vendredi 27 mai 2016

1985

1985 !?

Pour moi, 1985 c'est avant tout la fin d'un cycle.
Tout bien considéré, 1985 a marqué plusieurs fins de cycle, ainsi que le début d'un autre.

Le 1985 calendaire ?


En 1985 j'étais encore Aspirant, puis Sous-Lieutenant, servant au 19ème Groupe de Chasseurs.
Le 19, j
'y fus chef de section mais aussi - mais surtout ! - popotier du CDL (le Club Des Lieutenants). Dans le cadre de cette fonction j'avais entre autres missions celle d'
annoncer le menu de chaque repas de tradition. Pour être valide, cette annonce faite à l'ensemble des officiers devait commencer par : "Vos gueules là-dedans !"
avant d'
obligatoirement se terminer par :
"Foutez vous en plein la gueule : que la première bouchée vous régale, que la dernière bouchée vous étouffe, et ce dans l'ordre hiérarchique inverse afin de faciliter par là le jeu normal de l'avancement dans l'armée française en général et dans le Corps des Chasseurs en particulier. Ce dont je serai le dernier et ô combien indigne bénéficiaire".
Lorsqu'on était poli, et ordinairement on l'était, on me répondait en chœur :
"Mort à ce cochon de popotier, et qu'il en crève, que le cul lui en pèle".
Tout cela fut semble-t'il fait de façon très convenable puisque "Gerfaut", mon Chef de Corps (à qui mon "vos gueules là dedans !" était donc régulièrement vociféré), me prolongea dans la fonction de popotier tant que je servis au beau 19. Y compris lorsque je n'en fus plus l'officier le plus jeune dans le grade le moins élevé, ainsi qu'il est d'usage pour un popotier qui se respecte.
Etant popotier j'avais un nécessaire lien au vin. Dans mon cas il se résumait au minimum requis : le présenter le moins mal possible - et sans faire aucun lien à ses qualités réelles ou supposées - lors des repas de tradition.
Cependant il m'arrivait parfois de devoir le boire (ou l'offrir à boire si j'étais le fautif) lorsque l'un d'entre nous avait manqué à la tradition chasseur.
Oui : c'est le genre de faute qui se paie cash et en liquide.
Des fautes qui, entre autres choses, consistent en l'utilisation de mots tels que "rouge" pour décrire la couleur de ce qui n'est ni le drapeau, ni la Légion d'Honneur, ni les lèvres de la bien aimée. Car ces trois là - et eux seuls - sont rouges alors que le reste est bleu cerise, même le vin ... mais pas le sang des chasseurs qui est vert, comme chaque Chasseur sait, ou devrait savoir.
Si tu sais pas, tu paie une tournée.

A l'exception des conséquences alcooliques de ces subtilis linguistiques, j'ignorais alors le vin. D'ailleurs, la seule boisson de ce temps là dont je me souvienne encore était un truc sauvage autant que brûlant : ça s'appelait, je crois, le Müller Geist.
C'était une
Kräuterlikör à base de nombreuses plantes, une boisson forte en alcool que l'on buvait chaude après l'avoir enflammée au cours d'un
feuer ritual. Ensuite il fallait vider son verre tout en finesse : d'un trait. C'est à peine s'il n'était pas requis d'écouter du Wagner.
Oui : 1985 n'a pas été rose tous les jours, même lorsque je fus revenu à la vie civile.


Le vin n'est venu que bien plus tard, jusqu'à en devenir œnologue.
C'est là qu'apparait le 1985 vineux !

Une fois f
raîchement diplômé et officiellement recruté, je partais un rien inquiet pour une première mission, au Portugal.

La mission était courte, à peine une semaine. Mais bien que courte elle s'avéra suffisante pour, d'une part, me rassurer et, d'autre part, me permettre de ramener quelques quilles.

Au premier rang de ces bouteilles se trouvait un Taylor's Vintage 1985.
Cette bouteille je l'ai ensuite gardée quelques années - 14 ou 15 ans de plus - avant, finalement, de la sacrifier. Bien sûr trop tôt : en décembre 2010. Le vin ne fêtait alors que son 25ème anniversaire, mais un autre cycle se clôturait par un genre de feuer ritual.
Cette bouteille
avait le bon profil, ainsi que la plupart de celles du même genre qui l'ont accompagnée, dont un Amarone de Masi (1996) qui ntait sans doute pas tout à fait à la hauteur des autres, un superbe vieux Rimage de La Tour Vieille (1995 je crois ? Trop jeune mais déjà splendide, quoi qu'il en soit), et une dernière quille dont je ne me souviens plus.

Bref : ce Taylor's Vintage Port était à tel point magistral que 1985
aurait pu être un bon souvenir.
Mais, décidément, 1985 c'est pas mon truc.

1985 ?

"1985" était le thème de la 85ème édition des Vendredis du Vin, présidée par Audrey Martinez.



Plus d'infos - et bientôt les liens vers les billets des autres participants - sur le blog des Vendredis du Vin.

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