de cette finale c'est
plutôt joli et donc, à revoir dans le temps.


2010
Le vin A : Clos Manou (Médoc) l'emporte avec 16.5/20 - 5 fois premier - contre le Grand Vin de Reignac avec 15.62/20 - 3 fois premier -.

Tsss, elle nous sort un Clos Manou. J'te jure ...
Clos Manou
... bien sûr je ne l'ai pas reconnu. Bien sûr j'ai beaucoup aimé, et je ne suis pas le seul : au delà du 16.5 de moyenne le vrai marqueur est que dès le début de la soirée, cette carafe a été la première vidée.
"Bien sûr j'ai beaucoup aimé" ? non : heureusement j'ai beaucoup aimé, car çà m'aurait ennuyé de devoir me déjuger !
Ce vin est un de mes 3 préférés de la soirée.
Superbes tanins, parfait équilibre, suavité, longue finale : grand vin pour lequel mon commentaire a la mention : "attendre !" ... il n'y a malheureusement plus de Clos Manou 2010 dans ma cave mais "seulement" 2009, puis toute la série depuis 2011.
Encore un vin que j'ai bu ou fait boire / découvrir trop tôt. Me calmer sur les autres (et pas seulement la cuvée Clos Manou 1850, issue des vignes préphylloxériques).
Le Reignac 2010 est l'un des 3 Reignac que je note le mieux (joli nez, densité en bouche, finale puissante, toujours cette fraîcheur), mais, bon, sur ce coup là contre le Clos Manou, même à l'aveugle et donc sans ajouter de conflit de loyauté ou Dieu (Dionysos) sait quelle considération psy il y a une question de style ... or le style des Dief me va bien !



2009
Domaine de Chevalier (Grand Cru de Graves)
(vin A) est devant avec 15.12/20 (5 fois premier) contre le Grand Vin de Reignac qui a 14.75/20 (2 fois premier).
1 dégustateur ne départage pas ces vins.

Là aussi je note plutôt bien ce Reignac 2009, et ce tant pour son nez que pour sa bouche ronde et équilibrée, et ce malgré une finale toujours marquée par l'association de la tension et de l'élevage.
Pour autant c'est un duel, et dans un duel il faut un vainqueur.
Pour moi, sur ce millésime et ce deux quilles là, ce sera le Domaine de Chevalier avec sa robe dense et profonde, encore jeune. Le nez est au diapason : fruité, floral, boite à cigares.
Sans être un monstre de  concentration, la matière est belle, avec ses tanins patinés. La bouche est pleine et fraîche à la fois, et propose un agréable retour aromatique. Ça finit tout en longueur et suavité. Très beau.





Voilà.
C'est fini.
Enfin, presque.
D'une part parce que j'ai beaucoup de retard dans l'écriture de nombreux billets ... dont un qui traite des primeurs 2016 de Reignac et un autre qui évoque la dégustation du Grand Vin de Reignac (2001) / Cheval Blanc (2001) / Mouton-Rotschild (2001). Ces deux billets là il me faut les finaliser rapidement afin de compléter le tableau.
D'autre part parce que mon précédent billet consacré à Reignac et ses démêlés juridiques prétendait amener un éclairage historique, accompagné de quelques remarques plus personnelles. Il a été diversement lu et compris et c'est à la fois amusant et dérangeant.

Je précise donc que ce billet ci ne prétend pas, lui, éclairer quoi que ce soit ni qui que ce soit. Il s'agit, plus simplement, de raconter une soirée qui a été très agréable (merci à l'ensemble des participants), et dont le point de départ a été une thématique du genre "alors, Grand Cru, ou pas Grand Cru ?".
Comme d'hab : chacun y verra ce qu'il veut ou peut y voir et j(a)ugera peut-être plus à l'aune de ses convictions qu'au regard de ce qui précède.
Et pour ce qui me concerne ce sera, comme d'hab, amusant et/ou dérangeant.

Il me faut bien répéter 
encore que les limites sont les mêmes pour toutes les dégustations, celle ci y compris : c'est un avis - ou une moyenne d'avis, parfois contradictoires - à un moment donné, par une personne donnée sur une quille donnée et cela n'a donc pas vocation à faire référence de quelque façon que ce soit.

Pour finir vraiment, j'ajoute diverses choses d'inégale importance :

- Isabelle est joueuse puisqu'elle a choisi d'opposer Reignac - avec des fortunes diverses - a des représentants des Crus Classés 1855, des Crus Classés de Graves et des Crus Classés de St Emilion, faisant ainsi écho au récent jugement et ses 3 parties civiles.

- dans mes commentaires il est souvent fait référence à l'élevage et aux finales de certains des vins goûtés (en particulier Reignac, mais pas que Reignac) ... on peut donc se poser la question de savoir ce qu'il en serait de cette dégustation et de ses résultats dans 5 à 10 ans. En particulier compte tenu du fait que tant pour ce qui me concerne qu'au vu des notes moyennes, ce vin se goûte d'autant mieux que le millésime est ancien. 
Nous prenons rendez vous ?



- aucun vin n'a été jugé défectueux ni même insuffisant ne serait ce que par un seul dégustateur et, à l'exception du millésime 2013 (tiens donc ...), les notes moyennes /20 sont plutôt bonnes à très bonnes pour l'ensemble des vins.

- la seule analyse chiffrée est bien maigre et ne suffit pas par elle même à évaluer la qualité réelle ou supposée d'un vin, quel qu'il soit. Sauf, par exemple, à la dissocier en note plaisir du moment et note de plaisir potentiel à l'apogée du vin ... c'est pourquoi on lira avec intérêt les notes de Daniel à propos de cette soirée.




L'air de rien l'abus d'alcool nuit gravement à la santé. C'est à consommer avec modération.
Nous le savons bien, nous qui recrachons beaucoup.
Mais pas toujours.


(avec un copyright à mon fils pour le titre)

lundi 10 juillet 2017

De 1855 à 2017, en passant par 2001





Il y a un peu plus d'un an, j'étais au Château de ReignacSaint Loubès) à l'occasion de la présentation du millésime 2015 en primeur.
Je me suis déjà fait l'écho tant des dégustations que du repas qui s'ensuivit. Car le repas fût, lui même, l'occasion de déguster : nous nous sommes en effet livrés à ce qui semble être devenu une sorte de classique.

Mais un classique d'une redoutable efficacité !
La dégustation - à l'aveugle - de trois vins du millésime 2001 : Château Cheval Blanc, Château de Reignac (Grand Vin), et Château Latour.
Passons sur les détails pour dire que ce jour là Cheval Blanc était surclassé et que l'on devait selon moi lui préférer Reignac, qui était au mieux, ou bien Latour qui, me semblait il, n'exprimait pas encore tout son potentiel.
Ce billet fit quelques vagues, pas toujours pour de bonnes raisons et j'en ai déjà fait état sur ce blog en tâchant de répondre aux remarques faites, en particulier sur LPV.

Cette année : rebelote avec une journée primeurs centrée sur une verticale du blanc de Reignac (mais pas que). Il faut d'ailleurs que je finalise ce billet, quand bien même - quand on en vient aux blancs secs - je penche plutôt côté burgondes ou ligériens que vers chez les bituriges vivisques !

Le repas a vu le retour de l'exercice à l'aveugle ... là, au moins en ce qui me concerne, la surprise était moins forte mais le résultat pas moins intéressant : nous avions bien le Grand Vin de Reignac (toujours en 2001), accompagné - sur le même millésime - de son veux pote Cheval Blanc et, cette fois, de Mouton-Rotschild.


Cheval Blanc
était à nouveau surclassé, Reignac se buvait on ne peut mieux, mais Mouton me semblait anormalement fatigué, voire prématurément usé. A tel point que je suspectais un problème de bouchon, tout en m'amusant de prendre ce genre de précautions, d'avoir ce type de prévenances ... sans doute pour une bonne part parce que j'étais confronté à cette quille, cette étiquette. J'y reviendrai dans un futur billet.

L'exercice - Reignac (2001) contre le reste du Monde - est devenu un genre de classique qui fut initié en 2009 avec cette dégustation à l'aveugle que toute personne qui s'intéresse un tant soit peu au vin et qui rode sur les réseaux sociaux a vue au moins une fois.
Pour la faire courte : placé parmi une sélection des crus bordelais les plus réputés / les mieux classés et le tout dégusté à l'aveugle : Reignac est sorti second.
Ramené à la valeur d'achat des différents flacons, çà piquait un peu ...





Ça piquait tellement que depuis l'exercice est régulièrement reproduit - toujours sur 2001, c'est à la fois son intérêt (prendre du recul) et sa limite (2001 et nul autre) - avec des résultats probants.
On objectera que ce n'est que sur 2001, et que cette année là, sans être une haridelle, Cheval Blanc n'est pas un pur sang au mieux de sa forme : si l'on en croit le Grand Bob, Cheval (2001) est à 93 (tout comme Angelus ou Vieux Château Certan) alors que Petrus est a 95+, 
Pavie à 96, et Ausone à 98 (ainsi que Le Pin).
Il n'en reste pas moins que, au top ou pas, et même si ce n'est "que" 2001, çà reste Cheval Blanc.
Ça peut faire désordre.

Çà a même sérieusement piqué en 2014, quand jouant avec la campagne de France Info, Yves Vatelot (le propriétaire du Château de Reignac) s'offrait quelques pages dans Le Figaro avec l'accroche suivante :


« Reignac, 1er grand cru classé »

... certes avec un astérisque menant à :

« si c’était vrai peu se l’offriraient »


Il s'en est suivi un procès dans lequel les parties civiles sont - excusez du peu - : le Conseil des vins de Saint-Emilion,  l’Union des grands crus classés de Graves et le Conseil des grands crus classés de 1855.

In fine, le Château de Reignac est condamné pour : "
pour pratiques commerciales trompeuses et publicité comparative illicite". A ce titre, il écope (sous réserve d'appel et déduction faite des divers sursis) de 10 000 € d'amende, et 4 000 € de dommages et intérêts pour chaque partie civile.
Divers media, dont Vitisphère, s'en sont fait l'écho.


Nombre de commentaires ont été faits.
Bon nombre d'entre eux portent - je résume - non pas sur le fonds de l'affaire et les attendus du jugement mais sont plutôt en mode : "la vérité est dans la bouteille / le verre", "on devrait supprimer les classements" ou bien encore : "la mesquinerie de ces petites vengeances". Avec, en bonus, l'inévitable comparaison avec le parangon de vertu terroiriste que serait le classement bourguignon.
Nota :
au delà des commentaires portant sur le jugement et ses motivations, on peut aussi s'amuser à comparer le coût d'une - ou plusieurs - page(s) de pub dans Le Figaro (au besoin en appliquant à la proposition tarifaire une négo commerciale de 50 % qui ne doit pas être totalement déconnante) au montant de l'amende.

S'il n'est jamais agréable d'être condamné, en particulier lorsqu'on est persuadé d'être dans le vrai et dans son bon droit, pour autant et au vu de la publicité qui en est faite, certaines condamnations - pour désagréables qu'elles soient - doivent pouvoir aussi être considérées - sur un plan strictement comptable - comme de bonnes affaires.


Foin de tout ceci : qu'en est il du classement de 1855 ?

Établi à la demande de Napoléon III pour l'exposition universelle, le classement de 1855 est un classement de courtiers. 
Un classement de courtiers, de marchands de vins qui semble juger du vin au travers du prisme de sa valeur financière, et ce à l'exclusion de tout autre paramètre ... mais sans doute est ce aussi un classement politique (c'est en tous cas l'une des raisons que l'on peut donner à l'absence du Château Meyney parmi les élus de 1855).
On peut bien sur concevoir que la valeur marchande d'un produit est proportionnée à sa qualité intrinsèque, et que les premiers crus, s'ils sont premiers par le prix, le sont aussi par la constance et primauté de leur qualité.
Sans doute n'est ce pas aussi simple que cela. Et le serait ce qu'il resterait à établir quelque chose qui ressemblerait à un barème qualitatif et objectif.
Un barème qui soit autre chose qu'un cours de bourse ou une application pure et dure de la loi de l'offre et la demande ?

Il y eut une sorte barème permettant de relier crus et prix de vente ! Et il est antérieur au classement de 1855.
1855 n'est en effet qu'une sorte d'officialisation de la règle datant du début du XVIIIème siècle : un 1er cru vaut deux fois plus cher qu'un 2nd, trois fois plus cher qu'un 3ème, quatre fois plus qu'un 4ème et cinq fois plus qu'un cinquième.
Le marché dicte le classement en fixant les prix.
Les prix sont ils proportionnés à la qualité ?
La qualité est elle constante ?
Ces questions méritent probablement d'être posées.

Le premier à tenter d'y répondre, et à le faire à l'écrit, est sans doute André Jullien dans sa "
Topographie de tous les vignobles connus, précédée d'une notice topographique sur les vignobles de l'antiquité et suivie d'une classification générale des vins".
Dans cet In-8° paru en 1816 il se risque à classer les vins de tous les vignobles mondiaux selon un classement qui va de la première à la 5ème catégorie. On trouve le classement des vins rouges de Bordeaux à partir de la page 293.
A ce sujet, je me contente d'indiquer que, si l'on en croit Jullien, pour les rouges bordelais on dénombre quatre vins de première classe :

"Les meilleurs vins du bordelais proviennent des clos dits de Lafitte, de Latour, du Château-Margaux et du Haut-Brion",
qui sont suivis de sept de deuxième classe :
"Dans le bordelais, les clos Rozan, Gorse, Léoville, Larose, Mouton, Pichon-Longueville et Calon, département de la Gironde".
Bien plus loin (page 303) on trouve mention des vins de cinquième classe :
"Tous les vins inférieurs à ceux des crus que j'ai mentionnés dans les précédents classes entrent dans celle-ci; mais ils sont en si grand nombre, et de qualités si variées que pour mieux reconnoître ceux qui méritent quelque préférence, je crois devoir en former deux sections, dont la première comprendra les vins d'ordinaire de seconde qualité, la seconde, ceux de troisième qualité et les vins communs.
Première section.
Les vins d'ordinaire de seconde qualité sont ceux que le plus grand nombre des consommateurs aisés emploient pour leur consommation journalière, bien choisis et conservés avec soin, ils n'acquièrent ni la finesse ni le bouquet des précédents, mais ils ont un goût agréable, et servent encore quelquefois de vins d'entremets chez les personnes qui en boivent de communs à leur ordinaire : la plupart portent bien l'eau."

S'ensuit une impressionnante liste de régions et de crus d'où sont issus ces vins de cinquième classe et seconde qualité, dont ceux du bordelais :



Au delà de sa référence à Saint-Loubès, deux remarques à propos de Jullien :
- il peut-être plus technique, puisqu'il est aussi l'auteur du "
Manuel du sommelier, ou Instruction pratique sur la manière de soigner les vins". In-12 paru en 1813, mais que l'on trouve assez facilement dans des éditions plus récentes, au sein de ce que l'on nomme aujourd'hui "l'encyclopédie Roret".
- il me permet de contredire les opinions de tel ou tel croisées sur les réseaux sociaux - ou plus récemment lors de la passionnante journée technique du 57ème Congrès des Oenologues de France à Cognac -, opinions qui voudraient que la description de la qualité aromatique des vins et de ses composantes est une donnée récente qui fut longtemps ignorée. J'y reviendrai tôt ou tard mais me contente, pour le moment, de citer Jullien lorsqu'il parle des vins du Médoc :

"La sève particulière des vins des premiers crus du Médoc a quelque chose de l'odeur que répand en brûlant la meilleure cire à cacheter, et leur bouquet participe de l'odeur de la violette".

Sur le classement, d'autres auteurs emboîtent le pas à Jullien et l'on doit pouvoir considérer que, de l'un à l'autre, il y a plus des nuances que de réelles différences. A ceci près que certains descendent jusqu'aux "vins bourgeois" ou même "vins paysans" et, surtout, leur trouvent de l'intérêt.
A tel point que Jullien lui même, dans la réédition de son ouvrage faite en 1848, en vient à ajouter à propos de ces crus roturiers :

"Ils acquièrent souvent, en vieillissant, assez de qualité pour qu'il soit très difficile de les distinguer de ceux des cinquièmes crus".

De là à dire qu'à force de travail, à force de compréhension de son terroir et de la façon de le faire valoir, des secteurs moins prestigieux peuvent accéder à l'excellence il y a un pas facile à franchir.
On peut donc se hisser au niveau des meilleurs, et ce sans même que les meilleurs ait déchu.
Pour autant cela suffit il à devenir l'un d'eux ?
Combien de fois, combien de temps, sur combien de millésimes faut il remettre son métier sur l'ouvrage et, ce faisant, montrer son excellence pour établir sans contestation possible que l'on est digne d'entrer (et rester) en ce saint des saints ?
Comment cette hiérarchie s'est elle construite ?
Sur quoi se fonde t elle ?
Comment prendre en compte la constance, la répétition et comment établi la force de la preuve ?

Il y a la reconnaissance du marché.
Il y a aussi l'antériorité.
Dès 1846 tout ceci commence à être gravé dans le marbre ; c'est en effet en 1846 que Cocks publie son "Bordeaux : its Wines and the Claret Country".
Notons que C. Cocks reste, lui aussi, dans une logique purement marchande :

"le prix m'étant apparu comme la meilleure mesure de la qualité qui est supposée exister dans chaque vin".

Pour certains commentateurs de 2017 cette logique reste très actuelle. J'en veux pour exemple, sinon pour preuve, la récente sortie de Michel Bettane dans le n°8 d'En Magnum :

"Seul le marché, qui associe tous les cas de figure possibles de production et de commercialisation, dans la plus grande diversité possible de goûts et d’opinions, devrait servir de base honorable à une hiérarchie entre les crus bordelais et donc  à une hiérarchie dans leurs prix de vente."

A cette logique marchande, cette primauté du marché qui prévalait et prévaut peut être encore à Bordeaux, à cette valeur de la marque commerciale qui pourrait sembler ignorer le terroir, certains pensent pouvoir opposer une approche dite bourguignonne qui, elle, mettrait le terroir au premier plan.
Quelle que soit la marque.

Rien ne me semble moins sûr !Boire bourguignon, est-ce réellement la garantie de boire d'authentiques vins de terroir respectant le sens, l'esprit, l'essence du classement d'origine ?
On me permettra d'en douter ou, au moins, de m'interroger.

En effet : au delà de ce qu'il faut bien qualifier de persistance d'une marque commerciale :
- que subsiste-t'il, par exemple, du Clos Vougeot originel dans les Clos Vougeot d'aujourd'hui ?
- qui peut raisonnablement croire qu'après avoir été morcelé en quatre-vingt entités différentes, le Clos Vougeot existe encore tel qu'il donna des vins exprimant ce terroir comme il le fit du temps des moins cisterciens ?


Photo (c) JL Bernuy (www.beaune-tourisme.fr)
Photo JL Bernuy - www.beaune-tourisme.fr

Au delà du talent respectif de chaque vigneron, de la surface qu'il possède et de sa capacité à exprimer ce terroir, il faut bien reconnaître que chaque parcelle du Clos diffère de sa voisine. Par exemple du fait de sa position sur la pente (pente faible, mais pente tout de même), et que ce seul paramètre change considérablement la donne, en particulier quand on le croise avec la climatologie de tel ou tel millésime. 

Jouons un peu avec cette redistribution des cartes au regard de ce qui était à l'origine ("le bon vieux temps" et tout ce genre de choses).
Alors que - au moins pour le Clos Vougeot - la Bourgogne fractionne, Bordeaux - et ses Grands Crus Classés - regroupe, grossit, s'étend !
Quand la Bourgogne classe le terroir, Bordeaux classerait la marque ?
Est ce si simple ?!
Peut-être pas !
Car on peut raisonnablement penser que si les "premiers premiers" ont été classés par leur marque, c'est que les terroirs d'où provenaient les raisins et les vins ont permis à la marque de s'affirmer durablement.
Il importe en outre de rappeler que si la Bourgogne a fait le choix de l'individualisation extrême des terroirs en jouant sur un cépage rouge et un cépage blanc, le choix de Bordeaux est radicalement différent : on associe - on assemble ! - divers cépages et divers terroirs.
On est dans une logique de complémentarité. Pas dans l'expression univoque d'un terroir unique.
D'ailleurs l'une des premières leçons du bébé œnologue bordelais s'essayant à l'assemblage est que le meilleur résultat ne provient pas nécessairement de l'association des cuves que l'on goûte le mieux, mais plutôt de celles qui sont le plus complémentaires !

Il n'en reste pas moins que force est de constater que l'Histoire de certains de ces crus classés très bordelais fait référence à leurs terroirs, et pas seulement à un savoir faire technique et/ou commercial.

Mouton naît au début du XVIIIème, lorsque de Brane achète une partie de Lafitte aux Ségur ! Il crée alors Brane Mouton qui, parmi les premiers, se lancera dans l'implantation du Cabernet sauvignon. Ensuite, dans les années 1860, si l'on en croit Jules Guyot (voir lien ci dessous) le Cabernet sauvignon est devenu la norme des grands du Médoc. De l'influence des crus classés ...

Au début du XIXème et s
ur l'autre rive, c'est Cheval Blanc qui naît, lui, de la scission de Figeac et de la vente d'une partie de ses meilleurs terroirs !
Aujourd'hui la situation semble inverse : les grands s'étendent en rachetant.
Lors de mes années de conseil en Médoc, j'ai ainsi vu deux Pauillac (Iris du Gayon et Saint Mambert) se fondre dans plus gros et mieux classé qu'eux.
Emblématique de cette appellation, c'est le cas du Château Latour. Au cœur de l'ensemble se trouve "l'enclos". "L'enclos", c'est un peu plus de la moitié de la surface, et c'est l'origine du Grand Vin.
On glose souvent sur la croissance de ce grand là. Or il y a quelques années, dégustant le dernier millésime de Latour / les Forts de Latour / Le Pauillac de Latour avec Hélène Genin (qui est au manettes techniques), j'abordais la question de l'augmentation des surfaces et de la production du Grand Vin. La réponse fut claire et simple : si la surface totale du Château Latour s'est accrue, la surface dédiée à la production du Grand Vin est, elle, restée la même.
Même, surtout, pour faire des effets de manche : ne confondons pas le sommet de la pyramide (le Grand Vin de Latour) avec l'ensemble de l'édifice (la production totale du Château Latour). Ne faisons pas semblant de croire que la marque ombrelle est identique à ce qui l'a fondée.

Pour autant depuis leur création jusqu'au classement puis à l'époque actuelle, les propriétés ont évolué. Et cette évolution continuera !

Par exemple avec les modes de culture et de vinification.
A ce propos, on lira avec intérêt le mémoire de Jules Guyot consacré aux vignobles de France.
A peine postérieur au classement de 1855, l'un de ses volumes est consacré aux vignobles du Sud-Ouest (dont Bordeaux ... mais pas le Libournais qui est associé aux vignobles du Centre !), il s'inspire de ce que font les meilleurs châteaux et vignerons.
Jules Guyot y étudie les pratiques des uns et des autres, relève les manquements et les succès et en vient à essayer de rationaliser et organiser tout cela. Le terroir c'est bien, encore faut-il lui laisser une chance de s'exprimer !
(Nota : si Jules Guyot amène un renouveau viticole, c'est Louis Pasteur qui prend en charge la compréhension de la fermentation alcoolique et des maladies du vin).

Mieux connues dans leur application et leurs conséquences les façons culturales sont adaptées tant aux millésimes qu'au couple cépage / terroir.
Les beaux et bons terroirs, déjà identifiés, sont répertoriés et parfois expliqués.
Pour faire simple, ainsi qu'on le dit en Médoc : "ils voient la rivière". L'expression n'est sans doute pas suffisante, mais elle a le mérite d'être claire et aisément applicable par qui se promène dans les vignes de la presqu’île !

Les modes de faire valoir évoluent. Pour partie du fait de l'avancée des savoirs et suite aux observations de commentateurs avisés tels que Guyot, pour le reste par nécessité (en particulier après la crise phylloxérique !).
Aujourd'hui, cette évolution semble vouloir aller vers le bio ou la biodynamie.
Faut il aussi s'en plaindre ?
(ouais : sur la biod on doit pouvoir discuter).


Il y a quelques semaines je devais organiser une verticale du Grand Vin de Reignac sur quelques millésimes.
Elle n'a pas pu se faire faute de participants.
Peut-être va t il falloir y songer à nouveau, en étant plus persuasif.
Gageons que l'actualité facilitera les choses.